Alors que la manifestation à Paris s'était déroulée dans le calme dans la matinée, des heurts ont éclaté dans plusieurs quartiers dans l'après-midi, avec des jets de projectiles sur les forces de l'ordre qui ont répliqué par des tirs de lacrymogènes.

France : 50 000 «gilets jaunes» dans la rue, heurts à Paris et en régions

PARIS — Près de 50 000 «gilets jaunes» ont défilé samedi en France pour leur huitième journée d'action, marquée par des heurts avec les forces de l'ordre et l'évacuation du porte-parole du gouvernement après une intrusion violente dans la cour du ministère.

«Une fois encore, une extrême violence est venue attaquer la République — ses gardiens, ses représentants, ses symboles [...] Chacun doit se ressaisir pour faire advenir le débat et le dialogue», a réagi Emmanuel Macron sur Twitter.

Les «gilets jaunes» ont réussi leur pari, en mobilisant pour cet «acte VIII» hebdomadaire bien plus que les 32 000 manifestants du 29 décembre, même si le ministre de l'Intérieur a assuré que ce mouvement n'était «pas représentatif de la France».

Il a lui aussi condamné les heurts qui ont émaillé cette journée, tout en reconnaissant que la plupart des manifestations «se sont bien passées». Il a, en particulier, dénoncé des attaques de mairies, d'institutions, et de gendarmeries, ainsi que «des journalistes et des journaux [...] malmenés».

À Paris, alors que le défilé parisien s'était déroulé dans le calme dans la matinée — environ 4000 participants dans l'après-midi —, des heurts ont éclaté dans plusieurs quartiers, notamment sur les quais de Seine.

Un feu s'est déclaré dans une péniche-restaurant amarrée près du musée d'Orsay. Plusieurs scooters, une voiture, des poubelles ont été incendiés sur le boulevard Saint-Germain, quartier huppé du centre prisé des touristes, où des barricades de fortune ont été érigées, selon des journalistes de l'AFP.

«Mettre le feu comme ça, c'est pas possible. C'est l'apocalypse», a commenté une passante auprès de l'AFP, s'inquiétant de «l'image de la France dans le monde».

«Mettre le feu comme ça, c'est pas possible. C'est l'apocalypse», a commenté une passante auprès de l'AFP, s'inquiétant de «l'image de la France dans le monde».

En milieu d'après-midi, le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a été évacué de ses bureaux après une intrusion de «gilets jaunes» avec un engin de chantier dans la cour du ministère, située non loin de ceux du premier ministre.

«Il y avait des "gilets jaunes", des gens habillés en noir [...] qui ont pris un engin de chantier qui était dans la rue, et qui ont défoncé la porte du ministère [...] et cassé deux voitures», a affirmé M. Griveaux.

«Ce n'est pas moi qui suis visé, c'est la République», par «ceux qui souhaitent l'insurrection, renverser le gouvernement», mais «la République tient debout», a-t-il encore déclaré.

Des milliers de «gilets jaunes» ont aussi bloqué dans les deux sens l'autoroute A7 qui traverse la ville de Lyon (centre-est).

«Changer le système»

Plusieurs villes de province, où se sont rassemblés à chaque fois quelques milliers de manifestants, ont aussi connu des heurts lors de cette nouvelle mobilisation.

À Rouen, un manifestant a été atteint à l'arrière de la tête une balles de lanceurs de balles de défense (LBD) des forces de l'ordre, a constaté un correspondant de l'AFP. Les «gilets jaunes» ont ensuite érigé des barricades et encore lancé des projectiles contre une caserne de gendarmerie, selon le procureur de la ville.

À Caen (ouest), «les manifestants se sont rendus vers l'hôtel de police de Caen avec des intentions très agressives [...] Des projectiles ont été lancés sur les forces de l'ordre», a indiqué la préfecture du Calvados dans un communiqué. Plusieurs feux ont été allumés, notamment devant le centre administratif.

À Bordeaux, quelque 4600 «gilets jaunes» ont défilé dans les rues samedi, retrouvant leur niveau de mobilisation d'avant les fêtes de fin d'année.

Le mouvement des «gilets jaunes» regroupe des Français issus des classes populaires et moyennes qui dénoncent depuis le 17 novembre la politique fiscale et sociale du gouvernement, qu'ils jugent injuste, et réclament également plus de pouvoir d'achat. Cette forme inédite de mobilisation citoyenne se traduit notamment par l'occupation de ronds-points à travers la France, et une journée d'action chaque samedi.

Ces Français des fins de mois difficiles sont restés insensibles aux concessions annoncées par le président Emmanuel Macron (annulation pour 2019 de la hausse de la fiscalité des carburants, mesures pour améliorer le pouvoir d'achat pour un coût évalué à 10 milliards d'euros, débat national qui doit s'ouvrir à la mi-janvier pour faire émerger des revendications).

Avec une mobilisation en hausse par rapport à samedi dernier, Bordeaux et Toulouse (sud-ouest) s'imposaient parmi les principaux bastions du mouvement.

Précédés d'une banderole proclamant «Unis, le changement est possible», quelque 4600 «gilets jaunes» ont défilé à Bordeaux, avec des heurts en fin de parcours : pavés et projectiles lancés sur les forces de l'ordre qui ont répliqué avec des canons et des gaz lacrymogènes.

Des milliers de «gilets jaunes» ont aussi bloqué dans les deux sens l'autoroute A7 qui traverse la ville de Lyon (centre-est), créant des bouchons en ce jour de retour des vacances de Noël, selon des journalistes de l'AFP. «Nous, on est là pour changer le système, donc tant qu'il n'y a rien qui change on va continuer à être là, on n'a pas de raison de rentrer», a déclaré Walter, étudiant de 23 ans.

Des «gilets jaunes» mobilisés à Lille, dans le nord de la France.