Gina Haspel

La controversée Gina Haspel à la tête de CIA

WASHINGTON — Gina Haspel, confirmée jeudi par le Sénat américain pour diriger la CIA, a passé plus de 30 ans dans l’ombre des opérations clandestines de l’agence américaine du renseignement, une carrière ternie par son rôle dans des programmes controversés de torture après le 11 Septembre.

«Félicitations à notre nouvelle directrice de la CIA», a tweeté le président Donald Trump, après qu’elle a obtenu la majorité des voix grâce au soutien de plusieurs élus démocrates pour prendre la tête de l’agence américaine du renseignement.

Âgée de 61 ans, Mme Haspel était jusqu’à présent directrice adjointe de l’agence basée à Langley (Virginie). Elle devient la première femme à la diriger, succédant à Mike Pompeo nommé secrétaire d’État.

Elle avait créé la polémique pour avoir dirigé pendant une partie de l’année 2002 une prison secrète de la CIA en Thaïlande, où les détenus suspectés d’appartenir à Al-Qaïda étaient fréquemment torturés.

Ils y subissaient des simulacres de noyade (waterboarding), une technique illégale selon le code militaire, mais autorisée par le président George W. Bush après les attentats du 11 Septembre. Ces techniques ont été définitivement bannies par son successeur Barack Obama.

Devant la commission sénatoriale du renseignement, chargée de valider sa candidature, elle a promis que la CIA ne reprendrait pas ce programme d’interrogatoires, tout en estimant qu’il avait fourni «des informations de valeur» pour empêcher d’autres attentats. Elle a également admis que «la torture ne marche pas».

Sa vie est longtemps restée un mystère.

Elle est née dans le Kentucky, dans une famille de cinq enfants issue de la classe moyenne. Elle vit à l’étranger au gré des affectations de son père, membre de l’US Air Force, passe son baccalauréat au Royaume-Uni avant d’intégrer l’Université de Louisville (Kentucky) où elle étudie le journalisme et les langues étrangères (français et espagnol).

Sa biographie lui attribue deux passions: l’équipe de basketball de son ancienne université et le célèbre chanteur country Johnny Cash, «symbole de l’individualisme américain».

Elle rejoint la CIA en 1985.

«Je voulais vivre des aventures à l’étranger où je pourrais utiliser mon amour pour les langues étrangères. La CIA me l’a permis», a-t-elle dit.

«Tâche sur notre histoire»

Elle part d’abord en Afrique, comme officier traitant. Ce poste «était tout droit sorti d’un roman d’espionnage. On ne pouvait pas rêver mieux».

Elle assure avoir «excellé à trouver des informations confidentielles obtenues de la main à la main, dans des cachettes ou par des rencontres dans des rues sombres de capitales du tiers-monde».

Après avoir appris le russe et le turc, elle se retrouve en Russie et en Europe de l’Est dans les années 1990 puis devient chef de poste en Azerbaïdjan.

Elle dirige la traque et l’arrestation de deux jihadistes présumés. Cette opération reste confidentielle, mais les dates correspondent aux attentats contre les ambassades américaines en Tanzanie et au Kenya en 1998.

Gina Haspel intègre ensuite le centre antiterroriste de l’Agence. Elle prend son poste le 11 septembre 2001, quand plusieurs attentats font près de 3000 morts aux États-Unis.

La période qui suit, entre 2001 et 2005, ternit sa biographie et l’image de la CIA avec son programme d’enlèvement et de détention illégale.

Elle supervise notamment les interrogatoires des Saoudiens Abd al-Rahim al-Nashiri — considéré comme le cerveau des attaques contre le pétrolier français Limburg en 2002 et le navire américain USS Cole en 2000 — et Abou Zoubaydah, le premier membre influent présumé du réseau Al-Qaïda capturé par les Américains.

Nashiri était «l’un des individus les plus sévèrement traumatisés que j’ai jamais vu», a affirmé jeudi au site d’informations en ligne The Intercept le médecin l’ayant examiné. Il est actuellement détenu à Guantanamo.

En 2008, Gina Haspel dirige les opérations de la CIA en Europe et devient directrice-adjointe des opérations clandestines mondiales en 2012. Mais son passé la rattrape l’année suivante quand des parlementaires bloquent sa promotion comme directrice, selon le New York Times.

Elle occupe un autre poste en Europe avant d’être nommée directrice-adjointe de la CIA en 2017.

Sa nomination a été dénoncée par des associations de défense des droits de l’homme. Pour Human Rights Watch, c’est la conséquence «de l’échec des États-Unis à se confronter aux abus du passé». Selon l’Union américaine pour les libertés civiles, c’est une «tâche sur notre histoire, que nous regretterons».