Tous les regards sont braqués pour le moment sur l'Espagne, deuxième pays le plus touché d’Europe avec 5753 cas, dont plus de 1500 depuis vendredi soir et troisième pays au monde en nombre de décès avec 183 morts.

Coronavirus: le monde se barricade, plus de 150 000 personnes contaminées

MADRID — Les pays du monde entier se barricadent devant la pandémie du nouveau coronavirus, désormais concentrée en Europe, qui a infecté plus de 150 000 personnes: aucun individu sur la planète ne semble à l’abri, pas même Donald Trump qui a annoncé s’être soumis au test.

Le président américain, qui suscite de nombreuses interrogations depuis qu’il a été en contact le week-end dernier avec deux personnes testées positives au coronavirus, a indiqué que les résultats du test seraient connus «dans un jour ou deux» (dimanche ou lundi).

Mais tous les regards sont braqués pour le moment ailleurs, en Espagne, deuxième pays le plus touché d’Europe avec 5753 cas, dont plus de 1500 depuis vendredi soir et troisième pays au monde en nombre de décès avec 183 morts.

Commerces fermés, places et rues désertes: d’habitude grouillante de vie, Madrid est devenue samedi, comme Milan ou Rome, une cité fantôme.

Après s'être exprimé samedi à l’issue d’un conseil des ministres extraordinaire convoqué pour décréter l’état d’alerte, le premier ministre socialiste Pedro Sanchez impose une quarantaine quasi totale pour freiner le coronavirus. Les habitants ne pourront sortir de chez eux que pour aller travailler ou d'autres raisons de première nécessité comme acheter à manger.

Les services ont révélé après ces annonces que son épouse avait été infectée par le virus comme l'ont déjà été deux de ses ministres. Le Premier ministre et son épouse «vont bien», a assuré le gouvernement. Au Canada, l'épouse du Premier ministre Justin Trudeau a également été contaminée par le virus.

Les forces de l'ordre seront chargées de veiller à l'application de cette interdiction, a indiqué M. Sanchez.

«Les mesures que nous adoptons sont drastiques et auront malheureusement des conséquences» mais «notre main ne tremblera pas pour l'emporter face au virus», a souligné M. Sanchez.

«C'est une bataille que nous allons gagner (...) mais l'important est que le prix à payer pour cette victoire soit le moins important possible», a encore dit le dirigeant espagnol.

M. Sanchez a par ailleurs indiqué que l'ensemble des commerces non essentiels seraient fermés dans l'ensemble du pays. Une mesure déjà prise dans plusieurs régions comme celle de Madrid, la plus touchée d'Espagne avec près de 3 000 cas, ou l'Andalousie (sud).

Dans un pays hautement décentralisé, l'état d'alerte permet en outre à l'État de reprendre en main la gestion de l'ensemble du territoire en matière sanitaire et de maintien de l'ordre notamment.

Répondant à un appel lancé sur les réseaux sociaux, des habitants ont applaudi à 21H00 GMT dans plusieurs quartiers de Madrid pour rendre hommage aux personnels de santé, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Madrid, ville fantôme

À Madrid, cette mise à l'isolement est déjà une réalité depuis que les autorités régionales ont décrété vendredi la fermeture de tous les commerces non essentiels.

Si, dans les supermarchés, les Madrilènes continuaient à faire des réserves et à laisser les rayons à moitié vides, les rues et les places comme la célèbre Puerta del Sol étaient désertes.

«C'est désolant alors que nous sommes si habitués à y voir la foule», a déclaré à l'AFP Paco Higueras, employé d'une chaîne de restauration, masque sur la bouche et ganté.

La fermeture des écoles a été décrétée par ailleurs par toutes les régions tandis que musées, lieux touristiques ou encore stations de ski ont baissé le rideau.

Dans plusieurs villes côtières, les plages ont même été fermées comme à Malaga.

À quelques semaines du début de la Semaine sainte, Séville a annoncé l'annulation de ses célèbres processions préparées pendant des mois et qui attirent chaque année des dizaines de milliers de personnes. D'autres villes ont fait de même à travers l'Espagne.

Épicentre européen

L’Europe, «épicentre» de la maladie selon l’OMS, voit ses systèmes de santé mis à rude épreuve.

Une infirmière à bout de forces endormie sur son clavier d’ordinateur: cette photo partagée sur les réseaux sociaux est devenue le symbole de l’épuisement du personnel soignant dans le nord de l’Italie, pays qui a enregistré 175 nouveaux décès en 24 heures.

La France, où 800 nouvelles contaminations et 18 décès ont été comptabilisés en 24 heures, s’apprêtait à se rendre aux urnes dimanche. Poignées de porte, tables, isoloirs seront nettoyés et des mesures prises pour éviter les files d’attente et faire respecter les distances de sécurité.

Une secrétaire d’État, Brune Poirson, a été annoncée positive au coronavirus samedi, ainsi qu’une sénatrice et trois députés (soit une douzaine de cas pour l’heure).

Première destination de sports d’hiver en Europe, l’Autriche, où 602 cas ont été confirmés samedi, a annoncé la fermeture anticipée de la quasi-totalité de ses stations de ski.

C’est aussi le cas en Suisse, où 1355 personnes ont été infectées et 11 sont mortes.

L’ONU a annoncé samedi un premier cas de nouveau coronavirus parmi le personnel de son siège à Genève.

Critiqué pour sa lenteur à réagir, dans un pays qui ne comptabilise officiellement que 798 cas, dont 10 mortels, le gouvernement britannique de Boris Johnson s’apprête à interdire les rassemblements de masse. Le tournoi de tennis de Wimbledon pourrait en faire les frais.

La reine Élisabeth II a donné l’exemple en annulant «par précaution» plusieurs engagements prévus la semaine prochaine, selon le palais de Buckingham.

Repli

Point de départ de l’épidémie, la Chine (3189 morts) semble l’avoir désormais surmontée, faisant état samedi de seulement onze nouvelles contaminations et treize décès supplémentaires en une journée.

Mais la pandémie, qui a déjà contaminé plus de 150 000 personnes dans 137 pays et en a tué 5764, progresse quasiment partout ailleurs: un premier cas a été diagnostiqué au Rwanda, un autre en Guinée équatoriale, et les pays scandinaves recensent trois décès.

Les pays les plus touchés après la Chine sont l’Italie avec 1441 morts, l’Iran (611 morts), l’Espagne (183 morts), et la France avec (79 morts).

Face à cette propagation inexorable, la Russie (45 cas, aucun décès) a décidé de fermer dimanche ses frontières terrestres avec la Norvège et la Pologne aux étrangers. Le Danemark, qui a annoncé son premier mort du coronavirus samedi, a fait de même et la Norvège va fermer ses ports et aéroports.

Outre-Atlantique, l’état d’urgence a été déclaré aux États-Unis, où l’on dénombre officiellement 2000 cas et 47 morts. Cette décision exceptionnelle, traditionnellement utilisée pour les catastrophes naturelles, a provoqué un spectaculaire rebond à Wall Street au lendemain de sa pire séance depuis le krach boursier d’octobre 1987 et à l’issue d’une semaine noire pour les Bourses mondiales.

Apple tire le rideau

L’interdiction d’entrée sur le territoire américain s’applique à présent aux voyageurs du Royaume-Uni et de l’Irlande.

Dépistage gratuit, accès facilité à l’assurance chômage et déblocage de fonds fédéraux pour couvrir les frais de santé des Américains les plus modestes: le berceau du libéralisme semblait redécouvrir les vertus de l’État-providence, dans un pays dépourvu de système de couverture universelle pour la santé et où les congés maladie ne sont accessibles qu’à une minorité.

Comme un symbole, le géant américain Apple a annoncé samedi la fermeture de tous ses magasins jusqu’au 27 mars à l’exception de la Chine, où il vient juste de rouvrir ses boutiques.

Même le Maroc, qui ne recense que huit cas, a fermé ses frontières et pris des mesures sévères de confinement.

Couvre-feu et civisme

Fermeture des magasins, restaurants et pubs en République tchèque, des théâtres, salles de concerts et stades à Rio de Janeiro (Brésil), des parcs et jardins publics à Rome: partout les villes se calfeutrent.

Parfois, à l’initiative des commerçants: sur les devantures des cafés et restaurants à Madrid, des affichettes annoncent: «fermé par responsabilité sociale». Et la Conférence des évêques espagnols a incité les catholiques à suivre la messe «à la radio et à la télévision».

Les 12 millions d’habitants de Manille, la capitale des Philippines (11 cas, 8 morts), seront soumis dès dimanche à un couvre-feu entre 20H00 et 5H00 du matin.

Au Sénégal, toutes les manifestations publiques sont interdites, les écoles fermées et les mesures annoncées semblent s’appliquer à une série de grands festivals musulmans prévus en mars qui peuvent drainer des  centaines de milliers de fidèles.

Hauts-lieux du tourisme mondial, le Musée du Louvre à Paris, la tour Eiffel et le Château de Versailles sont fermés, tout comme les musées et sites archéologiques grecs.

Le parc floral du Keukenhof aux Pays-Bas, le plus grand jardin à bulbes au monde et l’une des principales attractions touristiques du pays, a décidé de reporter sine die son ouverture annuelle.

Ligue des champions, championnats d’Angleterre, d’Allemagne et de France de football, Tour d’Italie cycliste, Formule 1, NBA: le calendrier sportif mondial continue de se réduire comme peau de chagrin en raison de la pandémie, les rares événements maintenus étant pour la plupart organisés à huis clos.

Malgré cela, le premier ministre japonais Shinzo Abe a promis que Tokyo accueillerait bien comme prévu en juillet les Jeux olympiques.

Vie publique restreinte en Allemagne

Fermetures de piscines, cinémas, studios de fitness: plusieurs régions allemandes ont décidé samedi de prendre des mesures radicales afin de mieux lutter contre l'expansion de l'épidémie du nouveau coronavirus.

Avec 733 infections supplémentaires en une journée, l'Allemagne, qui compte désormais 3.795 personnes touchées par le COVID-19 dont 8 morts, reste l'un des pays en Europe les plus frappés par le virus.

Si la chancelière Angela Merkel a bien demandé dès jeudi l'annulation des «événements non nécessaires» de moins de 1 000 personnes et d'éviter «dans la mesure du possible» les contacts sociaux, les régions dans ce pays fédéral sont in fine décisionnaires des mesures à prendre.

Plusieurs d'entre elles ont opté ce week-end pour des mesures plus drastiques.

La ville-État de Berlin interdit désormais toute manifestation de plus de 50 personnes. Les organisateurs d'événements plus restreints doivent dorénavant enregistrer toutes les personnes sur une liste de présence.

Les restaurants doivent également assurer une distance d'au moins 1,5 mètre entre les tables et les clients. Quant aux piscines, salles de fitness, cinémas, clubs et bars, tous doivent fermer. Des policiers ont fait fermer samedi soir plusieurs de ces derniers.

Le Schleswig-Holstein, région du nord-est du pays pourtant encore peu touchée avec 60 cas répertoriés, a décidé d'en faire autant, recommandant même de reporter ou d'annuler les événements privés tels que les mariages ou les services funéraires.

«Renforcer la cohésion, maintenir la distance - voilà ce que je demande de tout coeur à tous les habitants du Schleswig-Holstein», a déclaré le ministre-président de cette région Daniel Günther.

«Nous surmonterons cette crise en procédant à des réductions importantes pour de nombreuses personnes. Cela nécessite des lignes directrices claires et la responsabilité personnelle de chaque citoyen», a-t-il ajouté.

La ville de Cologne, située en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, épicentre allemand de la maladie avec 1 154 cas et 5 décès, a interdit toute manifestation à partir de dimanche et jusqu'au 10 avril. Elle a également fortement restreint l'accès à sa fameuse cathédrale désormais accessible seulement pour la prière.

En Sarre, région voisine de la France, des restrictions similaires vont toucher bars, discothèques ou encore maisons closes, la prostitution étant une activité réglementée en Allemagne.

De nombreux Allemands se sont rués ces derniers jours dans les magasins, au point de vider des rayons entiers de produits alimentaires ou papiers hygiéniques.