Un parti d'extrême droite entre dans un parlement régional pour la première fois depuis le rétablissement de la démocratie en Espagne après la mort du dictateur Francisco Franco en 1975.

Coup de théâtre en Espagne: l'extrême droite entre au parlement régional d'Andalousie

SÉVILLE — Un petit parti d'extrême droite, Vox, a fait son entrée dimanche dans un parlement régional, une première en Espagne, en remportant 12 sièges aux élections en Andalousie et mis fin à la domination de la gauche dans la région la plus peuplée du pays, une gifle pour le premier ministre socialiste Pedro Sanchez.

Après dépouillement de plus de 99 % des bulletins de vote, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) enregistre le pire résultat de son histoire en Andalousie, une région méridionale de 8,4 millions d'habitants.

Il tombe de 47 à 33 sièges (sur 109). Ceux obtenus par ses alliés de la gauche radicale ne lui suffiront pas pour parvenir à la majorité absolue de 55 sièges sur 109 et donc pour former un gouvernement.

Le PSOE dirige l'Andalousie, seul ou en coalition, depuis 1982, mais n'a pas réussi à faire reculer le chômage et a été éclaboussé par un vaste scandale dans lequel sont impliqués deux anciens présidents de la région et ayant donné lieu à un procès-fleuve qui approche de son dénouement.

Un parti d'extrême droite entre dans un parlement régional pour la première fois depuis le rétablissement de la démocratie en Espagne après la mort du dictateur Francisco Franco en 1975.

Vox, né en 2013 et opposé à l'immigration illégale et à l'indépendantisme catalan, a dépassé les prévisions des sondages qui le créditaient au mieux de cinq sièges.

«Les Andalous ont fait l'histoire (...) et se sont débarrassés de 36 ans de régime socialiste», a lancé son chef Santiago Abascal, en célébrant son «triomphe».

Avant même la publication des premiers résultats, Marine Le Pen, la présidente du Rassemblement national (France, extrême droite), avait adressé dans un tweet «ses vives et chaleureuses félicitations» à ses «amis de Vox».

Un camouflet pour Sanchez

La débâcle du PSOE en Andalousie est un camouflet pour Pedro Sanchez qui gouverne l'Espagne depuis six mois à peine avec une minorité de 84 sièges sur 350 à la chambre des députés. Il devrait convoquer des élections législatives dans l'année qui vient, sans doute après les élections municipales, régionales et européennes de mai prochain.

À droite, les conservateurs du Parti Populaire (PP) ont remporté 26 sièges, sept de moins qu'aux précédentes régionales en 2015, malgré tous les efforts de son nouveau chef Pablo Casado qui a succédé à l'ancien premier ministre Mariano Rajoy cet été.

Pablo Casado a réclamé dimanche soir la direction du gouvernement régional pour son parti et demandé à Pedro Sanchez de convoquer des élections.

En revanche, le Parti libéral Ciudadanos (centre droit) bondit de neuf à 21 sièges mais sans parvenir à dépasser le PP.

«Le changement l'a emporté aux élections andalouses», s'est écrié le chef de Ciudadanos, Albert Rivera. «Le “sanchisme” en a pris un coup, maintenant il s'agit de le couler dans les urnes».

Mathématiquement, en s'alliant à Vox, les deux partis de droite auraient une majorité de gouvernement avec 59 sièges. Aucun parti n'a exclu cette alliance sans précédent.

Les alliés naturels du PSOE, Adelante Andalucia (En avant Andalousie), variante locale de Podemos (gauche radicale), ne remportent que 17 sièges.

«Alerte antifaciste», s'est exclamé le leader de Podemos Pablo Iglesias, appelant toutes les formations de gauche à se mobiliser «pour défendre les libertés, la justice sociale, la fraternité et en fin de compte la démocratie».

Vox fait campagne contre l'immigration illégale et pour l'interdiction des partis indépendantistes catalans. Il s'est joint à l'accusation dans le procès des indépendantistes accusés de «rébellion» pour leur rôle dans la tentative de sécession de la Catalogne l'année dernière.

Il veut même supprimer l'autonomie des régions au nom des économies budgétaires et de la défense de l'unité de l'Espagne et demande l'abolition de la loi contre la violence machiste, estimant qu'elle va trop loin dans le «politiquement correct».