Un appareil d’Air France à l’aéroport parisien de Roissy-Charles de Gaulle, en 2018

France: un garçon trouvé mort dans le train d’atterrissage d’un avion

AÉROPORT DE ROISSY — Il s’était caché mardi dans le train d’atterrissage d’un Boeing 777 d’Air France reliant Abidjan à Paris: le corps d’un jeune garçon a été retrouvé mercredi à l’aube à l’aéroport parisien de Roissy-Charles de Gaulle.

L’avion avait décollé de la capitale économique ivoirienne mardi soir et s’était posé peu après 05H00 GMT à Paris. Le corps, légèrement vêtu, a été découvert moins d’une heure plus tard dans le puits du train d’atterrissage, selon des sources proches de l’enquête.

Un porte-parole de la compagnie aérienne a confirmé la mort d’un «passager clandestin», sans préciser son âge, et déploré un «drame humain».

Le parquet de Bobigny a indiqué avoir confié à la Gendarmerie des transports aériens une enquête pour recherche des causes de la mort. Un examen du corps de la victime, dont le parquet ignore l’identité et l’âge, était prévu mercredi.

À Abidjan, une commission d’investigation dirigée par l’Autorité nationale de l’aviation civile comprenant «les différentes entités concernées» s’est réunie mercredi après-midi, selon Sidi Touré, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement ivoirien.

«C’est la première fois qu’un tel incident se produit dans notre aéroport», a-t-il dit, ajoutant que l’enquête, notamment l’examen des «enregistrements vidéo», permettra de savoir «comment ce jeune homme a pu se retrouver là», «quelles sont les complicités», afin de «très vite circonscrire ce problème» de sécurité à l’aéroport.

Ces dernières années, plusieurs passagers clandestins, notamment des adolescents en provenance d’Afrique, ont été retrouvés morts de froid ou écrasés dans des soutes de train d’atterrissage.

En France, le dernier cas date d’avril 2013. Le cadavre d’un garçon probablement mineur, candidat malheureux à l’immigration, avait été retrouvé à Roissy dans le train d’atterrissage d’un avion en provenance du Cameroun.

Asphyxie ou froid

Selon une source proche de l’enquête, le jeune garçon retrouvé mercredi «est mort soit par asphyxie, soit de froid».

Les températures descendent à -50°C entre 9000 et 10 000 mètres, altitude à laquelle volent les avions de ligne. Les logements de train d’atterrissage ne sont ni chauffés, ni pressurisés.

Laure Palun, directrice de l’Anafé (Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers), a déclaré à l’AFP être «extrêmement choquée par ce drame rare, fruit de la logique de fermeture et de contrôle des frontières».

À ses yeux, «il questionne la logique des politiques migratoires européennes: lorsqu’il n’y a pas de voie de migration légale, les personnes doivent se cacher pour atteindre le pays où ils souhaitent se rendre, et cela entraîne des drames».

Pour une source sécuritaire ivoirienne, «au-delà du drame humain, cela indique une faille de sécurité majeure à l’aéroport d’Abidjan», a-t-elle indiqué, se demandant comment un enfant d’une dizaine d’années a pu accéder à un avion et s’il a bénéficié de complicité.

«Moi qui suis pilote, j’ai déjà vu plusieurs fois des gens le long de la piste, sans qu’on sache qui ils sont et d’où ils viennent», a témoigné de son côté un pilote de l’aéroclub d’Abidjan. L’aéroclub est situé dans l’enceinte de l’aéroport international Félix Houphouët-Boigny.

Alors que la Côte d’Ivoire, qui vit sous la menace d’attaques jihadistes, a l’une des économies les plus dynamiques d’Afrique avec une croissance annuelle moyenne de 8% depuis 2012, l’émigration clandestine vers l’Europe connaît ces dernières années une ampleur jamais vue.

En 2017, 8753 migrants âgés de 14 à 24 ans partis de Côte d’Ivoire sont arrivés en Italie, dont 1263 femmes et 1474 mineurs non accompagnés, selon le Centre de volontariat international (CEVI), une ONG italienne.

Le centre d’analyse de la migration de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a indiqué à l’AFP que «sur les six dernières années, on a documenté la mort de onze passagers clandestins dans des avions» à travers le monde, via un recensement lancé en 2014 dans le cadre du projet «missing migrants».