En quelques semaines, l’homme d’affaires Claude Villemure (à l’avant-plan) a réuni des donateurs et des bénévoles pour faire de ce 14 décembre un jour très spécial à la tablée populaire du centre-ville de Shawinigan.

Miracle sur la 4e Rue

SHAWINIGAN — Pour commencer, potage à la dinde et brunoise. Ensuite, comme plat de résistance, un baluchon à la viande, avec petites bûchettes farcies, accompagnées d’un suprême de poulet rôti au four, d’un gratin dauphinois et d’une jardinière de légumes à l’érable. Une savoureuse salade du chef et un jus de tomates complètent le copieux repas, qui se terminera avec l’irrésistible bûche de Noël.

Il ne s’agit pas d’une proposition de table d’hôte d’un restaurant de Sainte-Flore ou du centre-ville de Shawinigan pour le temps des Fêtes, mais du menu concocté par le chef Claude Tessier de la tablée populaire de la 4e Rue de la Pointe, vendredi midi. Il a pu exprimer toute sa créativité grâce à une contribution aussi soudaine qu’inattendue d’un petit groupe de gens d’affaires de Shawinigan, qui souhaitaient simplement égayer cette période de l’année pour les plus démunis.

Claude Villemure, propriétaire de Caméléon solutions intégrées, croise pratiquement à chaque lever du jour M. Tessier et Raymond Lampron, un des infatigables bénévoles de cette tablée. À la fin novembre, à l’approche du temps des Fêtes, il s’est demandé si on ne pouvait pas organiser une activité un peu spéciale pour les habitués de ce service. Chaque jour, environ 80 personnes prennent leur repas du midi à ce local du centre-ville, dont une quinzaine d’enfants de l’école Immaculée-Conception.

L’idée de ce dîner gastronomique a germé et M. Villemure a tendu quelques perches pour recevoir de l’aide. «J’en ai parlé à Alain Garceau (Pâtisserie Le Palais) et il m’a dit qu’il s’occuperait du dessert. Après, on est allé à la Boucherie Lord, qui a offert du porc et du bœuf haché. L’Abattoir Bellerive a décidé de fournir le poulet. Aux Ailes Buffalo, nous avons coupé les légumes!»

Mis au parfum de cette chaîne d’entraide, Jacinthe Campagna, conseillère municipale du district de la Cité, n’a pas voulu être en reste. Elle a décidé de confectionner des sacs de bonbons pour les enfants. Des employés de Caméléon Solutions intégrées ont donné quelques heures pour la préparation du repas et le... service aux tables, une petite attention qui a pris les visiteurs par surprise. C’était comme au restaurant!

«C’est une très belle idée», constate Carolle Dupont, coordonnatrice des services alimentaires au Centre Roland-Bertrand. «Nous voyons souvent une mobilisation pour les paniers de Noël, pour la rentrée scolaire, mais une initiative comme celle-là, on n’en voit pas beaucoup.»

«J’ai l’impression que ça va faire des petits», sourit M. Villemure, pas peu fier de son effet. «Nous avons déjà des projets pour l’an prochain, peut-être faire une semaine complète où des entreprises organiseraient chacune leur dîner.»

«J’ai fait une petite bûche pour 90 personnes!», sourit M. Garceau. «C’est notre contribution. Dans le temps des Fêtes, il faut s’impliquer!»

Les bénéficiaires ont été applaudis par les bénévoles et les donateurs à leur entrée à la tablée. Exceptionnellement, ils n’avaient pas à débourser leur dollar habituel pour se sustenter. Même le père Noël s’était déplacé pour ce rendez-vous empreint de magie et les enfants s’en accommodaient très bien.

«Je connais des gens qui fréquentent ce service, qui profite à ceux qui n’ont pas la ressource alimentaire nécessaire, mais qui vivent aussi de l’isolement», fait remarquer Mme Campagna. «Quand Claude m’a parlé de son idée, j’ai lui ai demandé comment je pouvais participer à cet élan de charité. Ça m’a touchée droit au cœur!»

Sorti de ses casseroles pour quelques minutes, le chef cuisinier était envahi par l’émotion en commentant ce qui se déroulait sous ses yeux.

«J’étais ici à 5 h du matin», fait remarquer M. Tessier. «Je l’ai fait pour ces gens-là, à qui je tiens beaucoup. Au printemps, ça va me faire 60 ans de carrière dans le domaine de la restauration. Je suis content de mettre cette expérience dans les assiettes des usagers. Quand les enfants me disent qu’ils ont bien mangé, qu’on m’écrit des mots d’amour dans des cartes, c’est toute une paye!»