Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Karine Gendron, de la Maison Le Far.
Karine Gendron, de la Maison Le Far.

Mobilisation pour dénoncer les féminicides [VIDÉO]

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
Article réservé aux abonnés
Cette mobilisation régionale, empreinte de sobriété à cause des mesures sanitaires à respecter, s’est déroulée dans le cadre de la grande mobilisation citoyenne au Québec contre la violence conjugale et les féminicides qui se déroulait simultanément dans une vingtaine de municipalités, vendredi.

Des représentantes d’organismes membres de la Table de concertation du mouvement des femmes de la Mauricie se sont présentées, vendredi, devant les bureaux de circonscription des députés Marie-Louise Tardif et Simon Allaire et des ministres Jean Boulet et Sonia LeBel afin d’y afficher, sur les portes, les noms et photos des huit femmes qui ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint au cours des huit dernières semaines au Québec.

L’assassinat de huit femmes en huit semaines au Québec, principalement par un conjoint ou ex-conjoint, sonne l’alarme sur le phénomène qui aura coûté la vie à rien de moins que 16 femmes depuis janvier 2020.

Karine Gendron, de la Maison Le Far, n’avait pas de statistiques régionales sur le nombre de femmes qui font appel aux centres d’hébergement pour des problèmes de violence conjugale, mais «les demandes sont très importantes en région», affirme-t-elle.

À la Maison, Le Far, «on refuse par manque de places, au moment de l’appel, entre 50 et 81 femmes par année. Cette année seulement, en un mois, on a eu 51 refus. C’est très révélateur», illustre-t-elle.

Malgré tout, Mme Gendron invite les femmes à ne pas hésiter à contacter les services si elles sont victimes de violence conjugale. «Appelez-nous. On va trouver une solution», assure-t-elle.

La directrice générale précise qu’en moyenne, au Québec, une douzaine de femmes sont tuées par leur conjoint chaque année. Or, depuis les huit dernières semaines, on en compte déjà huit, souligne-t-elle en soulignant que ces victimes ont fait 20 orphelins.

L’activité visait à afficher, aux bureaux de comté des deux députés et deux ministres de la Mauricie la photo et le nom des 8 femmes décédées en huit semaines des suites de violence conjugale.

«Du côté des services externes, on a vraiment beaucoup de demandes», ajoute-t-elle. Et il n’y a pas que les femmes qui appellent, mais également leurs proches, «une soeur, un père, un frère, un ami, un collègue de travail», dit-elle.

La directrice générale de la Maison Le Far tient à rappeler que les maisons d’hébergement «criaient bien avant la pandémie au sujet du manque de places en maison d’hébergement et des besoins en services externes.»

Mme Gendron indique que les maisons d’hébergement s’inquiètent beaucoup de l’après-pandémie. C’est que pendant les périodes de confinement imposées par la COVID-19, les conjoints violents ont eu tout le loisir d’instaurer leur «processus de contrôle, de domination de leur victime», explique-t-elle. Le conjoint violent s’attaque à l’estime de soi «et impose sa domination. Quand elle retourne en milieu de travail, il perd son contrôle sur elle. Il l’avait jour et nuit à côté de lui et là, elle doit s’en aller travailler, donc il n’est pas content. Ça augmente le sentiment de perte de contrôle», explique Mme Gendron.

La Table de concertation du Mouvement des femmes de la Mauricie rappelle que jour et nuit, les femmes victimes de violence conjugale peuvent contacter le 1-800-363-9010. Elles seront alors référées immédiatement aux bonnes ressources.

«Les femmes ne veulent pas toutes de l’hébergement», signale Mme Gendron, d’où l’importance des services externes. «Les femmes ne veulent pas toutes nécessairement quitter leur conjoint du jour au lendemain parce que ça commence par une histoire d’amour», rappelle-t-elle, et il y a des cycles dans lesquels la violence conjugale fait place à l’amour fou.

Marie-Pier Quessy, consultante au CALACS de Trois-Rivières

«On ne veut pas que le gouvernement se penche seulement sur l’hébergement. On veut consolider l’offre de services et élargir les services aux victimes», souligne la porte-parole.

Le phénomène de violence faite aux femmes ne se limite pas aux féminicides. Marie-Pier Quessy, consultante au CALACS, participait à l’activité de sensibilisation, vendredi. Elle rapporte qu’une femme sur trois a été victime d’au moins une agression sexuelle depuis l’âge de 16 ans. Elle signale également que selon les statistiques publiées par le Regroupement québécois des CALACS, près de 90 % des agressions sexuelles ne sont pas déclarées à la police et 82 % des victimes d’agressions sexuelles sont des femmes. Une femme sur sept est également agressée sexuellement par son conjoint selon le RQCALACS.

OÙ APPELER EN CAS DE VIOLENCE CONJUGALE?

Le numéro général accessible jour et nuit est le 1-800-363-9010

Il existe également des ressources en hébergement dans la région :

  • Maison de Connivence, Trois-Rivières — 819-379-1011
  • Maison Le Far, Trois-Rivières — 819-378-2990
  •  La Séjournelle, Shawinigan —819-537-8348
  • Le Toit de l’amitié, La Tuque — 819-523-7829
  • Maison La Nacelle, Nicolet — 819-293-6942

**************

16 FEMMES TUÉES DEPUIS JANVIER 2020

16 janvier 2020

Jaël Cantin, 33 ans, Mascouche;

18 janvier 2020

 Annie Koneak, 30 ans, Kuujuaq;

22 janvier 2020

Marylène Lévesque, 22 ans, Québec;

25 janvier 2020

(Nom non divulgué), 55 ans, Gatineau;

23 mai 2020

Johanne Corriveau, 53 ans, Pointe-aux-Trembles;

12 juin 2020

Francine Brière, 74 ans, Ormstown;

10 octobre 2020

(Nom non dévoilé), 61 ans, Montréal;

1er novembre 2020

Mary Saviadjuk, 37 ans, Salluit;

4 décembre 2020

Françoise Côté, 74 ans, Laval;

5 février 2021

Elisapee Angma, 44 ans, Kuujuaq;

21 février 2021

Marly Edouard, 32 ans, Laval;

23 février 2021

Nancy Roy, 44 ans, Saint-Hyacinthe;

2 mars 2021

Myriam Dallaire, 28 ans, Sainte-Sophie et sa mère, Sylvie Bisson, 60 ans;

19 mars 2021

Nadège Jolicoeur, 40 ans, Saint-Léonard;

23 mars 2021

Rebekah Harry, 29 ans, La Salle;

25 mars 2021

Kataluk Paningayak-Naluiyuk, 43 ans, Ivijivik.