Dans le rapport annuel de l’organisation internationale OXFAM, on y apprend que le nombre de milliardaires n’a jamais été aussi élevé, mais aussi que le travail non rémunéré, principalement effectué par des femmes, atteindrait 10 000 milliards de dollars s’il était évalué financièrement, soit 43 fois le chiffre d’affaires d’Apple.

Des inégalités qui persistent

Du 22 au 25 janvier dernier se tenait à Davos, en Suisse, le traditionnel Forum économique mondial, lors duquel se croisent les PDGs de multinationales et de nombreux chefs d’État, dont notamment le premier ministre du Québec François Legault. C’est toujours à cette période que l’organisation internationale OXFAM publie son rapport annuel sur les inégalités. Malheureusement, ce n’est pas cette année que les inégalités commenceront à s’estomper.

Ainsi, le nombre de milliardaires n’a jamais été aussi élevé. Depuis la crise économique de 2008, soit en à peine plus de 10 ans, leur nombre a doublé. Et les richesses sont de moins en moins bien réparties: alors qu’en 2017 ils étaient 43 personnes à détenir autant que les 50 % les plus pauvres de planète, ils n’étaient plus que 26 en 2018, à posséder autant que quelque 3,8 milliards d’individus.

Alors que ces derniers luttent simplement pour leur survie et celle de leurs familles, Jeff Bezos, patron d’Amazon et homme le plus riche de la Terre avec une fortune estimée à 112 milliards de dollars, déclare vouloir investir dans les voyages spatiaux, ne sachant plus où dépenser son argent.

Pourtant, 1 % de son patrimoine financier égalise le budget de la santé en Éthiopie.

UN PARTAGE ET UNE REDISTRIBUTION DES RICHESSES NÉCESSAIRES

Selon le rapport publié par OXFAM, les impôts qui visent les populations les plus aisées, comme les impôts sur la fortune ou sur les successions, tendent à être réduits ou supprimés dans de nombreux pays dits riches, tandis qu’ils sont peu mis en œuvre dans les pays en développement. Pourtant, le Fonds monétaire international (FMI) a déjà commencé, il y a quelques années, à remettre en question la «théorie du ruissellement», qui se base sur l’idée que de l’argent donné aux riches sera automatiquement réinjecté dans l’économie.

L’organisation internationale de lutte contre la pauvreté va dans le même sens et met de l’avant l’importance des impôts dans la redistribution des richesses, essentiels pour une société égalitaire. Ainsi, l’argent collecté en augmentant de 0,5% les impôts qui concernent les 1% les plus riches permettrait ainsi de financer la scolarisation des enfants qui n’ont pas accès à l’école et de sauver la vie de 3,3 millions de personnes en leur permettant d’accéder aux soins.

Pourtant, alors que les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) ont permis à leurs patrons – et leurs actionnaires – d’engranger des mannes colossales, cela n’empêche pas ces entreprises de s’affranchir de payer leurs impôts, et cela de façon légale, c’est-à-dire avec le soutien de nos politiques fiscales.

Ainsi, Google, au début de cette année, se faisait surprendre à placer 30 milliards de dollars aux Bermudes, un paradis fiscal, pour échapper à une taxation sur cette somme. Sa pratique, éthiquement critiquable, est bel et bien légale. Mais Google n’est pas la seule entreprise à agir de la sorte, et quelque 7600 milliards de dollars seraient dissimulés dans des paradis fiscaux, échappant ainsi à toute taxation.

En outre, OXFAM rappelle les inégalités de genre qui persistent de façon flagrante dans le partage des richesses. Les femmes gagnent ainsi, à l’échelle mondiale, 23% de moins que les hommes. Le travail non rémunéré, parfois appelé travail invisible, touche majoritairement les femmes et concerne généralement des activités de soin (à un enfant ou à un proche malade par exemple). Pourtant, si on estimait financièrement ce travail invisible, on atteindrait le montant colossal de 10 000 milliards de dollars, soit 43 fois le chiffre d’affaires d’Apple.

Et c’est là l’un des nombreux coûts causés par les inégalités. 262 millions d’enfants ne peuvent pas aller à l’école, et près de 10 000 personnes périssent chaque jour par manque d’accès aux soins. Pourtant, des solutions existent: une volonté politique dans ce sens serait néanmoins nécessaire.

Pour en savoir plus: www.cs3r.org