Donald Trump s’est saisi de deux articles inexacts, dont celui de BuzzFeed News sur des élèves ridiculisant un militant de la cause amérindienne, pour prouver l’acharnement médiatique dont il estime être la cible.

Couverture de la présidence: début de remise en question chez les médias américains

WASHINGTON — Un article explosif de BuzzFeed News aux allégations «inexactes», une vidéo polémique sortie de son contexte : deux événements ont provoqué en l’espace de quelques jours un début de remise en question parmi les médias américains, à propos notamment de leur couverture de la présidence Trump.

Les révélations de BuzzFeed News ont fait l’effet d’une bombe jeudi dernier. S’appuyant sur deux sources policières fédérales anonymes, le site d’information affirmait que Donald Trump avait demandé à son ancien avocat Michael Cohen de mentir lors de son audition au Congrès en 2017 à propos de discussions sur un projet immobilier en Russie.

Une accusation grave, immédiatement suivie d’appels à destituer le président.

Moins de 24 heures après la publication de l’article, le bureau du procureur spécial Robert Mueller en charge de l’enquête russe — sur des soupçons de collusion entre l’équipe de campagne de

M. Trump et Moscou lors de la présidentielle de 2016 — se fendait d’une déclaration rarissime, qualifiant d’«inexactes» les informations de BuzzFeed News.

Au cours du week-end, c’est une vidéo semblant montrer des élèves d’une école secondaire catholique américaine — coiffés pour certains de la célèbre casquette rouge de la campagne présidentielle de Donald Trump «Make America Great Again» — ridiculiser un militant de la cause amérindienne qui a provoqué la polémique.

Moins de 24 heures plus tard, de nouvelles images ont émergé, apportant un nouvel éclairage.

Donald Trump s’est saisi de ces deux événements pour prouver l’acharnement médiatique dont il estime être la cible depuis son arrivée à la Maison-Blanche.

«Je pense que l’article de BuzzFeed est une honte pour notre pays», a-t-il dénoncé. «C’est une honte pour le journalisme, et je pense également que la couverture qu’en ont faite les médias traditionnels est honteuse».

Le milliardaire républicain s’est mêlé ensuite de l’affaire des étudiants blancs accusés de mépriser des Amérindiens.

Les adolescents «ont été traités de manière injuste avec des jugements hâtifs qui se sont révélés faux — diffamés par les médias», a-t-il écrit sur Twitter, érigeant les lycéens en «symboles des médias fake news et du mal qu’ils peuvent faire».

La pression de l’immédiateté

Pour le journaliste du New York Times Frank Bruni, pas vraiment connu pour ses positions pro-Trump, cet épisode sonne pour les médias comme un avertissement.

«Nous réagissons aux informations en essayant de les faire rentrer dans la ligne éditoriale que nous suivons habituellement», a-t-il écrit dans le quotidien new-yorkais. «Nous avons notre opinion et nous cherchons des commentaires et événements qui vont dans son sens».

Chroniqueur conservateur pour le New York Times, David Brooks voit lui dans le traitement accordé à la vidéo des étudiants face aux Amérindiens «un jugement manifestement précipité», «alimenté par des préjugés et des stéréotypes sociaux grossiers».

Malgré les déclarations du bureau du procureur Mueller, BuzzFeed News défend de son côté ses informations selon lesquelles Donald Trump aurait demandé à son ancien avocat de mentir au Congrès.

Mais de nombreuses voix, à gauche comme à droite, mettent en cause la précipitation avec laquelle l’article du site d’information a été pris pour argent comptant.

«Ce qui est le plus frappant dans cette tendance à voir les soufflés retomber aussi vite qu’ils sont montés est la façon dont elle se répète avec tant de régularité et si peu de vigilance de la part des médias», souligne dans une chronique pour The Hill Jonathan Turley, professeur de droit à l’université George Washington.

Le célèbre avocat Alan Dershowitz, partisan du président Trump, juge que les «vœux pieux ont pris la place des analyses réfléchies et du scepticisme journalistique».

«Malgré la faiblesse évidente de l’article de BuzzFeed, de nombreux membres de la meute des médias souhaitant se payer Trump à tout prix étaient déjà en train de creuser sa tombe politique et prêts à danser dessus», a-t-il regretté dans une tribune pour Fox News.

Le journaliste du Washington Post Bob Woodward, dont les révélations dans l’affaire du Watergate ont conduit à la démission du président Richard Nixon, se dit heureux, à l’ère des réseaux sociaux et de l’avalanche d’informations, de ne plus avoir à traiter l’actualité au jour le jour.

«La pression hydraulique du système est juste trop forte», explique-t-il. «L’impatience d’Internet — “donnez-le nous immédiatement” — est si exigeante».