Le Regroupement québécois des CALACS dévoilait les premiers résultats concernant le déploiement du programme Empreinte - Agir ensemble contre les agressions à caractère sexuel. Les membres du CALACS Entraid’Action, de Shawinigan, depuis la gauche, Vanessa Clément, intervenante, Marie-Pier Quessy, responsable du programme Empreinte et Nicole Hamel, coordonnatrice.

Mobiliser le milieu pour contrer les agressions

SHAWINIGAN — Près d’un jeune sur cinq aura subi de la violence sexuelle avant l’âge de 15 ans. Cette statistique est mise de l’avant par les Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS), en marge du dévoilement des premiers résultats concernant le programme Empreinte, une approche favorisant la concertation pour enrayer ce fléau.

Fruit d’un travail collaboratif entre chercheurs en sexologie et intervenants du milieu, Empreinte — Agir ensemble contre les agressions à caractère sexuel a ceci de particulier qu’il s’adresse autant aux jeunes qu’au personnel scolaire et aux parents.

Pour le Regroupement québécois des CALACS, les violences sexuelles constituent en effet une problématique sociale. «Les facteurs de risque de subir une violence sexuelle sont autant individuels, relationnels, communautaires que sociétaux», explique Manon Bergeron, professeure au département de sexologie de l’UQAM.

D’où l’importance, selon elle, de ne pas s’adresser qu’aux jeunes directement, mais de mobiliser tout le milieu. Or, la majorité des programmes ne ciblent que ceux-ci, déplore la professeure. Celle-ci met notamment en lumière que ses résultats de recherche montrent que plus du tiers du personnel scolaire recevra les confidences d’un jeune, victime de violence sexuelle.

Les résultats de cette première vague d’expérimentation avec le nouveau programme étaient dévoilés simultanément à Shawinigan, Montréal et Val-d’Or, lundi matin, au moyen d’une visioconférence. Les données, récoltées en 2017-2018, laissent entrevoir un outil de sensibilisation efficace, que le public semble enclin à s’approprier.

On dénote par exemple qu’une forte majorité de jeunes rapportent que le programme leur a permis d’identifier des moyens de prévenir des agressions sexuelles. On indique également que la quasi-totalité des enseignants interrogés a l’intention d’utiliser cette formation dans son travail avec les jeunes.

Des outils propres à chaque clientèle

De manière concrète, le programme se déploie au moyen de différents outils, selon la clientèle ciblée. Les jeunes sont ainsi invités à participer à six différents ateliers, animés par des intervenantes d’un CALACS, au cours des 2e, 3e et 4e secondaire. Les thèmes du consentement, du dévoilement et du soutien, du pouvoir d’agir pour contrer une agression, de l’hypersexualisation et de l’exploitation, sont notamment abordés. Le personnel scolaire, enseignant ou non enseignant, bénéficie quant à lui d’une journée de formation donnée par une intervenante d’un CALACS. Six courtes capsules vidéo ont finalement été réalisées à l’intention des parents.

En comparant des jeunes ayant participé aux ateliers à d’autres qui n’y ont pas pris part, on constate que les premiers auront développé de meilleures aptitudes à recevoir la confidence d’un des leurs, selon Manon Bergeron. Cette donnée réjouit la professeure, qui souligne que les jeunes ont tendance à se dévoiler entre eux. Mme Bergeron souligne également de meilleures habiletés de prévention sur les réseaux sociaux et une propension à réagir plus importante parmi les jeunes ayant suivi la formation, quand ils sont témoins de harcèlement sexuel.

Du côté du CALACS Entraid’Action, qui dessert Shawinigan et ses alentours, Mékinac et la Haute-Mauricie, cela fait un an qu’on a commencé à déployer le programme Empreinte auprès de la clientèle. À ce jour, le Séminaire Sainte-Marie, les écoles secondaires des Chutes et Val-Mauricie ont bénéficié de l’initiative. Une visite est bientôt prévue au La Tuque High School. «On commence par la formation au personnel, après ça on donne les ateliers aux jeunes, puis on envoie une lettre aux parents, qui leur donne accès aux capsules», relate Marie-Pier Quessy, responsable du programme empreinte au CALACS Entraid’Action.

Les ententes avec les écoles sont négociées à la pièce, explique pour sa part Nicole Hamel, coordonnatrice de l’organisme shawiniganais. Or, comme les cours d’éducation sexuelle sont obligatoires depuis septembre dernier, les CALACS en profitent pour faire mettre de l’avant leur expertise et offrir une prise en charge d’une partie du programme éducatif. «Les objectifs du programme Empreinte s’inscrivent bien dans les exigences que doivent rencontrer les écoles face au ministère de l’Éducation», fait valoir Mme Hamel. «Les CALACS ont une expertise en matière de violence sexuelle et les intervenantes ont des habiletés à en parler et à aborder ces thématiques-là», conclut la coordonnatrice.