Des citoyens vietnamiens arrivent à l’aéroport Van Don, au Vietnam, en provenance de Wuhan, lundi.

La transmission du coronavirus hors de Chine est la clé des semaines à venir

PARIS - «Nous ne voyons peut-être que la partie émergée de l’iceberg», a mis en garde le patron de l’OMS: l’ampleur de l’épidémie causée par le nouveau coronavirus à l’échelle mondiale dépend de son degré de transmission hors de Chine, encore très incertain.

Quels modes de transmission?

Le virus se transmet essentiellement par voie respiratoire et par contact physique. La transmission par voie respiratoire se fait dans les gouttelettes de salive expulsées par le malade, par exemple quand il tousse.

Sur la base des connaissances actuelles, les scientifiques estiment que la transmission par les gouttelettes nécessite une distance de contact rapprochée (environ un mètre).

Pour se prémunir d’une contamination, les autorités sanitaires insistent sur l’importance des mesures-barrières : se laver les mains fréquemment, tousser ou éternuer dans le creux de son coude ou dans un mouchoir jetable, porter un masque si on est malade...

Par ailleurs, la diarrhée pourrait être une voie secondaire de transmission, ont jugé des scientifiques après la publication d’une étude faisant état de patients avec des symptômes abdominaux et des selles liquides.

Enfin, dans des travaux publiés par la revue médicale américaine NEJM, des chercheurs chinois ont estimé que chaque malade infectait en moyenne 2,2 personnes (c’est ce qu’on appelle le «taux de reproduction de base» de la maladie, ou R0).

C’est plus élevé que la grippe hivernale (de l’ordre de 1,3), nettement inférieur à la rougeole, très contagieuse (plus de 12), et comparable au SRAS (3).

Quand devient-on contagieux?

C’est l’une des questions-clés. Initialement, les scientifiques pensaient que la contagion démarrait «plusieurs jours après le début des symptômes», explique à l’AFP le Pr Arnaud Fontanet, de l’Institut Pasteur. C’était le cas pour le SRAS, épidémie également causée par un coronavirus en 2002-2003.

Mais sur la base de quelques cas, les experts jugent que la contagion pourrait débuter plus tôt qu’attendu.

«Aujourd’hui, on est tous d’accord pour dire que la période contagieuse démarre dès le début des symptômes, et qu’il y a quelques cas de transmission avec des formes asymptomatiques (le malade est contagieux avant même d’avoir développé des symptômes, NDLR) dont la part relative dans l’épidémie reste probablement limitée», résume le Pr Fontanet.

En effet, la toux d’un patient infecté est un vecteur important de transmission du virus, or, un patient sans symptôme ne tousse pas.

Même s’ils restent limités, ces cas peuvent toutefois compliquer le contrôle de la propagation du virus: impossible en effet de repérer un malade qui n’a pas de symptôme.

Cette difficulté de repérage peut aussi se poser pour les malades qui se situent dans une zone grise, avec seulement des symptômes légers (fatigue, douleurs musculaires, fièvre, mais pas encore de toux).

+

Arnaud Fontanet, de l’Institut Pasteur, à Paris, le 6 février dernier

+

Quel niveau de transmission hors de Chine?

«Il y a eu des cas inquiétants de propagation du 2019-nCoV par des personnes sans antécédent de voyage» en Chine, a tweeté dimanche le N.1 de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.

«On a détecté un petit nombre de cas qui pourraient indiquer une transmission plus répandue dans d’autres pays; bref, nous ne voyons peut-être que la partie émergée de l’iceberg», a-t-il ajouté.

Ces commentaires sont intervenus après la découverte du cas d’un Britannique contaminé à Singapour, qui a ensuite transmis le virus à plusieurs compatriotes lors d’un séjour en France avant d’être diagnostiqué en Grande-Bretagne. Il aurait au total contaminé onze personnes, dont un enfant de 9 ans.

«La source de cette infection semble être une conférence à Singapour», a souligné la Dre Nathalie MacDermott, du King’s College de Londres.

Selon elle, il est à craindre que «certains des quelque 90 autres participants à cette conférence aient aussi été infectés et puissent à leur tour initier des chaînes d’infection dans leur pays».

Pour chaque patient infecté par le coronavirus, les autorités sanitaires du pays concerné doivent retrouver les personnes avec lesquelles il est entré en contact et s’assurer qu’elles n’en contamineront pas d’autres à leur tour.

Or, si les contaminations hors de Chine se multiplient, cette procédure appelée «contact tracing» sera de plus en plus compliquée à mettre en oeuvre, alors qu’elle est essentielle pour bloquer le virus.

«Potentiellement, le risque de pandémie existe», selon la Dr MacDermott.

Des infections à l’hôpital?

Dans une étude publiée vendredi par la revue américaine JAMA, des chercheurs chinois se sont intéressés à 138 patients infectés par le coronavirus et hospitalisés à Wuhan.

Ils ont conclu que plus de 40% de ces patients (57) ont sans doute été contaminés à l’hôpital: 17 d’entre eux étaient déjà hospitalisés pour d’autres raisons, et les 40 autres faisaient partie du personnel soignant.

Ces infections nosocomiales ont déjà été observées dans le cas du SRAS et du MERS, la troisième épidémie mortelle provoquée par un coronavirus.

«Cela complique énormément la prise en charge» des patients qui ne sont pas atteints par le virus, souligne le professeur Fontanet, selon qui «débarrasser un hôpital d’un coronavirus quand il a ce type de transmission est extrêmement difficile».