Des réfugiés hébergés dans les corridors du Stade olympique de Montréal.

Migrants haïtiens: «Leur vie est en danger»

Les Haïtiens qui cherchent refuge au Canada n'arrivent pas seulement des États-Unis où ils avaient été accueillis pour une durée limitée, juste après le tremblement de terre dévastateur de 2010. «Au nord du Mexique, il y a des milliers d'Haïtiens qui fuient Haïti pour s'en aller vers les États-Unis. Il y en a qui essaient encore d'entrer aux États-Unis», raconte Claude Bélizaire.
Claude Belizaire, Haïtien de naissance et bénévole impliqué auprès de ses compatriotes, est citoyen canadien depuis 52 ans.
Cet ancien enseignant en histoire au Collège Marie-de-l'Incarnation, Haïtien de naissance et immigrant en 1965 au Canada, n'a jamais cessé de s'intéresser à son pays d'origine et d'organiser de l'aide avec la diaspora haïtienne pour ses compatriotes qui sont restés là-bas. Il indique qu'au cours des derniers mois, beaucoup d'Haïtiens ont tenté de trouver une terre d'accueil en essayant de s'y rendre par bateau «et qui se noient» en le faisant, une situation dramatique qui est passée sous le radar des médias, éclipsée par d'autres drames humains ailleurs dans le monde.
D'autres Haïtiens qui fuient l'île se joignent même aux migrants d'Afrique dans l'espoir de se rendre en Europe, dit-il.
Haïti «est vraiment un pays qui a l'air de couler», analyse M. Bélizaire. «Tout le monde essaie de s'échapper avec les moyens du bord. C'est un pays surpeuplé et mal géré. Les gens rêvent de faire mieux. C'est normal.»
«Ces gens à qui on a permis de rester aux États-Unis et au Canada ont commencé à mener une existence stable», explique-t-il. «Subitement, avec l'arrivée de l'actuel président américain, il y a des menaces.»
Les Haïtiens qui bénéficiaient d'un permis de séjour temporaire ont peur de devoir retourner dans leur pays. Or, les Haïtiens n'ont pas envie de se retrouver dans un pays qui «a de la misère encore à se relever du tremblement de terre», fait-il valoir. «Quelqu'un qui se fait une vie ailleurs ne retourne pas dans ce pays», assure-t-il, fort de sa propre expérience.
Claude Bélizaire est retourné à Haïti en tant que visiteur, après le tremblement de terre. Comme plusieurs de ses compatriotes de la diaspora, il est «allé faire un petit tour pour voir comment ça marche et encourager ceux qui, sur place, font quelque chose.»
«J'ai vu que ça ne marche pas. Il y a des personnes qui encombrent les rues et qui font du commerce informel. Ça ne marche pas. Le peuple n'est pas fou. Il se rend compte que ça ne marche pas et tout le monde veut aller ailleurs», résume-t-il.
Or, «personne ne laisse son pays en criant hourra!», fait-il valoir. On le fait pour fuir les menaces politiques.
«Les gens arrivent parce que leur vie est en danger.»
Éternel optimiste de son propre aveu, Claude Bélizaire travaille depuis toujours pour aider ses compatriotes, autant sur une base individuelle qu'en collaboration avec des organismes.
Cette fois-ci, dit-il, la Mauricie n'est toutefois pas vraiment impliquée dans la crise des migrants haïtiens qui sont davantage concentrés dans la région de Montréal où ils peuvent retrouver parents et amis.
La communauté haïtienne de la Mauricie est d'ailleurs toute petite et peu active, indique M. Bélizaire. Selon des statistiques relevées par le ministère de l'Immigration du Québec, ils étaient 400 en Mauricie, en 2011 et 350 dans la région métropolitaine de Trois-Rivières.
«Trois-Rivières est une ville de passage», dit-il, pour la plupart des Haïtiens qui immigrent au Canada, une tendance qui a surtout été occasionnée par le haut taux de chômage dans la Ville, explique-t-il. Ses propres enfants vivent d'ailleurs à l'extérieur, soit deux à Montréal et un en Colombie-Britannique.
Au Comité solidarité Trois-Rivières, le directeur, Jean-Marc Lord, indique que lui et son équipe n'ont pas encore discuté de cette question, «mais ça m'étonnerait qu'on s'implique», dit-il.
Même chose du côté du Service d'accueil des nouveaux arrivants (SANA) de Trois-Rivières où aucune demande d'aide n'est encore parvenue de la part du gouvernement comme c'était le cas dans le dossier des réfugiés syriens, a indiqué au Nouvelliste le directeur, Ivan Suaza.