Le docteur Maurice Lauzière et l’infirmière Michelle Bik travaillent à la clinique de Meubles Canadel.

Meubles Canadel: un médecin à l’usine

LOUISEVILLE — La pénurie de main-d’œuvre amène les entreprises à faire preuve d’ingéniosité pour attirer et garder des travailleurs. Chez Meubles Canadel, un médecin travaille un jour par semaine pour soigner, sur le bras de la compagnie, les 640 travailleurs de l’usine de Louiseville et les membres de leur famille proche.

Le fabricant avait déjà eu un tel service dans les années 2000. La crise financière de 2008 avait entraîné la disparition de la clinique, mais un médecin est de retour depuis plus d’un an dans cette usine qui a besoin de 15 travailleurs.

Chaque vendredi, une vingtaine de patients circulent dans le bureau du docteur Maurice Lauzière. La matinée est réservée aux travailleurs, tandis que leurs conjointes, conjoints et enfants peuvent profiter du service en après-midi.

«Une de nos visions comme société, c’est que le système de santé est gratuit. Perdre une journée à attendre à l’urgence, ce n’est pas gratuit. L’employé n’a aucune coupe de salaire lorsqu’il passe à la clinique. Cette mesure, c’est pour garder notre monde», déclare Michel Deveault, président et chef des opérations de Canadel.

«Les commentaires des employés sont bons, mentionne Guy Brassard, directeur du personnel de Canadel. Les gens ont des rendez-vous, on les appelle 10 minutes avant leur rendez-vous, ils passent 15 minutes environ dans le bureau du médecin. En dedans de 30 minutes, l’employé est de retour au travail. C’est un avantage pour l’entreprise: tu ne perds pas un employé parce qu’il est parti à l’urgence.»

La clinique de Canadel est aménagée à l’étage des bureaux administratifs. Tout est là pour soigner un travailleur qui a subi une lacération à un doigt, pour faire un suivi d’un dossier de la CSST d’un employé ou pour diagnostiquer une otite à un jeune enfant.

«On voit de tout, comme dans une clinique sans rendez-vous. J’ai travaillé à l’usine Alcan à Shawinigan, j’ai travaillé pour la CSST, j’ai fait de la formation. Je connais la dynamique des usines. C’est important de connaître les produits qui sont utilisés, comme les solvants. Il y a de la poussière de bois. Il y a des tendinites associées à des mouvements répétitifs. C’est un milieu agréable. Canadel a une approche très humaine avec ses travailleurs et j’ai du plaisir à travailler avec eux», raconte le docteur Lauzière.

Si les travailleurs ont besoin d’un suivi médical, la clinique va les orienter et même les inscrire dans le but qu’ils obtiennent un médecin de famille. De plus, le service médical de Canadel aura bientôt les dossiers médicaux électroniques, ce qui permettra un meilleur suivi.

Canadel recherche des travailleurs pour plusieurs de ses départements afin de faire face à un épais carnet de commandes qui devrait amener le chiffre d’affaires à grimper de 90 millions de dollars à plus de 95 millions de dollars en 2018. Avec un salaire de base de 13,08 $ offert pour un poste de journalier, un programme de prime de référencement (un travailleur reçoit de l’argent s’il recommande une recrue et que celle-ci demeure en emploi au moins six mois), Canadel veut maintenant ajouter une journée à son service médical. Le docteur Lauzière sera présent deux jours par semaine vers l’automne prochain, lui qui prendra sa retraite en juin de sa clinique de Shawinigan.

Un bus pour les travailleurs

Groupe Bermex ne fait pas exception à la règle en matière de personnel. Le fabricant de meubles basé entre autres à Maskinongé, à Louiseville et à Trois-Rivières a besoin de 25 paires de bras pour la production, le service à la clientèle, le travail administratif. Bermex ne dévoile pas son chiffre d’affaires, mais la croissance des ventes de 10 % dans les marchés d’exportation entraîne cette nécessité de trouver des travailleurs.

Si l’entreprise participe à des salons et fait de la publicité pour trouver du monde, elle déploie beaucoup d’effort pour conserver ses travailleurs. Lorsque l’usine de la division Midi a fermé à Maskinongé en 2016 parce que ses équipements ne respectaient plus de nouvelles normes environnementales, Bermex a relocalisé les 36 travailleurs dans ses autres usines. De ce nombre, une quinzaine prennent un bus pour aller travailler à l’usine Dinec de Trois-Rivières, un service entièrement payé par la direction.

«On a des gens qui sont chez Midi depuis 17 ans, d’autres depuis 23 ans. Ce sont des gens avec de l’expertise et on ne voulait pas perdre ça. Ce sont des teinturiers, des rembourreurs. Quand on a des gens qui font du bon travail, on aspire à les garder. La main-d’œuvre n’est pas facile à conquérir. On a acheté un minibus. La main-d’œuvre est précieuse. La plus grande fierté de notre président est d’offrir de l’emploi à des familles québécoises», observe Nancy Villemure, vice-présidente du marketing au Groupe Bermex.

La compagnie favorise aussi la participation de son personnel dans le processus d’affaires afin de s’assurer que tout le monde est le plus heureux possible.

«On les implique, on leur demande ce qu’ils veulent améliorer, ce qu’ils aiment, ce qu’ils aiment moins, énumère Mme Villemure. On a des employés qui veulent créer un club social au sein de l’organisation. Le travail en usine se termine le vendredi à midi. Il y a une ligue de hockey le vendredi après-midi. On est à l’écoute de nos gens pour qu’ils soient heureux dans le cadre de leur travail et pour qu’ils créent des liens avec leurs collègues.»

Plus de 300 personnes travaillent chez Bermex en Mauricie. Le salaire d’entrée à la production est de 12 $ l’heure.