Plus de 11 milliards $ ont été rassemblés lors d'un téléthon mondial organisé à Bruxelles pour financer la recherche et le développement d’un vaccin contre le nouveau coronavirus. Plusieurs personnalités de différents milieux ont participé à cet événement.
Plus de 11 milliards $ ont été rassemblés lors d'un téléthon mondial organisé à Bruxelles pour financer la recherche et le développement d’un vaccin contre le nouveau coronavirus. Plusieurs personnalités de différents milieux ont participé à cet événement.

Bruxelles lève plus de 11 milliards $ pour un vaccin, Washington fait cavalier seul

Christian Spillmann
Agence France-Presse
BRUXELLES — La chanteuse Madonna, Bill et Melinda Gates, des princes, un roi, des présidents et des chefs d’État ont participé lundi à un téléthon mondial organisé à Bruxelles pour financer la recherche et le développement d’un vaccin contre le nouveau coronavirus qui a permis de rassembler 7,4 milliards d’euros de contributions (11,4 milliards $).

Les États-Unis ont été les grands absents de ce marathon en ligne de trois heures, avec la Russie et l’Inde.

«Nous l’avons fait. Nous avons obtenu 7,4 milliards d’euros», a annoncé avec un grand sourire la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen à l’issue de cet appel de fonds. Madonna a été la dernière donatrice avec un million de dollars.

L’objectif était de 7,5 milliards d’euros (11,5 milliards $). Il devrait être atteint dans les prochains jours, car la Turquie, la Principauté de Monaco et la Banque européenne d’investissement (BEI) n’ont pas précisé le montant de leurs contributions.

La Chine, d’où est parti le virus, s’est engagée pour 45,6 millions d’euros (70 millions $). L’Afrique du Sud, représentante du continent, a promis 1,1 milliard d’euros (1,7 milliard $) et l’Amérique latine a fait des promesses sans les chiffrer par la voix du représentant du Mexique.

La Commission européenne avait donné le coup d’envoi de ce marathon en promettant un milliard d’euros (1,5 milliard $), suivie par la France et l’Allemagne, ce qui a permis de passer la barre des 2 milliards (3 milliards $) avec des contributions de 500 et 525 millions d’euros  (768 et 806 millions $) respectivement.

Un vaccin est «notre meilleure chance collective de vaincre le virus», a souligné Ursula von der Leyen.

La pandémie a déjà frappé plus de 3,5 millions de personnes, dont 1,5 million en Europe, et tué près de 250 000 malades, dont 143 000 en Europe, selon les décomptes réalisés par l’AFP à partir de sources officielles.

«Nous devons développer un vaccin, le produire et le déployer dans tous les coins du monde. Et nous devons le rendre disponible à des prix abordables», a plaidé la responsable allemande.

Mais cette initiative a été contrariée par le cavalier seul des États-Unis. Le président Donald Trump est en conflit ouvert avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et affiche sa volonté de voir les États-Unis se doter d’un vaccin pour la fin de l’année.

«Le chacun pour soi est une erreur majeure», a déploré le chef de l’État français Emmanuel Macron. «Nous devons coopérer et non nous faire concurrence», a renchéri le roi Abdallah II de Jordanie.

L’absence de l’administration américaine, qui a minimisé lundi une conférence «parmi tant d’autres», a suscité des regrets.

«L’Union européenne a répondu favorablement à une demande d’action globale. Les États-Unis ont refusé. Ce sont eux qui s’isolent», a déploré un responsable européen.

«Mais nous travaillons de manière très étroite avec des entités américaines très puissantes, comme la fondation de Bill et Melinda Gates qui ont une énorme puissance financière et beaucoup d’influence», a-t-il souligné. La Fondation Gates s’est engagée pour 125 millions d’euros (192 millions $).

La collecte de fonds de la Commission est un premier pas. «Il faudra cinq fois ce montant» pour développer et distribuer le vaccin, a averti le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres.

Le chacun pour soi, une erreur

La première conséquence du cavalier seul américain pourrait être une accélération des rivalités dans la course au vaccin, ce que redoutent les Européens.

«Les États-Unis espèrent gagner la guerre du vaccin et sont prêts à mettre toutes leurs forces dans la bataille», souligne Isabelle Marchais dans une note lundi de l’Institut Jacques Delors.

Plus de 100 projets de recherche sont actuellement menés dans le monde, dont huit sont déjà au stade des essais cliniques aux États-Unis, en Chine et en Europe, précise Isabelle Marchais.

«S’ils perdent la bataille, les Européens pourraient alors se retrouver en situation de faiblesse face aux Américains ou aux Chinois», met-elle en garde.

«A contrario, si un vaccin est produit par l’Europe et en Europe on peut imaginer que cette dernière sera prioritaire tout en étant en mesure de planifier une distribution dans les pays tiers», explique-t-elle.

Ce vaccin devra être «un bien public mondial», a insisté Emmanuel Macron.