Plusieurs personnes ont profité des jets d'eau devant la Tour Eiffel pour se rafraichir.

Canicule en Europe: des températures similaires à «la Vallée de la Mort»

CARPENTRAS — La France a frôlé les 46°C vendredi, au cinquième jour d’une canicule exceptionnelle en Europe qui a provoqué des feux de végétation et de nouvelles victimes en France, en Italie et en Espagne.

Pour la première fois depuis le début des relevés météo au XIXe siècle, Météo-France a relevé le record absolu de 45,9°C dans le département du Gard, dans le Sud, l’un des quatre placés en «vigilance canicule rouge», l’alerte maximale.

Ce record, qui enterre les 44,1°C d’août 2003 dans le même département, a été enregistré en milieu d’après-midi, précise l’institut météorologique qui compare cette chaleur à celle «que l’on atteint lors d’une journée d’août normale dans la Vallée de la Mort», en Californie.

Une trentaine de départs de feu significatifs, liées aux chaleurs intenses, étaient signalés vendredi soir dans le Gard et le Vaucluse, autre département du Sud. Plus de 300 hectares ont été parcourus par les flammes et une quinzaine de maisons ont brûlé.

Cette canicule est d’ores et déjà exceptionnelle par son ampleur et sa précocité. Même si celle de 2003 reste particulièrement traumatisante pour le pays en raison des 15 000 décès qu’elle avait provoqués.

Dans les rues des villes méridionales, les personnes âgées en particulier rasaient les murs avant 8h pour faire leurs courses. «J’y vais à l’ouverture, le soleil brûle déjà et on sent la pollution», expliquait à Montpellier Suzette Allègre, 81 ans. Elle marche avec peine, son filet à provisions à la main, lunettes de soleil et chapeau sur la tête.

Cinq décès depuis lundi

Mais c’est dans l’ouest du pays qu’est décédée la première victime française de cette vague de chaleur qui frappe la plupart des pays européens, exceptionnelle par son ampleur au mois de juin : un couvreur de 33 ans a fait un malaise fatal alors qu’il travaillait sur un toit par 35 degrés à l’ombre, près de Rennes.

Deux personnes ont également trouvé la mort en Espagne, où les températures dépassent souvent les 40 degrés : un jeune de 17 ans qui moissonnait en Andalousie a succombé à la suite d’un «coup de chaleur» et un homme de 93 ans s’est écroulé jeudi soir dans le centre-ville de Valladolid, également victime «d’un coup de chaleur».

Les médias italiens ont signalé une cinquième victime avec le décès, vendredi, d’un ouvrier de 60 ans qui avait fait la veille un malaise alors qu’il travaillait sur un échafaudage à Rimini, sur la côte adriatique.

Le premier mort dû à cette canicule, un sans-abri de 72 ans, avait été enregistré jeudi à Milan.

Par ailleurs, en banlieue de Paris, un petit Syrien de six ans a été grièvement blessé jeudi soir après avoir été projeté en l’air par le geyser d’une bouche à incendie.

Le phénomène du «street pooling» — qui permet de se rafraîchir dans les rues — est fréquent en période de canicule : depuis lundi, de nombreuses bouches à incendie ont été ouvertes en région parisienne, selon les pompiers.

Autre conséquence de cette flambée du thermomètre, 34 des 50 provinces d’Espagne sont en état d’alerte incendie, en particulier la Catalogne où les pompiers combattent un feu qui a déjà parcouru 6500 hectares avant de voir son avancée finalement contenue.

Conforme aux scénarios

Les records pour un mois de juin tombent régulièrement depuis le début de cette vague de chaleur qui affecte une grande partie de l’Europe : jusqu’à 40° dans le Piémont, en Italie, et déjà 38,9°C enregistré jeudi en République tchèque ou 38,6°C en Allemagne : ce mois de juin s’avère supérieur de 4,4°C à la moyenne des températures pour la période de référence 1981-2010...

En Suisse, les chemins de fer CFF ont arrosé les rails pour éviter que ne se reproduisent les déformations survenues jeudi. Une autre approche, également appliquée lors de précédentes canicules, consiste à peindre les rails en blanc.

«Nous allons devoir changer notre organisation, notre façon de travailler [...], construire différemment», a prévenu le président français Emmanuel Macron en marge du G20 à Tokyo, appelant à une «adaptation de la société et de ses pratiques».

En revanche, une note de l’Organisation mondiale de la santé (OMS, dépendant de l’ONU) a jugé «prématuré [...] d’attribuer cette vague de chaleur anormalement précoce au réchauffement climatique».

Elle est cependant «conforme aux scénarios climatiques qui prévoient des épisodes de chaleur plus fréquents et plus intenses». «La Terre devrait expérimenter les cinq années les plus chaudes sur la période 2015-2019, selon des chiffres provisoires», indique l’OMS.