Michel Angers

Michel Angers pourrait solliciter un quatrième mandat

Shawinigan — Après combien d’années un élu devient-il périmé, dépassé par les événements? Pour Michel Angers, il faut être à l’écoute des indices et visiblement, ce qu’il décèle présentement l’encouragerait à solliciter un quatrième mandat, en 2021.

Lorsque la question de son avenir politique est abordée, le maire de Shawinigan aime répéter que personne ne lui montrera la porte. Il saura, de lui-même, décider du moment de quitter son bureau, lorsque la flamme ne scintillera plus ou lorsqu’il sentira qu’il ne possédera plus la confiance des citoyens.

Il existe évidemment des situations incontrôlables, comme sa santé personnelle ou celle de ses proches. Mais à 60 ans samedi, il respire le bien-être. Difficile, pour le moment, de ne pas l’imaginer sur la ligne de départ dans deux ans.

«Quand je sentirai que je n’ai plus de défi, que mon temps est fait, je ferai autre chose», témoigne-t-il. «Mais je ne peux pas être plus en forme que je le suis présentement. La passion est là. Je sais ce que nous avons fait depuis dix ans et je sais ce qui s’en vient. Nous arrivons à la récolte.»

Il possède actuellement un enviable mélange d’expérience et de fougue. «Je suis en maîtrise de la plupart des paramètres municipaux», convient-il. «En général, les gens me disent que je dois continuer, que je suis le gars de la situation.»

Membre du conseil d’administration de l’Union des municipalités du Québec et président de la Régie de gestion des matières résiduelles de la Mauricie, M. Angers ne donne aucun indice d’essoufflement.

«J’élargis le champ de travail, l’énergie est là. Je suis complètement passionné», résume le maire.

«Mon père me disait que si je choisissais un travail que j’aime, je ne travaillerais jamais», sourit-il. «Ça fait dix ans que je ne travaille pas. Si, dans deux ans, j’ai toujours l’impression de ne pas travailler et d’avoir du plaisir... Je ferai le choix à ce moment.»

Après la dernière élection, certains bruits couraient à l’effet que sa conjointe, Martine Duchesne, souhaitait que ce mandat soit le dernier. Le maire ne nie pas cette interprétation, mais il se sentirait maintenant plus confortable de continuer. «Elle fait partie des citoyens qui me disent: pourquoi pas?», partage-t-il. «Elle me dit de regarder tout ce que j’ai fait jusqu’ici. Elle m’a dit qu’elle savait que j’avais encore le goût... C’est un gros facteur dans une décision, mais c’est encore trop tôt pour connaître véritablement mes intentions. Je devrais être fixé au début 2021.»

Taxes et endettement: Angers persiste et signe

Depuis l’arrivée de Michel Angers à la mairie de Shawinigan, le compte de taxes de la résidence moyenne est passé de 1949 $ en 2009 à 2457 $ en 2017, un bond de 26 %. Pendant la même période, le revenu médian des familles sur le même territoire est passé de 60 670 $ à 72 870 $, une croissance de 20 %. 

L’augmentation des revenus totaux des foyers shawiniganais peine donc à suivre celle du compte de taxes. Statistique Canada ne possède pas encore de données pour 2018 et 2019 sur le revenu médian des familles, mais on sait qu’à Shawinigan, le compte de taxes de la maison moyenne atteint maintenant 2661  $. Il s’agit donc d’une augmentation de 8 % en deux ans.

M. Angers ne nie pas que les revenus plus faibles que la moyenne représentent un défi supplémentaire à Shawinigan. Au Québec en 2017, le revenu médian disponible par famille s’établissait à 87 000 $, toujours selon Statistique Canada. C’était 14 130 $ de plus, par foyer, qu’à Shawinigan.

Cet élément a d’ailleurs été soulevé lors de la rencontre d’information sur les finances publiques municipales, mercredi soir. Les taxes et l’endettement de la ville alimentent les critiques les plus tenaces de son bilan.

«Si vous n’investissez pas dans vos infrastructures, vous paierez le prix tôt ou tard», répète le maire. «On sait que les nôtres, après une centaine d’années, sont rendues au bout. Soixante-quinze pour cent de notre argent a été mis là-dedans.»

«Si c’était à recommencer, je ferais exactement la même affaire», ajoute-t-il. «Je sais qu’on a un compte de taxes dans la moyenne. Je tente de faire cette démonstration, mais c’est difficile à expliquer, à comprendre. Nos dépenses sont scrutées à la loupe, même si on nous en demande toujours plus. Le budget municipal est en contrôle.»

Bien sûr que le compte de taxes de Shawinigan a augmenté, plaide le maire, mais les actifs de la ville sont passés de 239 millions $ en 2009 à 478 millions dix ans plus tard, grâce notamment à des subventions qui ont atteint 162 millions $.

«On peut laisser le compte de taxes le plus bas possible», suggère-t-il. «Mais on ne sera pas capable de réparer nos routes. On va laisser aller nos bâtiments, on va laisser tomber des investissements, on n’aura pas de centre d’entrepreneuriat... Qu’est-ce qu’on laisserait aux générations qui viennent?»

M. Angers glisse qu’il ne veut pas blâmer Lise Landry pour son héritage. Il comprend que l’ex-mairesse a dû manœuvrer avec des menaces de défusions, des programmes d’infrastructures moins généreux et des tiraillements autour de la table qui rendaient l’action moins fluide.

«Jamais je ne dirai que Mme Landry n’a pas fait ce qu’il fallait, mais chose certaine, personne ne me dira aujourd’hui que la ville de Shawinigan n’est pas dans un meilleur état en 2019 qu’en 2009.» 

Les dépenses sont scrutées à la loupe par ses critiques. Celle du parc industriel à grand gabarit refait périodiquement surface, pas plus tard que mercredi soir alors qu’André Grosleau a rappelé que cet aménagement a coûté près de cinq millions de dollars et qu’il ne rapporte aucun revenu. La construction de la nouvelle marina suscite aussi certains sarcasmes, mais dans un cas comme dans l’autre, M. Angers préfère parler d’investissements et suggère de laisser au temps l’opportunité de justifier ces décisions.

Quant aux projections sur la réduction de l’endettement à long terme, qui passerait de 179 millions $ en 2018 à 137,4 millions $ en 2035 avec un plafond d’investissements de 16 millions $ par année provenant des coffres de la ville, le maire assure qu’il gardera le cap.

«Tant que je serai ici, je vais tenir ça serré, à moins que le conseil me renverse», assure-t-il. «Ça fait des débats à l’interne, mais c’est important.»

Rappelons que depuis l’arrivée de Michel Angers à la mairie, l’endettement total net de Shawinigan est passé de 82 millions $ en 2009 à 179 millions $ au 31 décembre 2018, un bond de 118 % en dix ans.