Aucun camp n’a de majorité au Parlement et pour l’instant, chacun se dit simplement prêt à discuter avec quiconque.

Italie: la droite et les antisystème se partagent les présidences

ROME - Le Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème) a conclu samedi un accord avec la coalition de droite/extrême droite pour faire élire l’un des siens à la présidence de la Chambre des députés, en votant en échange pour une fidèle de Silvio Berlusconi au Sénat.

Roberto Fico, 43 ans, un orthodoxe du M5S marqué à gauche, a été élu à la Chambre des députés avec 422 voix sur 620 et Elisabetta Alberti Casellati, 71 ans, une avocate proche du magnat des médias, est devenue la première femme présidente du Sénat italien avec 240 voix sur 319.

Cette ouverture du M5S aux négociations avec les représentants de la vieille classe politique, de même que les failles béantes mises au jour cette semaine au sein de la coalition de droite, ne donne pas d’indication sur l’issue des consultations en vue du futur gouvernement, qui doivent s’ouvrir début avril, mais laissent tout un faisceau de possibilités.

La coalition de droite, arrivée en tête avec 37% et désormais dominée par la Ligue (extrême droite) de Matteo Salvini, et le M5S, devenu le premier parti du pays avec 32% sous l’égide de Luigi Di Maio, revendiquent le pouvoir.

Aucun camp n’a de majorité au Parlement et pour l’instant, chacun se dit simplement prêt à discuter avec quiconque serait disposé à adopter son programme, tandis que le Parti démocrate (PD, centre gauche) refuse pour l’instant de servir de «béquille» à qui que ce soit.

MM. Salvini et Di Maio, qui réfutent toute idée d’alliance entre leurs forces antisystème et eurosceptiques désormais largement majoritaires, ont montré cette semaine que la communication fonctionnait entre eux, et l’une des hypothèses pourrait être un accord provisoire en vue d’une réforme électorale pour de nouvelles élections dès l’automne.

Au Parlement, après plusieurs tours dominés par les bulletins blancs vendredi, il n’a fallu qu’un seul vote samedi au Sénat comme à Chambre des députés.

Remise à plat pour le gouvernement

Les scores confirment que la majeure partie des deux camps ont respecté les consignes dans les deux chambres, un choix raillé par nombre d’élus du PD, qui ont rappelé l’aversion affichée jusqu’à présent par le M5S à l’égard des tractations politiques en général et de M. Berlusconi en particulier.

«Il n’y a rien de mal a faire des accords», a commenté pour l’AFP Davide Faraone, sénateur PD. «Le problème, c’est que ceux qui ont fait ces accords, ce sont ceux qui disaient justement que tout cela n’était qu’arrangements et magouilles et en plus, ils l’ont fait avec Berlusconi !»

«Nous avons travaillé sur les présidences des chambres (...) et maintenant on va réfléchir en repartant de zéro sur un éventuel accord pour le gouvernement», a précisé Gianluigi Paragone, sénateur M5S.

Le nom de Mme Alberti Casellati avait été proposé juste avant le vote samedi matin, à l’issue d’une réunion de réconciliation des chefs de partis de la coalition de droite, après un coup de force de M. Salvini qui a lâché vendredi soir le candidat jusqu’alors exigé par M. Berlusconi.

La pillule a cependant dû être amère pour certains sénateurs M5S: Mme Alberti Casellati a été secrétaire d’État de M. Berlusconi dans les années 2000, d’abord à la Santé, où elle a fait embaucher sa fille, puis à la Justice, où elle a défendu les lois destinées à soulager le magnat des médias de la pression des juges.

Elle a dû l’être tout autant pour nombre de députés de droite: M. Fico, militant de la première heure devenu un héraut des principes originels du mouvement fondé par le comique Beppe Grillo, est présenté par le quotidien Il Giornale (groupe Berlusconi) comme «le Grillino communiste», aux positions nettement plus à gauche que son mouvement sur les migrants, l’euthanasie, les couples homosexuels...

Dans son discours de prise de fonction, en l’absence des élus de droite ayant voté pour lui, ce Napolitain a prévenu que son «premier objectif» serait de «diminuer les coûts de la politique», alors que le M5S milite contre les avantages des parlementaires.