Des manifestants contre le juge Brett Kavanaugh ont protesté au Capitole, lundi.

Cour suprême américaine: le casting improbable

WASHINGTON — Un juge catholique, un ami de beuverie, une enseignante d’université, l’avocat d’une actrice porno... Le feuilleton de la nomination de Brett Kavanaugh à la Cour suprême américaine rassemble un casting improbable, avant le nouvel épisode des auditions jeudi devant la commission judiciaire du Sénat.

L’intrigue

Brett Kavanaugh, un magistrat catholique de 53 ans aux références sans faille, est choisi par le président américain Donald Trump pour siéger à la Cour suprême, qu’il ferait basculer dans le camp conservateur, au grand dam des démocrates. Mais sa nomination, acquise d’avance, est remise en question quand il est accusé d’une agression sexuelle remontant au début des années 80, puis d’un comportement inapproprié lors de ses années à l’université de Yale.

Un juge catholique

Pour la droite américaine, Brett Kavanaugh est un juge catholique au pedigree impeccable, doublé d’un père de famille attentionné apparemment irréprochable. Mais il est rattrapé par ses années à l'école secondaire, où il aurait été un élève porté sur la boisson. À l’âge de 17 ans, lors d’une soirée très arrosée, il aurait agressé sexuellement une étudiante de 15 ans, tandis qu’un ami faisait le guet. À Yale, lors d’une autre soirée arrosée, il aurait exhibé son sexe devant une étudiante. Brett Kavanaugh dément formellement les accusations et dénonce une «campagne de calomnies grotesque et grossière».

Une enseignante en psychologie

Christine Blasey Ford, chercheuse en psychologie de 51 ans, est sortie de l’ombre quelques jours après l’audition de nomination du candidat de Donald Trump à la Cour suprême. Elle affirme que le jeune Kavanaugh et un ami, Mark Judge, «complètement ivres», l’ont isolée dans une chambre lors d’une fête et que le futur juge l’a plaquée sur un lit avant d’essayer de la déshabiller. Profitant de leur état d’ébriété, elle aurait réussi à fuir.

Mme Blasey Ford a demandé sans succès une enquête du FBI avant d’accepter de témoigner publiquement jeudi.

Un compagnon de beuverie 

Ami de l'école secondaire du jeune Brett Kavanaugh, Mark Judge réfute les allégations de Mme Blasey Ford. «Je n’ai aucun souvenir de l’incident présumé [...] et je n’ai jamais vu Brett agir de cette manière», écrit-il dans un courrier à la commission.

Âgé de 54 ans, ce blogueur conservateur a pourtant retracé dans un livre ses années d’alcoolisme à l'école secondaire. Il y met notamment en scène un personnage, Bart O’Kavanaugh, vomissant dans une voiture.

Il refuse d’être entendu comme témoin et a quitté son domicile du Maryland sur les conseils de son avocate.

Une ex-étudiante de Yale

Âgée de 53 ans, Deborah Ramirez, ancienne étudiante en sociologie de Yale, affirme qu’en 1983-84, Brett Kavanaugh a sorti son sexe devant elle, la contraignant à le toucher alors qu’elle le repoussait, lors d’une soirée de beuverie sur le campus. Elle-même ivre, elle aurait mis du temps à rassembler ses souvenirs avant de s’exprimer publiquement.

L’avocat médiatique 

Michael Avenatti, le très médiatique avocat de l’actrice de films pornographiques Stormy Daniels, qui affirme avoir eu une relation sexuelle avec le président Trump en 2006, représente une troisième femme détenant d’après lui «des informations crédibles» sur Brett Kavanaugh et Mark Judge. Il évoque des soirées durant lesquelles des jeunes filles étaient saoulées et droguées «pour permettre à un “train” d’hommes de les violer collectivement».

L’avocat demande que la commission entende le témoignage de sa cliente, dont il n’a pas dévoilé l’identité.

Soutiens sans faille

Donald Trump a répété son soutien à Brett Kavanaugh, un «homme parfait au passé irréprochable», criant au complot politique alors que les démocrates demandent la suspension du processus. Il a même semblé douter de la gravité de l’agression sexuelle, car Mme Blasey Ford n’avait pas porté plainte à l’époque.

Quant à Mme Ramirez, elle était «saoule» au moment des faits et «n’a rien» de concret contre le juge, a dit M. Trump mardi. Les sénateurs républicains, eux, veulent aller vite pour assurer la nomination du juge avant les élections parlementaires du 6 novembre.

Coup de théâtre au Sénat?

Trois républicains pourraient avoir la clé du vote au Sénat, où les républicains n’ont qu’une courte majorité (51/49). Susan Collins et Lisa Murkowksi se sont déjà opposées au président et défendent le droit à l’avortement. Autre critique de M. Trump, Jeff Flake n’est pas candidat à sa réélection en novembre et pourrait quitter l’hémicycle sur un coup d’éclat.

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LES RÉPUBLICAINS PRESSENT LE PAS

Les républicains ont affiché mardi leur empressement à confirmer le candidat de Donald Trump à la Cour suprême, en fixant un premier vote en commission dès vendredi, soit le lendemain de l’audition d’une femme qui l’accuse d’agression sexuelle. Le Sénat devra ensuite, à une date restant à fixer, voter en séance plénière pour confirmer, ou non, le juge Kavanaugh.