Linda Lebrun du Nouvelliste lors d'une collecte de la Grande Guignolée des médias

Moins de collectes sur la voie publique

Trois-Rivières — La Ville de Trois-Rivières est à revoir ses règles entourant la tenue de barrages routiers sur la voie publique pour des campagnes de financement d’organismes communautaires et de causes humanitaires. À l’issue de la rédaction de cette nouvelle politique et de son éventuelle adoption par le conseil municipal, moins de collectes de ce type seraient autorisées sur le territoire, ce qui n’est pas sans inquiéter certains organismes dont le financement dépend grandement de ces collectes.

Pour le responsable des communications à la mairie, Yvan Toutant, il n’est pas question d’exclure un organisme ou un autre, mais plutôt d’établir des critères précis qui feront en sorte de trancher la décision à savoir quels organismes auront accès à un permis pour ce genre de collecte. L’un des critères principaux demeurera que l’argent soit redistribué à Trois-Rivières, on ne tolérera plus de collectes pour d’autres secteurs. Par ailleurs, la diminution du nombre de collectes pourrait vouloir dire qu’un organisme n’aura accès à ce genre de campagne de financement qu’aux deux ans pour laisser la chance à d’autres. 

«Toutes les causes sont bonnes. Mais cette année, il y en a eu 17 sur le territoire. Seulement pour décembre, nous avons dû en refuser six ou sept. Nous allons diminuer le nombre de fois où nous allons délivrer des permis pour ramener ça à environ douze. Par ailleurs, la Sécurité publique considère dangereux que de telles collectes se tiennent à des feux de circulation. Ça peut causer des embouteillages, de la congestion et surtout mettre en danger la sécurité des bénévoles qui sollicitent les dons. Nous allons désormais cibler des endroits où les collectes pourront se faire, et assurément ce ne sera pas à des intersections où il y aura des feux de circulation», indique M. Toutant.

Ce dernier confirme par ailleurs qu’à chacune de ces collectes, des plaintes sont enregistrées tant à la Ville qu’au service de police. «Les gens se plaignent de la congestion routière, certains arrivent en retard au travail. Et c’est sans compter aussi ceux qui se disent mal à l’aise, car ils ne sont pas en mesure de donner», mentionne M. Toutant.

Réactions

Pour les organismes qui dépendent de ces collectes, la nouvelle a l’effet d’une douche froide. La Grande Guignolée des médias, qui se tenait justement jeudi, se demande de quelle façon elle pourra confectionner les paniers de Noël si la collecte doit avoir lieu aux deux ans. 

«Ma demande pour 5200 paniers de Noël, elle est annuelle. Si je n’ai plus de collecte dans la rue, je n’ai plus de paniers de Noël. Et notre organisation fournit les denrées et l’argent à dix organismes de la région», fait valoir Sébastien Turgeon, coordonnateur de la Grande Guignolée. Pour lui, la Ville devrait aussi prendre en compte que son événement est provincial, et qu’il serait désolant de voir Trois-Rivières faire bande à part quand tout le Québec est mobilisé durant la même journée. 

Au total, la Guignolée a 70 points de collectes dans la région, dont 12 à Trois-Rivières, et amasse annuellement environ 175 000 $ en argent.

Du côté de Comsep, on invite la Ville a faire preuve de créativité plutôt que d’opter pour cette solution. «Quand on nous a présenté ça, on ne nous a pas parlé d’une question de sécurité, mais davantage que des gens se plaignaient qu’il y ait trop de collectes. Mais pourquoi on n’essaierait pas de trouver des coins de rue différents et d’alterner entre chacune des collectes, plutôt que de toujours solliciter les mêmes secteurs», questionne la coordonnatrice de l’organisme, Sylvie Tardif, qui rappelle qu’il n’existe pas de points de collectes dans les secteurs Sainte-Marthe et Saint-Louis-de-France, ce qui pourrait aussi être une alternative selon elle. 

Mme Tardif dit avoir contacté certains membres du conseil municipal pour les sensibiliser à la chose, eux qui seront appelés à voter l’adoption de cette nouvelle politique en 2018. «Si on doit passer à une année sur deux, je fais quoi avec ma gestion financière? Le gouvernement qui nous subventionne nous demande aussi d’être créatif et de faire de l’autofinancement, et c’est ce qu’on fait. Mais si je ne peux plus tenir ma collecte annuelle, il y a des grosses chances que je me tourne vers la Ville pour de nouvelles demandes de financement», fait-elle remarquer.

La Fondation Tourniquet, qui vient en aide aux enfants et adolescents ayant des problématiques de santé mentale, compte aussi sur cette collecte annuelle comme principale source de financement. «L’argent est redistribué pour aider des familles de Trois-Rivières. On s’associe avec des organismes durant cette collecte, et on fait aussi la promotion du bénévolat chez les adolescents. Nous allons demeurer attentifs à tout ça, mais c’est certain que si ça se concrétise, il faudra qu’on s’ajuste le mieux qu’on peut à cette réalité», confirme Maxime Bolduc de la Fondation Tourniquet.