Le premier ministre britannique Boris Johnson
Le premier ministre britannique Boris Johnson

Brexit: entre rupture et compromis, le coeur de Boris Johnson balance

Agence France-Presse
LONDRES — L’issue des négociations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne se joue sur le fil du rasoir, le premier ministre britannique Boris Johnson devant choisir entre accepter des concessions ou sauter sans filet, au risque d’un choc économique ravageur en pleine pandémie.

Il reste une quarantaine de jours avant le 31 décembre, date à laquelle s’achèvera la période de transition post-Brexit pendant laquelle le Royaume-Uni -qui a officiellement quitté l’UE le 31 janvier après le référendum de 2016- cessera d’appliquer les normes européennes.

Dans ce calendrier très serré, les discussions sur la future relation entre Londres et l’UE ont été ralenties jeudi par un cas de COVID-19 dans l’équipe européenne, qui a contraint le négociateur de l’UE Michel Barnier et son homologue britannique David Frost à mettre fin à toute réunion en face-à-face.

Les discussions se poursuivront à distance et reprendront en personne «lorsqu’il sera jugé sûr de le faire», a déclaré vendredi un porte-parole de Boris Johnson.

«Nous voulons parvenir à un accord de libre-échange le plus rapidement possible», a-t-il ajouté. «Notre position dans les négociations reste la même (...) reprendre le contrôle de notre argent, de nos lois et de nos frontières», a rappelé le porte-parole.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a fait montre d’un peu d’optimisme vendredi en relevant que des «progrès» ont été enregistrés ces derniers jours.

Mais «il reste encore beaucoup de travail», a-t-elle nuancé, notamment sur les trois principaux points de blocage : les garanties réclamées à Londres en matière de concurrence, l’accès des Européens aux poissonneuses eaux britanniques et la manière de régler les différends dans le futur accord.

L’unité du pays menacée

Sans traité commercial pour régir leurs relations, Londres et Bruxelles courent le risque d’un nouveau choc économique, qui viendrait s’ajouter à celui créé par la pandémie liée au nouveau coronavirus.

Malgré son désir de couper les ponts avec l’UE, Boris Johnson doit mettre dans la balance les conséquences économiques et politiques d’une rupture totale.

Même s’il affirme que le Royaume-Uni «prospérera» quoi qu’il arrive, la reprise pourrait y être deux fois plus lente sans accord que si ce pays maintenait ses relations commerciales actuelles avec l’Union européenne, a prévenu le cabinet d’audit KPMG dans une étude parue mercredi.


« Le choix se joue entre un Brexit très dur ou un no deal. »
Anand Menon, directeur du groupe de réflexion UK in a changing Europe

En cas de «no deal», le produit intérieur brut (PIB) augmentera de 4,4% en 2021, estime KPMG, contre 10,1% si le Royaume-Uni restait dans le marché unique.

Sans accord, les exportateurs britanniques devront aussi remplir de nombreuses formalités administratives et manqueront de temps pour se préparer.

Au plan politique, même si la frange europhobe des députés conservateurs se réjouirait d’un «no deal», il pourrait mettre en péril l’unité du pays, donnant une raison supplémentaire à la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon de réclamer au gouvernement britannique un nouveau référendum sur l’indépendance de l’Ecosse, qui avait massivement voté contre le Brexit.

En cas de «no deal», son parti pourrait engranger encore plus de voix aux élections locales prévues dans six mois, rendant plus légitime son souhait de nouveau référendum.

À un autre coin du Royaume-Uni, en Irlande du Nord, le «no deal» risque de raviver les tensions à la frontière avec la république d’Irlande. Les contrôles y avaient été supprimés à la fin des «Troubles» qui avaient opposé pendant trois décennies républicains majoritairement catholiques et unionistes majoritairement protestants, jusqu’à l’accord du Vendredi saint en 1998.

Boris Johnson doit prendre une décision pour l’avenir du Royaume-Uni avec ces considérations à l’esprit.

«Il y a en fait, très peu de marge de manoeuvre — pas le temps de négocier quoi que ce soit de vraiment différent de ce qui est déjà discuté», notait récemment dans le quotidien The Guardian, Anand Menon, le directeur du groupe de réflexion UK in a changing Europe. «Le choix se joue entre un Brexit très dur ou un no deal», ajoutait-il, estimant que le type d’accord conclu distendra quoi qu’il en soit les liens entre Londres et les 27.