La mairesse d’Atlanta Keisha Lance Bottoms grimpe dans les pronostics pour devenir la colistière de Joe Biden et, peut-être, la première vice-présidente afro-américaine des États-Unis.
La mairesse d’Atlanta Keisha Lance Bottoms grimpe dans les pronostics pour devenir la colistière de Joe Biden et, peut-être, la première vice-présidente afro-américaine des États-Unis.

La mairesse d’Atlanta pressentie pour accompagner Biden

WASHINGTON — Avec sa gestion saluée des manifestations contre le racisme, son action rapide après la mort d’un homme noir ce week-end et des discours poignants, la mairesse d’Atlanta Keisha Lance Bottoms grimpe dans les pronostics pour devenir la colistière de Joe Biden et, peut-être, la première vice-présidente afro-américaine des États-Unis.

Mais à 50 ans, celle qui avait dit, à propos de la mort de George Floyd «avoir souffert comme une mère», joue gros sur la gestion de la nouvelle crise qui secoue Atlanta depuis le décès de Rayshard Brooks, un homme noir abattu par un policier blanc dans sa ville.

Et son manque d’expérience à l’échelle nationale pourrait aussi handicaper ses chances d’être choisie comme colistière par le candidat démocrate à la Maison-Blanche.

Joe Biden, 77 ans, a promis de nommer d’ici août une femme pour l’accompagner dans l’élection présidentielle qui l’opposera à Donald Trump le 3 novembre.

En cas de victoire, elle deviendra la première vice-présidente des États-Unis. Et en plein mouvement historique de colère antiraciste, la pression a monté pour qu’il choisisse une candidate afro-américaine.

«Il est vraiment difficile pour moi de mettre de côté ma propre colère et tristesse pour dire à nos habitants ce qu’ils ont besoin d’entendre parce qu’en réalité : que peut-on leur dire?» a déploré Keisha Lance Bottoms dimanche soir sur CNN.

N’hésitant pas à montrer souvent ses émotions en interviews, la mairesse d’Atlanta, ville du sud qui affiche avec fierté son héritage afro-américain et où une majorité des habitants sont noirs, parlait de la mort vendredi soir de Rayshard Brooks.

Dès samedi, elle avait annoncé la démission «immédiate» de la responsable de la police, déclaré ne pas penser que le fait qu’il ait résisté à son arrestation justifie «l’usage d’une force létale» et appelé au limogeage immédiat du policier qui a tiré.

Ce même jour, des centaines de personnes manifestaient dans la ville, certaines incendiant le restaurant devant lequel il a été abattu. Une marche pacifique était organisée lundi.

«Nous mourons»

C’est après la mort de George Floyd, asphyxié par un policier blanc le 25 mai à Minneapolis, que Keisha Lance Bottoms a été catapultée vers les sommets des pronostics sur les possibles colistières de Joe Biden.

Alors qu’Atlanta comme d’autres villes américaines s’embrasait, elle avait improvisé un discours saisissant pour appeler les émeutiers à rentrer chez eux.

«Avant toute chose, je suis une mère. La mère de quatre enfants noirs en Amérique», avait-elle lancé le 29 mai. «Alors vous n’allez pas me dire que vous êtes plus inquiets que moi».

«Si vous voulez changer l’Amérique, allez vous inscrire pour voter [...] Vous déshonorez la vie de George Floyd et de tous ceux qui ont été tués dans ce pays».

Mairesse d’Atlanta depuis 2018, conseillère municipale de 2010 à 2018 après avoir été juge intérimaire, Keisha Lance Bottoms n’a pas le CV traditionnel des colistiers — souvent des élus du Congrès américain ou des gouverneurs — dont peuvent se targuer ses rivales pressenties comme les sénatrices Kamala Harris et Elizabeth Warren, ou l’élue du Congrès Val Demings.

Mais elle est proche de Joe Biden et avait été l’une des premières mairesses d’une grande ville à le soutenir dès juin 2019.

Chanteur de soul reconnu, qui avait joué avec les Beatles et Elton John, son père, Major Lance, fut arrêté chez eux pour possession et vente de cocaïne quand elle avait huit ans.

Elle a rappelé dans plusieurs entrevues sa douleur de le voir partir menotté. Et expliqué que c’était aussi pour cela qu’elle soutenait Joe Biden, qui promet d’éliminer les «inégalités raciales» du système judiciaire.

Elle a également été remarquée pour sa gestion de la pandémie de COVID-19, qui frappe aux États-Unis particulièrement les Afro-américains, en s’opposant au déconfinement lancé par le gouverneur républicain de son État de Géorgie dès fin avril.

«Nous mourons de la COVID-19. Nous mourons à cause des brutalités policières et de la pauvreté et du manque d’accès à un système de santé de qualité, et à cause du chômage», a-t-elle déclaré au magazine Vanity Fair en juin.

«Nos communautés disent : “Nous voulons que cela change dès maintenant”».

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«Des gardiens pas des guerriers»: la mairesse d’Atlanta annonce des réformes dans la police locale

Vibrante de colère, la mairesse d’Atlanta, dans le sud des États-Unis, a annoncé lundi des réformes immédiates de la police de sa ville, où un homme noir a été abattu par un policier blanc, ravivant la douleur d’un pays à vif depuis le meurtre de George Floyd.

«Je suis furieuse, je suis triste et je suis frustrée» a lancé Keisha Lance Bottoms en dénonçant lors d’une conférence de presse «le meurtre» de Rayshard Brooks.

Cet Afro-Américain de 27 ans, a été tué vendredi soir alors qu’il cherchait à éviter à une interpellation pour ébriété sur la voie publique. «Ça n’aurait pas dû finir ainsi», a estimé Mme Bottoms, très émue. «Nos agents de police doivent être des gardiens et pas des guerriers», a-t-elle poursuivi.

Les changements annoncés, qui font suite à la démission de la cheffe de la police, portent sur les techniques de désescalade, la formation des agents à l’usage de la force et leur obligation de faire un rapport s’ils assistent à des abus de la part de leurs collègues.

C’est «un premier pas» avant d’autres mesures, mais «il n’y a pas une minute à perdre», a estimé l’édile, elle-même afro-américaine, qui est pressentie comme possible colistière du candidat démocrate à la présidentielle, Joe Biden.

La mort de Rayshard Brooks a pris une dimension particulière dans le contexte des manifestations monstres qui secouent les États-Unis depuis la mort, le 25 mai à Minneapolis, de George Floyd, un quadragénaire noir asphyxié par un policier blanc.

«Très dérangeant»

La mobilisation, inédite depuis le mouvement pour les droits civiques dans les années 1960, commençait tout juste à se tasser quand le nouveau drame est intervenu.

Selon un rapport officiel, Richard Brooks s’était endormi, en état d’ébriété, dans sa voiture devant un fast-food, dont des employés ont appelé la police, car il bloquait l’accès aux clients.

Des images montrent d’abord un échange normal entre deux agents blancs et le jeune homme qui se soumet à un alcotest. Mais la situation dérape quand ils essaient de lui passer les menottes : le jeune père de famille s’empare du pistolet Taser de l’un des policiers et prend la fuite.

Mais alors que, selon la version officielle, il «a pointé le Taser vers l’agent qui a utilisé son arme», l’autopsie a confirmé qu’il était mort de deux balles dans le dos.

«C’est très dérangeant», a commenté lundi Donald Trump dans sa première réaction.

Le président républicain a annoncé qu’il dévoilerait à son tour mardi une réforme des forces de l’ordre. «Il s’agira de la loi et de l’ordre, mais aussi de justice et de sécurité», a-t-il dit.

Depuis le début du mouvement, il s’est montré très évasif au sujet des réponses à apporter aux revendications.

«Qu’ils aillent en prison»

L’auteur du tir Garrett Rolfe a été limogé et le procureur local a indiqué qu’il pourrait l’inculper en milieu de semaine. Son collègue a lui été mis à pied.

«Je veux qu’ils aillent en prison», a déclaré la veuve de la victime, Tomika Miller, sur la chaîne CBS. «Si c’était mon mari qui les avait tués, il aurait pris la perpétuité.»

Lors d’une conférence de presse, elle a ensuite appelé les manifestants à rester «pacifiques». «Nous voulons que son nom reste associé à quelque chose de positif», a-t-elle expliqué, en larmes, alors que le fast-food où s’est déroulé le drame a été incendié.

À ses côtés, plusieurs membres de la famille ont à leur tour lancé un plaidoyer en faveur de réelles réformes. «Nous réclamons justice, mais aussi des changements !», a déclaré Chassidy Evans, une nièce de Rayshard Brooks.

Devant le capitole de l’État de Géorgie, une foule a fait écho à ses propos. «Je suis venu en tant qu’homme noir», leur a lancé l’entraîneur de l’équipe de basket Atlanta Hawks. «Je suis né noir, un jour je mourrai noir, mais je ne veux pas mourir parce que je suis noir», a-t-il encore dit.

Ces appels, récurrents depuis trois semaines commencent à porter leurs fruits au niveau local.

Plusieurs villes ont déjà entrepris d’interdire des pratiques controversées, comme la prise d’étranglement. Marquée à vif, Minneapolis est allée plus loin en annonçant un démantèlement de son département de police, pour remettre à plat tout le système.

La maire démocrate de Chicago Lori Lightfoot, elle-même afro-américaine, a annoncé à son tour lundi la création d’un groupe de travail pour réviser les règles d’engagement de la police locale.

En Californie, plusieurs syndicats policiers ont promis de se débarrasser des agents racistes. Et à New York, le commissaire Dermot Shea a promis de réaffecter 600 agents notamment vers des missions de proximité.