On peut voir les dommages après des tirs d’hélicoptère dans le village syrien de Barisha, où on compte neuf morts, juste après l’annonce de la mort du dirigeant de l’État islamique Abu Bakr al-Baghdadi dans la même région.

Irak: Mossoul se réjouit de la mort du «boucher Baghdadi»

MOSSOUL — «Il faut faire une énorme fête maintenant que le boucher Abou Bakr al-Baghdadi est parti» : dans la ville irakienne de Mossoul, la mort du chef du groupe État islamique (EI) est une «bonne nouvelle», après les trois années d’«enfer» sous son «califat».

En juin 2014, le chef djihadiste avait fait son unique apparition publique dans la grande cité commerçante du nord-ouest de l’Irak, devenue de fait sa «capitale» dans ce pays.

Ses hommes y imposaient leur loi — faite de coups de fouet et de décapitation en place publique — et les habitants entraient dans un long tunnel de terreur et de privations.

«Les djihadistes ont brûlé ma maison, ils ont brûlé ma voiture. Quand ils étaient là, j’ai fait trois attaques cardiaques», se rappelle Hani Mahmoud, 54 ans.

Cet habitant de la vieille ville, encore réduite à une montagne de ruines plus de deux après la libération, raconte à l’AFP trois années de calvaire.

«Je ne réalise toujours pas qu’on s’en est sortis, qu’on a survécu à l’EI», lâche-t-il, en évoquant la vie sous le «califat», dont la très redoutée police et les ministères et autres tribunaux régissaient tout de la vie des Mossouliotes, des services publics à l’impôt, en passant par l’habillement et l’éducation.

Plus de six mois après l’annonce de la chute territoriale du «califat» en Irak et en Syrie, de nombreuses zones d’ombre persistent.

Il reste toujours à identifier les milliers de corps des plus de 200 charniers laissés derrière par les djihadistes en Irak. Les autres, renfermant jusqu’à 5000 corps dans le nord et le nord-est de la Syrie repris à l’EI, doivent encore être ouverts.

Quant à la minorité yézidie, la plus persécutée par l’EI dans le Nord-ouest irakien, elle cherche toujours à savoir le sort réservé à plus de 3000 de ses membres portés disparus, pour beaucoup des femmes enlevées pour être vendues sur les «marchés aux esclaves» de l’EI.

Car Baghdadi — Ibrahim Awad al-Badri de son vrai nom — n’a épargné personne, renchérit Oum Alaa, visage encadré par le long voile noir traditionnel qui la couvre de la tête aux pieds.

«Il nous a détruits, il a fait de nos vies un enfer, il nous a fait revenir des années en arrière», lance cette mère de famille qui vit non loin de la célèbre mosquée al-Nouri, connue depuis des siècles pour son minaret penché, la Hadba («la bossue» en arabe), et qui a acquis en 2014 une notoriété bien moins flatteuse.

«Reconstruction»

C’est dans ce bâtiment aujourd’hui en ruines — la reconstruction de la Hadba débute à peine — que Baghdadi a prononcé son unique sermon public, instaurant sa loi sur un territoire de sept millions d’habitants à cheval sur l’Irak et la Syrie et grand comme la Grande-Bretagne.

De la main, Oum Alaa désigne les bâtiments éventrés et les devantures de boutiques fermées de longue date qui pendent tristement sur des morceaux de murs troués. Pour elle, comme pour Khaled Walid, «c’est un jour de fête».

«C’était un criminel, il a tué, égorgé des gens», lâche l’homme de 37 ans, la voix pleine du ressentiment accumulé durant les trois années de règne des djihadistes.

Bachar Hossam, lui aussi, se réjouit. Mais, maintenant que Baghdadi est mort, cet habitant de 31 ans de la ville ravagée espère «la prochaine bonne nouvelle».

«Celle de la reconstruction de nos maisons», dit-il.