Nathalie Perron

Moins de personnel, plus de risques

Trois-Rivières — La région a beau présenter une diminution du nombre d’incidents et d’accidents lors de la prestation de soins de santé, le tableau serait sûrement meilleur si le CIUSSS pouvait miser sur le nombre requis de travailleurs de la santé, croient deux représentants syndicaux.

De prime abord, Nathalie Perron avoue prendre avec un bémol la baisse du nombre de cas déclarés en 2017-2018. La présidente du Syndicat des professionnelles en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec estime que les procédures pour enregistrer les déclarations d’événement font en sorte que moins de cas peuvent être répertoriés, car certains travailleurs n’auraient pas encore leur code spécifique pour entrer les données sur support informatique.

Ce qui est sûr dans son esprit, c’est que le manque de personnel a une incidence directe sur les risques pour les patients.

«Quand il manque deux ou trois ressources pour un quart de travail, on se répartit la charge, tu vois moins tes patients. Le taux de mortalité augmente de 2 % par quart de travail s’il manque du personnel. Si la charge de travail est de huit patients au lieu de quatre (la charge moyenne par infirmière), le risque de mortalité est accru de 31 %», raconte Mme Perron, en faisant référence à un dossier présenté en décembre 2016 par la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) qui citait des données provenant de publications médicales internationales.

Pascal Bastarache

Pascal Bastarache, président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et des métiers (CSN) Mauricie et Centre-du-Québec, se dit heureux de la régression du nombre d’événements. Mais il déplore la hausse marquée du nombre de décès et lui aussi pointe du doigt le manque de ressources. «On crée un risque de dangerosité. Le personnel ne peut pas être partout s’il en manque et c’est quotidien. Il faut faire plus avec moins. Quelqu’un qui est en fatigue extrême est plus propice à faire des erreurs.»

Mme Perron rappelle que les regroupements syndicaux d’infirmières demandent des ratios patients-infirmière sécuritaires en vue de la prochaine convention collective qui sera négociée l’an prochain. Selon elle, une telle mesure aura des effets positifs sur la prestation de soins, comme l’avance le dossier de décembre 2016 de la FIQ.

«Ça augmente le temps consacré au patient, le temps d’attente à l’urgence diminue, la qualité des soins est améliorée.»

Selon Nathalie Perron, la gestion et la planification du personnel doivent être améliorées au CIUSSS régional. Ses propos rejoignent ceux de Pascal Bastarache.

«Le CIUSSS doit faire son bout dans la gestion du personnel. Il faut respecter le nombre requis de préposés pour avoir le temps de parler au patient. On demande juste le personnel requis et on ne l’a pas par manque de préposés. Il faut améliorer les conditions. On a 8 % de nos membres qui sont sur l’assurance salaire ou maladie, des gens qui se sont blessés ou qui sont en dépression. Si on enlevait la moitié de ces gens, on verrait une très grande différence», indique le président syndical, en précisant que le manque de personnel est aussi observé au sein des équipes de préposés à l’hygiène et à la salubrité.