L’accréditation de Jim Acosta a été révoquée dans la foulée d’une conférence de presse parfois musclée lors de laquelle il a refusé de céder le microphone quand le président lui a lancé qu’il ne voulait plus l’entendre.

CNN poursuit Trump

NEW YORK — Nouvelle étape dans le bras de fer entre Donald Trump et CNN : la chaîne a attaqué mardi en justice l’administration Trump pour avoir supprimé l’accréditation d’un de ses journalistes après un échange houleux avec le président, la Maison-Blanche criant de son côté à la «démagogie».

Le juge Timothy Kelly a demandé à la Maison-Blanche de donner une réponse avant 11h00 mercredi et a fixé une audience pour 15h30 locales.

Le juge Kelly a été nommé dans ses fonctions actuelles par Donald Trump l’année dernière.

CNN avait annoncé avoir «assigné l’administration Trump en justice devant un tribunal fédéral de Washington». «Elle demande le rétablissement de l’accréditation de son correspondant en chef à la Maison-Blanche Jim Acosta», a indiqué une des journalistes de la chaîne.

«Il est très clair que la décision (de retirer l’accréditation) a été prise sur la base du contenu de sa couverture» et porte atteinte au Premier amendement sur la liberté d’expression, a déclaré en direct Ted Boutrous, l’avocat de CNN.

Donald Trump «a plusieurs fois attaqué et défié CNN et M. Acosta», a-t-il ajouté. «On ne peut pas accepter que la Maison-Blanche jette les gens dehors juste parce qu’elle n’aime pas ce qu’ils couvrent.»

«C’est encore de la démagogie de la part de CNN, et nous allons nous défendre vigoureusement», a répliqué la porte-parole de la Maison-Blanche Sarah Sanders dans un communiqué, en soulignant que CNN détenait au total près de 50 accréditations.

CNN, dont la relation conflictuelle avec Donald Trump est une constante depuis l’arrivée du milliardaire à la Maison-Blanche, a assuré avoir tout fait pour éviter d’aller devant les tribunaux, intercédant depuis vendredi auprès de l’administration Trump pour qu’elle réinstaure l’accréditation supprimée.

«Une personne horrible!» 

«La Maison-Blanche a en gros ignoré nos demandes. Nous n’avions pas d’autre choix que de les assigner en justice», a assuré M. Boutrous.

La Maison-Blanche avait annoncé le retrait de l’accréditation de Jim Acosta, une sanction inédite, après un échange particulièrement houleux mercredi dernier entre le journaliste et le président, lors d’une conférence de presse à la Maison-Blanche.

M. Acosta avait, dans ses questions, critiqué notamment la façon dont M. Trump avait, pendant la campagne pour les législatives américaines du 6 novembre, présenté comme une menace la «caravane» de plusieurs milliers de migrants centraméricains faisant marche vers la frontière américano-mexicaine.

«Vous êtes très impoli et une personne horrible!», avait rétorqué Donald Trump, en réponse au refus du journaliste de rendre le micro, après avoir posé plusieurs questions.

La Maison-Blanche avait ensuite annoncé la suspension de l’accréditation de M. Acosta «jusqu’à nouvel ordre», en la justifiant non par les questions insistantes de Jim Acosta, mais par ce qu’elle avait présenté comme son comportement déplacé envers une jeune stagiaire chargée de récupérer le micro.

Mardi, la Maison-Blanche n’a pas repris cet argument, soulignant uniquement le refus de Jim Acosta de rendre le micro après plusieurs questions.

«Le Premier amendement n’est pas honoré lorsqu’un seul journaliste, sur plus de 150 présents, tente de monopoliser la parole», a estimé Sarah Sanders. «S’il n’y a pas de sanction pour ce genre de comportement, cela nuit à la capacité du président, du personnel de la Maison-Blanche et des membres des médias de faire leur travail».

«Ennemis du peuple»

Depuis son arrivée au pouvoir, le président américain critique en particulier CNN - mais aussi de nombreux autres médias américains, la chaîne conservatrice Fox News exceptée - pour leur couverture qu’il considère comme négative de sa présidence.

Il a qualifié à plusieurs reprises les médias d’«ennemis du peuple».

L’association des journalistes de la Maison-Blanche a indiqué mardi «soutenir fermement» CNN dans cette affaire.

Révoquer l’accréditation «constituait une réaction disproportionnée aux évènements de mercredi», a indiqué l’association dans un communiqué. «Le président des États Unis n’a pas à choisir les hommes ou les femmes qui le couvrent.»

L’institut Knight de l’université Columbia, spécialisé dans la défense de la liberté de la presse, a également estimé que l’assignation en justice était «entièrement justifiée».

En attendant une réaction de Donald Trump lui-même, CNN a rediffusé des extraits d’un enregistrement audio du milliardaire, lorsqu’il n’était encore que candidat à la présidence, mais déjà très critique des médias, au point de bannir plusieurs médias de ses rassemblements électoraux.

Dans cet enregistrement, il assurait que s’il était élu président des États-Unis, ce serait différent, il ne prendrait jamais une telle mesure.

L’avocat de CNN a indiqué espérer obtenir très vite une injonction temporaire de restitution de l’accréditation de M. Acosta, en attendant une décision à plus long terme.