Cinq des 15 candidats à l’investiture démocrate pour affronter le milliardaire républicain en novembre 2020 sont des sénateurs et ils devront, selon la Constitution, siéger au procès de M. Trump qui devrait s’ouvrir en janvier.
Cinq des 15 candidats à l’investiture démocrate pour affronter le milliardaire républicain en novembre 2020 sont des sénateurs et ils devront, selon la Constitution, siéger au procès de M. Trump qui devrait s’ouvrir en janvier.

Destitution: le procès Trump va perturber la primaire démocrate

WASHINGTON — La mise en accusation de Donald Trump pourrait non seulement mener à un procès historique du président américain devant le Sénat, mais aussi entamer les chances de plusieurs candidats démocrates à la présidentielle à un moment critique de la campagne électorale.

C’est toute l’ironie de ce processus de destitution.

Cinq des 15 candidats à l’investiture démocrate pour affronter le milliardaire républicain en novembre 2020 sont des sénateurs et ils devront, selon la Constitution, siéger au procès de M. Trump qui devrait s’ouvrir en janvier. Bloqués à Washington, ils laisseront le champ libre à leurs rivaux dans l’Iowa et le New Hampshire, les deux premiers États à voter pour la primaire.

Ces deux scrutins sont cruciaux, car ils influenceront la suite de la course.

C’est «bizarre», a résumé le sénateur républicain John Cornyn pour résumer la situation de ses collègues démocrates, qui sont tous en faveur d’une destitution de Donald Trump.

L’élu estime que, parmi les favoris, Bernie Sanders et Elizabeth Warren seront «désavantagés» face à Joe Biden et Pete Buttigieg, qui vont continuer à sillonner l’Iowa avant le scrutin du 3 février, puis se rendre dans le New Hampshire qui votera huit jours plus tard.

C’est encore plus compliqué pour Amy Klobuchar, Cory Booker et Michael Bennet, qui sont loin derrière et doivent impérativement faire vivre leur campagne.

Le procès en destitution de Bill Clinton en 1999 — qui n’était pas une année électorale — avait duré cinq semaines, du 7 janvier au 12 février.

Selon le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, les audiences dureront du lundi au samedi, écourtant les possibilités de déplacements.

Et surtout, «les sénateurs ne seront pas autorisés à s’exprimer» pendant le procès, a souligné M. McConnell. Le procès sera instruit par des juristes sous les ordres du président de la Cour suprême, privant les candidats démocrates d’une occasion de briller à la télévision.

Liaisons vidéo

Face à ces obstacles, les candidats tentent de faire bonne figure.

«Nous devons tous accomplir notre devoir constitutionnel», affirme à l’AFP Michael Bennet, qui est à environ 1 % des intentions de vote dans les sondages.

«On va trouver une solution», ajoute-t-il.

Amy Klobuchar réfute l’idée d’être désavantagée en restant à Washington, même si Joe Biden et Pete Buttigieg sont comme elle sur une ligne centriste.

«Je surmonte n’importe quel obstacle qui se trouve sur ma route», a-t-elle affirmé sur CNN, ajoutant qu’elle pouvait compter sur des remplaçants solides, comme sa fille, pour faire campagne à sa place.

Dans l’Iowa et le New Hampshire, la tradition n’est pas aux grand-messes. Les candidats se doivent d’être sur le terrain et d’aller au contact des électeurs en multipliant les réunions en petit comité.

Les sénateurs-candidats «pourraient perdre un temps précieux face aux électeurs de l’Iowa qui attendent des tête-à-tête avec ceux qui veulent l’investiture», explique Jim Manley, un consultant politique qui a longtemps travaillé pour des démocrates au Sénat.

Les solutions de rechange existent, comme des conférences de presse en marge du procès ou des liaisons vidéo lors d’évènements sur le terrain.

Les candidats chercheront aussi à quitter la capitale fédérale dès le samedi soir, pour être sur le terrain toute la journée du dimanche.

Mais il leur sera impossible de rater une partie du procès.

«Il n’y a rien de plus important, si ce n’est une déclaration de guerre, que ce procès», assure Jim Manley, soulignant que sécher une audience ne serait pas «politiquement viable».

Pour MM. Biden et Buttigieg, ce procès en destitution n’a pas non plus que des avantages. Ils pourront continuer à labourer le terrain dans l’Iowa et le New Hampshire sans craindre leurs rivaux. Mais ils ne participeront pas à «l’évènement politique le plus important de cette année, ou de l’histoire récente», selon le stratégiste.