À la veille de son départ pour l'Europe, Greta Thunberg dresse un bilan en demi-teinte des derniers mois et du sommet de l'ONU sur le climat en septembre dernier, qui avait suscité sa venue en Amérique du Nord.

Greta Thunberg retourne en Europe, avant d’autres aventures en 2020

HAMPTON, Virginie — «Ce fut extrêmement instructif», dit Greta Thunberg dans un coupe-vent trop grand, à la veille d’entamer sa seconde traversée de l’Atlantique, à 16 ans.

La jeune militante suédoise devenue célèbre sur six continents pour sa «grève de l’école pour le climat» va dire au revoir mercredi à l’Amérique du Nord, après 11 semaines bien remplies, et si la météo coopère.

Elle a tancé les dirigeants mondiaux à l’ONU, encore rencontré Barack Obama, reçu les clés de Montréal et sillonné États-Unis et Canada à bord d’une Tesla prêtée par Arnold Schwarzenegger.

Mais ce sommet climat, ces grèves du vendredi, ces millions de manifestants... Tout cela l’a-t-il rendue plus optimiste qu’à son arrivée fin août à New York?

«Ça dépend», a-t-elle répondu, d’un ton très factuel mardi dans un entretien à l’AFP, assise dans le catamaran où elle logera pour les deux à trois prochaines semaines : La Vagabonde, maison flottante d’un jeune couple australien, amarrée depuis une semaine à Hampton, en Virginie.

«D’un côté, beaucoup de choses ont changé dans le bon sens, mais plusieurs mois se sont écoulés sans action véritable, sans que les gens se rendent compte de l’urgence. Donc je ne sais pas, c’est à peu près pareil», dit l'étudiante en année sabbatique.

Elle réserve son admiration aux jeunes qui vivent sur «la ligne de front» écologique de New York à Vancouver, en passant par Washington, Montréal, le Midwest américain, Los Angeles... Comme Tokata Iron Eyes, de la tribu Sioux de Standing Rock, opposée en vain à la construction d’un oléoduc.

Qu’a-t-elle appris de Barack Obama? «Tout dépend de la façon dont on définit apprendre...»

Et ces présidents et premiers ministres rencontrés à l’ONU? «Les dirigeants mondiaux et les politiciens me demandent tout le temps des égoportraits, à moi et d’autres militants du climat, parce qu’ils veulent avoir l’air bien à côté de nous», dit-elle sans pitié, mais sans en donner la liste («il y en a pas mal»).

Même les pays qui s’engagent à la neutralité carbone en 2050 n’en font «pas assez», répète-t-elle, citant Royaume-Uni et Nouvelle-Zélande.

L’Asie en 2020 

Quant à Donald Trump, elle suggère que son déni climatique a peut-être paradoxalement dopé la mobilisation climatique : «Il est tellement extrême, et dit des choses si extrêmes, que les gens se sont réveillés d’une certaine façon».

Elle ne fait pas grand cas d’une scène filmée et devenue virale, où on la voit patienter à la demande d’agents de sécurité pendant que le président et son entourage débarquent à l’ONU. «Je me demandais ce qu’il faisait là, car il n’était pas censé venir...»

Ils seront six à bord de La Vagabonde : le couple propriétaire —les YouTubeurs et Instagrammeurs Elayna Carausu, 26 ans, et Riley Whitelum, 35 ans—; leur fils de 11 mois, Lenny; la navigatrice britannique professionnelle Nikki Henderson, 26 ans, appelée en soutien; et le père de Greta, Svante Thunberg. Ce dernier l’accompagne depuis le début de sa tournée, salue les journalistes mais ne donne pas d’entrevue - mardi n’a pas fait exception.

Mercredi, ils partiront tôt, depuis le ponton de la maison cossue de deux retraités passionnés de navigation, qui avaient offert à La Vagabonde une escale gratuite (avant que Greta ne se rajoute à l’affaire, à leur grand plaisir).

La militante veut aller à la COP 25 à Madrid, qui commence dans moins de trois semaines, puis rentrer «à la maison» - son visage s’éclaire d’anticipation quand elle le dit.

Pour 2020, «je n’ai pas encore de projet», dit-elle. Sa rentrée des classes sera en août.

«Si je suis invitée, j’essaierai d’aller dans des endroits où je ne suis jamais allée, d’abord en Asie, et bien sûr à des réunions de dirigeants mondiaux, si je suis invitée».

La mer devrait être agitée en cette saison, mais cela ne semblait pas l’effrayer, alors que ses hôtes s’affairaient aux derniers préparatifs. Elle fait visiter une cabine, montre les toilettes, et assure n’avoir pas souffert du mal de mer à l’aller, à bord d’un autre voilier.

Elle corrige enfin le reporter qui suppose imprudemment que la Suédoise est habituée aux basses températures: «J’ai toujours froid».

«Quand il a été élu, je me suis dit que les gens allaient enfin se réveiller», a dit la militante âgée de 16 ans. «Peut-être qu'il aide».

Pour le voyage retour de l'adolescente, un jeune couple australien, parent d'un garçon de 11 mois, s'est porté volontaire. Elayna Carausu, 26 ans, et Riley Whitelum, 35 ans, qui vivent sur un catamaran et racontent leurs aventures sur les réseaux sociaux, avaient vu l'appel de Greta Thunberg qui cherchait un mode de transport écologique pour retourner en Europe, comme pour son voyage aller.

Au lieu de passer l'hiver aux États-Unis, ils ont proposé de ramener Greta Thunberg et son père, Svante Thunberg, en Europe, à bord de leur catamaran de 14 mètres, baptisé La Vagabonde.

À la veille du départ, Greta Thunberg a dressé un bilan en demi-teinte des derniers mois et du sommet de l'ONU sur le climat en septembre dernier, qui avait suscité sa venue en Amérique du Nord.

«Ça dépend», répond-elle de son ton factuel habituel. «D'un côté, beaucoup de choses ont changé dans le bon sens, mais plusieurs mois se sont écoulés sans action véritable, sans que les gens ne se rendent compte de l'urgence. Donc je ne sais pas, c'est à peu près pareil», dit la l'étudiante, en année sabbatique jusqu'en août 2020.

Le trajet devrait prendre deux à trois semaines, selon la météo. Outre le couple propriétaire, leur enfant Lenny (qui a son compte Instagram), et Svante Thunberg, la navigatrice britannique professionnelle Nikki Henderson, 26 ans, a été appelée pour donner un coup de main.

La destination est le Portugal, à quelque 5500 km de distance, avec l'objectif de participer à la réunion climat de l'ONU à Madrid du 2 au 13 décembre. Cette «COP 25», à laquelle Greta Thunberg devait initialement se rendre, a été déplacée du Chili à la dernière minute.

«Si j'arrive à temps, je participerai à la COP 25, car on m'a invitée», dit la Suédoise, emmitouflée dans son coupe-vent marqué des mots «Unite for Science» (unissez-vous au nom de la science).

«Et puis je rentrerai à la maison, je pense».