Le président Donald Trump s’est immédiatement auto-congratulé de cette baisse surprise, saluant sur Twitter un «rapport sur l’emploi vraiment génial.
Le président Donald Trump s’est immédiatement auto-congratulé de cette baisse surprise, saluant sur Twitter un «rapport sur l’emploi vraiment génial.

Baisse surprise du chômage aux États-Unis, un «grand jour» pour Floyd

WASHINGTON — Déjouant tous les pronostics, le chômage est reparti à la baisse aux États-Unis en mai, quand les observateurs le voyaient s’envoler, offrant une bouffée d’oxygène à Donald Trump, qui fait face à un mouvement historique de manifestations antiracistes, et à de très nombreuses critiques de tous bords.

Le président Donald Trump s’est immédiatement auto-congratulé de cette baisse surprise, saluant sur Twitter un «rapport sur l’emploi vraiment génial. Grand président Trump [je plaisante mais c’est vrai]». Il a annoncé une conférence de presse consacrée à cette bonne nouvelle à 14h.

Le taux de chômage est retombé à 13,3 % en mai, alors que les analystes les plus pessimistes le voyaient frôler les 20 %, en raison de la pandémie de coronavirus, selon les données publiées vendredi par le département du Travail.

En seulement deux mois, ce taux avait grimpé comme jamais, passant de 3,5 % en février, son niveau le plus faible depuis 50 ans, à 14,7 % en avril, son plus haut depuis 80 ans.

En mai, 2,5 millions d’emplois ont été créés, quand les analystes attendaient 8,5 millions d’emplois détruits.

Les réouvertures de commerces et restaurants, qui ont commencé dans certains États au mois de mai, ont permis à la première économie mondiale de se redresser.

La situation de l’emploi s’est ainsi améliorée dans les secteurs des loisirs et de l’hôtellerie, dans la construction, l’éducation et les services de santé, ainsi que dans le commerce de détail. En revanche, elle s’est détériorée dans l’administration.

Aux États-Unis, les 50 États qui composent le pays décident de la marche à suivre pour permettre aux commerces, restaurants, écoles, entreprises de reprendre leur activité.

Ils entament progressivement leur reprise, depuis plusieurs semaines déjà pour certains comme le Texas ou la Géorgie.

Manifestations

La situation de l’emploi devrait continuer à s’améliorer, car les Américains qui s’inscrivent au chômage sont chaque semaine un peu moins nombreux que la précédente.

Ils étaient moins de deux millions la semaine passée, pour la première fois depuis que la crise de la COVID-19 a frappé de plein fouet l’économie du pays mi-mars. Cela reste toutefois dix fois plus élevé qu’avant la pandémie.

«Au cours de la même semaine l’an passé, 220 000 demandes avaient été déposées», relève ainsi l’économiste indépendant Joel Naroff.

Le PIB de la première économie mondiale pourrait chuter de 20 ou 30 % en rythme annuel au deuxième trimestre, après avoir reculé de 4,8 % sur les trois premiers mois de l’année.

Mais tous les yeux sont désormais tournés vers les manifestations qui secouent le pays depuis la mort, il y a dix jours, de George Floyd, un homme noir asphyxié par un policier blanc.

Donald Trump fait face à une vive contestation pour sa gestion de ce mouvement qui prend une ampleur historique.

Car les manifestations ont mis en lumière les inégalités qui touchent les Afro-Américains, et sont exacerbées par la crise de la COVID-19.

Ainsi, la baisse du chômage en mai a concerné les populations blanches et hispaniques (qui ont enregistré des taux de chômage respectivement en baisse de 1,8 point à 12,4 % et de 1,3 point à 17,6 %).

Les travailleurs noirs et asiatiques ont, eux, continué à voir le chômage grimper, respectivement de 0,1 point à 16,8 % et 0,5 point à 15 %.

En raison de «la longue histoire d’exclusion raciale, de discrimination et d’inégalités, il y a dans chaque famille (Afro-Américaine), moins de personnes actives, et des revenus et une épargne disponible plus faibles que chez les travailleurs blancs», selon une étude menée par Valerie Wilson et Elise Gould de l’Economic Policy Institute, publiée lundi.

Les liquidités disponibles chez les familles blanches (49 529 $US) sont, en moyenne, plus de cinq fois plus élevées que chez les familles noires (8762 $US), relèvent ces économistes.

Elles indiquent également qu’en 2018, «le revenu médian des ménages blancs était de 70 % plus élevé que pour les ménages noirs (70 642 $US contre 41 692 $US)».

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TRUMP: LA BAISSE DU CHÔMAGE MARQUE «UN GRAND JOUR» POUR GEORGE FLOYD

Donald Trump a suscité un tollé en affirmant que vendredi était «un grand jour» pour George Floyd, un homme noir dont la mort, par asphyxie sous le genou d'un policier blanc, a déclenché un mouvement de colère historique dans le pays.

«Nous avons tous vu ce qui s'est passé la semaine dernière. Nous ne pouvons pas permettre que ça se répète», a dit le président américain au sujet de ce décès.

«J'espère que George nous regarde de là-haut en pensant que ce qui arrive au pays est grandiose. C'est un grand jour pour lui, c'est un grand jour pour tout le monde», a-t-il poursuivi, rapprochant de manière étonnante les bonnes nouvelles économiques et ce drame qui secoue les États-Unis.

«C'est un grand, grand jour en termes d'égalité», a-t-il poursuivi, alors qu'il est accusé de n'avoir jusqu'ici apporté aucune réponse aux maux dénoncés par les manifestants - racisme, violences policières, inégalités.

Donald Trump avait convoqué les médias pour saluer la baisse surprise du chômage, attendu en hausse en raison des mesures anticoronavirus. Et il a consacré l'essentiel de son discours à se féliciter de ce «rebond» économique.

Ses commentaires sur George Floyd ont ainsi été largement interprétés comme un rapprochement surprenant entre cette bonne nouvelle économique et ce drame qui secoue les États-Unis.

La Maison-Blanche a protesté contre cette «fausse» lecture.

«Le président parlait très clairement du combat pour une justice équitable et un traitement équitable devant la loi lorsqu'il a fait ce commentaire», a dit sur Twitter un de ses conseillers en communication, Ben Williamson.

Juste avant de faire son commentaire sur George Floyd, Donald Trump avait évoqué ce thème.

«L'égalité devant la loi doit signifier que chaque Américain reçoit le même traitement dans chaque interaction avec les forces de l'ordre, quels que soient sa race, sa couleur, son sexe et sa foi. Ils doivent être traités de manière juste par les forces de l'ordre», a-t-il estimé.

«Franchement abject»

Son choix de parler à la place du défunt a en tout cas été vivement critiqué.

«Les derniers mots de George Floyd - "Je ne peux pas respirer, je ne peux pas respirer" - ont résonné à travers notre pays», a réagi Joe Biden, l'adversaire démocrate de Donald Trump à la présidentielle de novembre.

«Que le président tente de mettre d'autres mots dans la bouche de George Floyd, c'est franchement abject», a ajouté l'ancien vice-président dans un discours.

Depuis la mort de George Floyd à Minneapolis le 25 mai, et les manifestations qui ont suivi, initialement marquées par des pillages et des émeutes dans de nombreuses villes américaines, Donald Trump a privilégié une réponse martiale.

Il s'est présenté comme le président de «l'ordre public» et a menacé d'envoyer l'armée dans les rues pour mater les débordements. Il a encore assumé vendredi son appel à «dominer les rues», critiquant les gouverneurs des États qui refusent de faire appel à la Garde nationale.

Cette posture lui a valu des critiques sans précédent de la part d'anciens chefs de l'armée, dont son ex-ministre de la Défense Jim Mattis. L'actuel chef du Pentagone, Mark Esper, a aussi pris ses distances en estimant que l'armée n'avait pas à être déployée.

Donald Trump a toujours estimé que la meilleure politique pour réduire les inégalités était de favoriser la croissance économique et de faire baisser le chômage des Afro-Américains.

Depuis trois ans, il n'a cessé de mettre en avant sa baisse pour se présenter comme «le président ayant fait le plus pour la communauté noire depuis Abraham Lincoln», qui a aboli l'esclavage dans les années 1860. AFP