L’équipe de Moisson Mauricie et Centre-du-Québec ne chôme pas ces jours-ci, à l’approche de la Grande collecte et de la Guignolée des médias.
L’équipe de Moisson Mauricie et Centre-du-Québec ne chôme pas ces jours-ci, à l’approche de la Grande collecte et de la Guignolée des médias.

Moisson Mauricie et Centre-du-Québec: les demandes diminuent mais la faim persiste

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Pour la première fois en près de sept ans Moisson Mauricie et Centre-du-Québec aidera moins de gens cette année que l’année précédente. Ce qui pourrait être considéré comme un véritable drame pour bien des organismes communautaires constitue au contraire une excellente nouvelle pour la banque alimentaire régionale, qui conclut que la situation financière des gens de la région continue de s’améliorer. Une mince victoire toutefois, alors que les demandes demeurent tout de même très élevées, et que le visage des gens qui tendent à avoir recours à l’aide alimentaire change d’année en année, constate l’organisme.

En 2018, Moisson aidait pas moins de 30 652 personnes par mois dans la région. Cette année, c’est une moyenne de 25 538 personnes par mois qui auront été aidées, dont 8045 enfants. Ce sont donc 5114 personnes de moins que l’an dernier, mais tout de même 10 798 personnes de plus qu’en 2013, note Jean Pellerin, président du conseil d’administration de Moisson Mauricie et Centre-du-Québec.

À chaque année depuis que je m’implique à Moisson, on a vu des augmentations des demandes. Pour nous, c’est une excellente nouvelle et un soulagement de constater qu’il y a un renversement de la tendance. Mais il ne faut pas pour autant relâcher nos efforts car beaucoup de gens comptent encore sur nous pour arriver à joindre les deux bouts», souligne M. Pellerin. Une statistique encourageante d’autant plus que les chiffres au niveau national démontrent que l’aide alimentaire partout au Québec a légèrement diminué cette année, mais jamais de façon aussi marquée que dans la région.

Toutefois, le visage des personnes aidées change d’année en année, et Moisson Mauricie et Centre-du-Québec constate de plus en plus une surreprésentation des personnes célibataires dans ses statistiques de demande d’aide. En effet, 57,3% des personnes aidées par Moisson Mauricie et Centre-du-Québec sont des personnes qui ne vivent pas en couple, alors que cette tranche de la population ne représente que 33% des citoyens.

«C’est symptomatique de ce que l’on peut voir dans la société. Il y a eu plusieurs mesures qui ont été prises par les gouvernements pour aider les familles, par exemple. On a vu la bonification des allocations familiales et ça a certainement eu un effet notable sur les demandes d’aide dans les banques alimentaires. Mais peu de programmes touchent les personnes seules. Pourtant, elles ont à composer avec un seul salaire pour assumer le coût du loyer, de l’électricité, des factures, et le coût de la vie augmente plus rapidement que le niveau des salaires. Si au bout du compte, on a du mal à boucler un budget, il se peut que ce soit sur la facture d’épicerie qu’on choisisse de couper», se désole Jean Pellerin, ajoutant que les personnes célibataires ne devraient pas être oubliées des programmes gouvernementaux.

Par ailleurs, l’organisme constate que 6,7% des personnes ayant recours à l’aide alimentaire ont un emploi, et que 2,9% sont prestataires de l’assurance-emploi. Ainsi, en 2019, c’est pratiquement une personne sur dix ayant recours aux services de Moisson Mauricie et Centre-du-Québec qui fait partie de la population active.

«On vit une situation de plein emploi, mais ça ne veut pas toujours dire que ce sont des salaires faramineux. Ce n’est donc pas forcément parce que le taux de chômage est bas que la pauvreté diminue», fait remarquer Jean Pellerin. La région fait toutefois belle figure par rapport à l’ensemble du Québec, se classant parmi les région avec le plus faible pourcentage de personnes faisant partie de la population active qui ont recours à l’aide alimentaire.

«On s’en tire mieux et c’est grâce aux efforts de tout le monde. Il y a l’équipe de Moisson qui travaille avec tout son coeur, mais aussi nos nombreux partenaires et la population, qui fait toujours preuve d’une très grande générosité», constate avec enthousiasme Jean Pellerin.

Une générosité qui sera de nouveau sollicitée prochainement, alors que la Grande collecte se tiendra du 20 au 24 novembre dans la plupart des épiceries de la région, sans compter la Grande guignolée des médias le jeudi 5 décembre.