En 2015, l’éditeur Gui Minhai (en photo sur la pancarte) s’était volatilisé : il avait disparu lors de vacances en Thaïlande... avant de réapparaître dans une prison chinoise et «d’avouer» à la télévision d’État son implication dans un accident de la route en 2003.
En 2015, l’éditeur Gui Minhai (en photo sur la pancarte) s’était volatilisé : il avait disparu lors de vacances en Thaïlande... avant de réapparaître dans une prison chinoise et «d’avouer» à la télévision d’État son implication dans un accident de la route en 2003.

Éditeur en prison en Chine

PÉKIN — L’éditeur suédois Gui Minhai, accusé d’avoir diffusé des «informations classées», a été condamné en Chine à 10 ans d’emprisonnement, un verdict susceptible d’attiser les tensions entre Pékin et Stockholm, qui a réclamé mardi sa libération.

À la fois libraire et éditeur, Gui Minhai, 55 ans, publiait à Hong Kong des livres au contenu salace sur les dirigeants chinois. Il avait déjà été détenu en Chine entre 2015 et 2017, avant de «disparaître» à nouveau en février 2018.

Un tribunal de Ningbo (est), qui a prononcé la condamnation lundi, l’a reconnu coupable d’avoir «illégalement diffusé à l’étranger des informations classées». La nature de ces dernières n’a pas été précisée.

Le tribunal a assuré dans un communiqué que l’éditeur avait demandé en 2018 à retrouver sa nationalité chinoise. Or, la Chine ne reconnaît pas de double nationalité. M. Gui «a reconnu sa culpabilité, accepté le verdict et ne fait pas appel», selon le tribunal.

Stockholm a réagi vigoureusement mardi : «Nous réclamons toujours la libération de Gui Minhai et un accès pour lui apporter une aide consulaire», a affirmé la ministre des Affaires étrangères, Ann Linde. «Nous n’avons pu ni assister au procès, ni examiner les charges», a-t-elle déploré.

Les autorités suédoises ont par ailleurs convoqué l’ambassadeur de Chine en Suède. «Nous avons pris connaissance des informations concernant la décision à l’encontre de Gui Minhai et avons demandé confirmation aux autorités chinoises — à cet égard, le secrétaire d’État au ministère des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur chinois», a annoncé à l’AFP Johan Ndisi, porte-parole du ministère.

À Pékin, un porte-parole de la diplomatie chinoise, Zhao Lijian, a rétorqué : «La Chine est un pays régi par la loi [...] les intérêts et les droits de Gui Minhai ont été entièrement protégés».

La Chine reconnaît M. Gui uniquement comme citoyen chinois et «s’oppose résolument» à l’ingérence d’un pays étranger «dans ses affaires intérieures et sa souveraineté judiciaire», a-t-il martelé.

L’Union européenne a critiqué la sentence prononcée à l’encontre de M. Gui, estimant que ses droits n’avaient pas été respectés.

«Il y a de graves questions qui exigent une réponse concernant cette affaire. Ses droits, dont l’accès à une aide consulaire et un procès en bonne et due forme, n’ont pas été respectés», a indiqué un porte-parole de l’UE.

«Aveux» télévisés

Mighty Current, la maison d’édition de Hong Kong où travaillait Gui Minhai, profitait des libertés publiques du territoire chinois semi-autonome pour publier des livres sur la vie privée des dirigeants communistes, strictement interdits en Chine continentale.

Mais en 2015, comme quatre de ses confrères, M. Gui s’était volatilisé : il avait disparu lors de vacances en Thaïlande... avant de réapparaître dans une prison chinoise et «d’avouer» à la télévision d’État son implication dans un accident de la route en 2003.

Les autorités chinoises avaient assuré l’avoir relâché en octobre 2017, mais selon sa fille, Angela Gui, il avait été placé en résidence surveillée à Ningbo.

M. Gui avait été de nouveau interpellé en janvier 2018 dans un train, alors qu’il se rendait à Pékin, accompagné de diplomates suédois, pour un rendez-vous médical.

Stockholm avait dénoncé cette arrestation «brutale» et «contraire aux règles internationales fondamentales sur l’aide consulaire».

Après cette deuxième «disparition», l’éditeur-libraire était apparu à la télévision, accusant son pays d’adoption — la Suède — de l’avoir manipulé comme «un pion» et avouant «avoir enfreint la loi à son instigation».