Le 9 avril 2003, une immense statue de bronze de Saddam Hussein est arrachée de son socle avec l’aide d’un blindé américain, symbole fort de la chute du régime.

Il y a 15 ans, la chute du régime irakien

PARIS — Trois semaines ont suffi pour sceller le sort du régime de Saddam Hussein, des premiers raids américains le 20 mars 2003 à la chute de la capitale irakienne Bagdad, le 9 avril.

La présence supposée d’armes de destruction massive (ADM) bactériologiques, chimiques ou nucléaires en Irak a servi à justifier l’intervention militaire américaine, mais rien n’a été trouvé.

Boule de feu

Le 20 mars 2003, vers 05h35 locales (02h35 GMT), les premiers bombardements américano-britanniques visent la périphérie de Bagdad, peu après l’expiration de l’ultimatum du président George W. Bush sommant Saddam Hussein de s’exiler. La Défense anti-aérienne (DCA) irakienne entre aussitôt en action.

En une heure, trois séries de raids frappent Bagdad. Des témoins voient au loin une gerbe de flammes et des nuages de fumée, alors que résonnent de fortes déflagrations. Les journalistes de l’AFP parlent d’une énorme boule de feu.

Bush annonce officiellement le début de l’opération. Nom de code : «Liberté de l’Irak».

À la télévision d’Etat, Saddam Hussein appelle les Irakiens à «résister aux envahisseurs».

Dans la soirée, des dizaines de milliers de soldats américains et britanniques pénètrent dans le sud de l’Irak depuis le Koweït.

Dans le monde, les condamnations et les appels à la fin de la guerre vont se multiplier.

Choc et stupeur

Le 21, les frappes provoquent d’énormes explosions dans des quartiers administratifs de la capitale. C’est le début de la campagne massive de bombardements aériens surnommée «choc et stupeur» par médias américains et experts.

En un jour, les forces américano-britanniques ont fait un millier de sorties et largué autant de missiles de croisière, selon Washington.

Le lendemain, de violents bombardements frappent les villes de Bassora (sud), Kirkouk et Mossoul (nord) ainsi que les environs de Bagdad.

Le 25 mars, quelque 4000 Marines traversent Nassiriyah, verrou crucial sur la route vers Bagdad, en dépit d’un feu nourri des forces irakiennes.

Dans les jours qui suivent, Bagdad et sa périphérie sont la cible de violents bombardements, qui touchent le complexe du Palais de la République, des quartiers résidentiels et la Garde républicaine, noyau dur de l’armée.

Les Américains à l’aéroport

Le 31 mars, la troisième division d’infanterie américaine (3ID) déclenche les premiers combats au sol contre des unités de la Garde républicaine près de la ville sainte chiite de Kerbala, à 110 km au sud de Bagdad.

Le 2 avril, la 3DI force le passage vers Bagdad en contournant le verrou de Kerbala.

Le 4 avril, les Américains s’emparent de l’aéroport international Saddam de Bagdad.

La télévision d’État montre Saddam Hussein en train de prendre un bain de foule dans un quartier résidentiel de la capitale.

«Vermine» américaine

Le 7 avril, les forces américaines mènent une incursion spectaculaire jusqu’au coeur du pouvoir, s’emparant de trois palais présidentiels à Bagdad.

Le ministre de l’Information Mohamed Saïd al-Sahhaf évoque la «vermine» américaine et provoque l’hilarité des journalistes autour de lui alors que les Américains s’emparent du palais présidentiel. «Ce ne sont pas eux qui nous assiègent, c’est nous qui les encerclons», assure-t-il.

Le régime s’effondre

Le 9 avril, les soldats américains entrent à Saddam City, principal faubourg chiite du nord-est de la capitale. Les Irakiens abandonnent leur positions.

Des chars et des blindés américains arrivent dans le centre de la capitale, sur la place al-Ferdaous, devant l’hôtel Palestine où se trouve la presse internationale. Une immense statue de bronze de Saddam Hussein y est arrachée de son socle avec l’aide d’un blindé américain, avant d’être piétinée par quelques Irakiens qui assistent à la scène.

La population reste prostrée craignant que Saddam Hussein reprenne les rênes du pouvoir comme après la guerre du Golfe en 1991 où il avait maté dans le sang la révolte dans le sud chiite. Les forces américaines laissent se multiplier les actes de pillage à grande échelle créant le chaos dans le pays.

Les deux jours suivants, Kirkouk et Mossoul tombent sans grande résistance aux mains des Kurdes qui se retirent ensuite au profit des Américains. Tikrit (180 km au nord de Bagdad), fief de Saddam Hussein, tombe le 14 avril.

Saddam Hussein sera capturé en décembre près de Tikrit avant d’être pendu fin 2006.

Les États-Unis et la Grande-Bretagne ont perdu respectivement 139 et 33 soldats durant cette opération, selon leurs ministères de la Défense. Plus de 7300 civils irakiens ont été tués durant cette période, selon l’ONG Iraqbodycount.