Des membres des forces de sécurité afghanes montent la garde dans une rue de Kunduz, où une offensive taliban a été repoussée samedi.

Afghanistan: une offensive talibane repoussée, selon le président Ghani

KUNDUZ — Les forces de sécurité afghanes ont «repoussé» samedi une offensive des talibans sur la ville stratégique de Kunduz, dans le nord de l'Afghanistan, déjà attaquée à plusieurs reprises ces dernières années, a affirmé le président Ashraf Ghani.

L'attaque sur cette ville proche de la frontière tadjike, lancée de plusieurs côtés à la fois, a démarré vers 1h du matin (16h30 vendredi, heure du Québec).

Les talibans ont affirmé dans la journée que plusieurs sites importants étaient tombés entre leurs mains tandis que l'armée de l'air afghane a déclaré avoir mené au moins cinq frappes.

«Les talibans ont attaqué la ville de Kunduz depuis plusieurs directions ce matin. Nous sommes à présent dans la ville et nous nous emparons de bâtiments officiels l'un après l'autre», a affirmé un porte-parole taliban, Zabihullah Mujahid, à des journalistes.

Un journaliste de l'AFP dans la ville avait auparavant rapporté que des tirs de petit et gros calibre étaient audibles dans quatre zones de Kunduz mais les réseaux de télécommunication mobile semblaient avoir été coupés en milieu de matinée.

Dans la soirée, le gouvernement afghan a toutefois assuré avoir repris le dessus.

«Les talibans ont attaqué Kunduz aujourd'hui, s'en prenant aux civils et provoquant des dégâts pour leurs habitations», a déclaré le président Ghani dans un communiqué.

«Ils voulaient créer une atmosphère de peur dans la ville» mais «leur offensive a été repoussée par nos courageuses forces de sécurité», a-t-il ajouté.

Attentat suicide

Mais peu après cette déclaration, un attentat suicide a visé le chef de la police locale au moment où il s'adressait à des journalistes, a indiqué le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Nasrat Rahimi. Dix personnes ont été tuées et le chef de la police a été blessé, a-t-il précisé.

Selon Nasrat Rahimi, «des centaines de combattants talibans ont été tués» au cours de leur offensive sur Kunduz, une affirmation qui n'a pu être vérifiée dans l'immédiat. Il a ajouté que la situation était «sous contrôle à Kunduz» où «les opérations de nettoyage sont en cours».

L'offensive démontre que les talibans «ne croient pas à l'opportunité de paix portée par les États-Unis et le gouvernement afghan», a pour sa part accusé sur Twitter le porte-parole du président Ghani, Sediq Sediqqi.

«D'un côté ils parlent aux Américains et de l'autre ils attaquent les maisons et les villages des gens. Nous ne laisserons pas cette attaque sans réponse», a-t-il ajouté.

Selon des responsables afghans, le général Scott Miller, qui commande les forces américaines et de l'Otan en Afghanistan, se trouvait à Kunduz au moment où les affrontements de samedi se poursuivaient.

Les talibans s'étaient brièvement emparés de Kunduz en septembre 2015, avant d'en être chassés grâce notamment à un important soutien aérien américain.

Alors que les combats faisaient rage, un avion de l'armée de l'air américaine avait bombardé l'hôpital de Médecins sans frontières (MSF) de Kunduz, faisant 42 morts, dont 24 patients et 14 membres du personnel de l'ONG.

Les insurgés ont mené plusieurs autres tentatives depuis mais n'ont pas réussi à s'emparer à nouveau de la ville dans son ensemble.

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ACCORD «IMMINENT» ENTRE ÉTATS-UNIS ET TALIBANS

DOHA — Les États-Unis et les talibans afghans sont «sur le point de conclure un accord» pour mettre fin à 18 ans de conflit en Afghanistan, a affirmé dimanche l'émissaire américain Zalmay Khalilzad lors de la clôture du dernier cycle des pourparlers de paix à Doha.

«Nous sommes sur le point de conclure un accord qui réduira la violence et ouvrira la voie aux Afghans pour s'asseoir ensemble pour négocier une paix honorable et durable», a tweeté M. Khalilzad.

Celui-ci s'exprimait au terme du huitième et dernier jour de leur 9e cycle de négociations au Qatar entre les représentants des États-Unis et des talibans. Il était attendu plus tard dimanche à Kaboul «pour des consultations», a-t-il précisé.

Le porte-parole des talibans à Doha, Suhail Shaheen, a affirmé de son côté samedi que l'accord était «presque finalisé».

Entre 13 000 et 14 000 soldats américains sont actuellement encore déployés en Afghanistan où les États-Unis sont intervenus en 2001 pour traquer le réseau djihadiste Al-Qaida, responsable des attentats du 11 septembre, et déloger les talibans alors au pouvoir à Kaboul. Les effectifs du contingent américain ont atteint jusqu'à 98 000 hommes au plus fort des combats, en 2011.

Désireux de mettre un terme aux «guerres sans fin» et de «ramener les gars à la maison», le président américain Donald Trump avait demandé il y a un an que des pourparlers directs inédits soient entamés avec les talibans. Le neuvième cycle de ces discussions, qui se veut décisif, est actuellement en cours à Doha.

M. Trump a annoncé jeudi qu'en cas d'accord, 8600 soldats américains resteraient dans un premier temps en Afghanistan, sans toutefois donner le détail de la «présence» qu'il souhaite maintenir sur le plus long terme.

Au coeur de l'accord négocié figure un retrait plus ou moins important des Américains, avec un calendrier à la clé, en échange de l'engagement des insurgés que les territoires qu'ils contrôlent ne soient plus utilisés par Al-Qaida ou d'autres groupes «terroristes».

Des négociations de paix interafghanes doivent aussi s'ouvrir, à Oslo, dans la foulée d'un éventuel accord et un cessez-le-feu entre talibans et Américains, ou en tout cas une «réduction de la violence», devrait également figurer dans le texte.

Un tel accord aiderait à créer «un Afghanistan souverain et unifié qui ne menacera pas les États-Unis, ses alliés ou tout autre pays», a ajouté M. Khalilzad dans son tweet dimanche.