Le nombre de personnes qu’aide l’organisme Moisson Mauricie – Centre-du-Québec ne cesse d’augmenter.

Moisson Mauricie–Centre-du-Québec: la demande sans cesse grandissante

TROIS-RIVIÈRES — Malgré le bas niveau historique du taux de chômage dans la région, la pauvreté est toujours présente et prend même de l’ampleur. La preuve, Moisson Mauricie – Centre-du-Québec a aidé 30 652 personnes mensuellement en 2018, ce qui représente une augmentation de 1547 par rapport à l’année précédente.

Cette donnée fait partie du Bilan-Faim 2018, qui a été dévoilé mercredi par l’organisme. De ce nombre, 9500 personnes sont des enfants. Par ailleurs, les personnes vivant seules représentent 57,8 % des ménages aidés alors que 30,1 % des demandes proviennent de ceux avec des enfants. De plus, 6,3 % des ménages aidés sont prestataires de pension de vieillesse. Autre donnée qui permet de dresser le portrait de la situation, 8,2 % des ménages aidés obtenaient leurs revenus grâce aux salaires de ses membres ou de prestations d’assurance-emploi.

Le président de l’organisme, Jean Pellerin, souligne que la situation est inquiétante. Selon lui, la constante augmentation du nombre de demandes depuis quelques années n’a rien de rassurant. «La demande a plus que doublé depuis 2013. En 2013, nous avions annoncé que nous aidions 14 470 personnes par mois. Si on va 10 ou 11 ans en arrière, ç’a plus que triplé», constate M. Pellerin.

Bien qu’il préférerait devoir composer avec une baisse des demandes, le président se réjouit que l’organisme qu’il préside ait été en mesure de répondre à la demande. «C’est assez extraordinaire. Les gens et les entreprises sont très généreux. On réussit à faire le travail, mais ça ne peut pas continuer à ce rythme-là», reconnaît-il.

Un phénomène qui évolue

Auparavant, les personnes qui faisaient appel aux organismes comme Moisson Mauricie – Centre-du-Québec étaient généralement sans emploi ou prestataires de l’aide sociale. Bien que ces ménages ont toujours besoin d’aide, ils sont maintenant imités par d’autres qui peuvent compter sur un ou des revenus d’emploi, mais qui éprouvent tout de même de la difficulté à joindre les deux bouts. «On entend depuis plusieurs années que le visage de la pauvreté change et c’est vrai. Ce n’est pas juste une phrase comme ça. [...] On parle de pénurie de main-d’œuvre partout alors on pense que tout le monde peut manger. Mais ce n’est pas le cas. Les gens qui travaillent au salaire minimum ou à un bas salaire ne réussissent pas toujours à tout payer et à se nourrir convenablement. C’est une partie de plus en plus importante [des demandes]», poursuit M. Pellerin.

Celui qui œuvre au sein du conseil d’administration de l’organisme depuis une dizaine d’années et qui n’a pas l’intention de quitter la présidence dans un avenir rapproché tient à mettre l’accent sur le fait que la moitié des demandes d’aide provient de personnes vivant seules. «Elles doivent absorber toutes les dépenses. Le phénomène est le même pour les personnes vivant seulement avec leur pension de vieillesse. C’est préoccupant, car nous sommes dans une période de plein emploi et de pénurie de main-d’œuvre. Ça va être quoi le jour où l’économie va ralentir? On risque d’avoir des surprises pas très plaisantes», mentionne-t-il.