À l’avant, on aperçoit Marie-Andrée Trudel victime de la mérule pleureuse depuis quatre ans. Elle est accompagnée de la ministre régionale Julie Boulet, à gauche et de la ministre Lise Thériault.

Mérule pleureuse: «Il y a une lumière au bout du tunnel»

Shawinigan — «Il y a une lumière au bout du tunnel pour nous sortir de cet enfer-là.» Marie-Andrée Trudel de Saint-Tite, qui se bat depuis 2014 contre la mérule pleureuse pour essayer de sauver sa maison, apprenait avec beaucoup d’émotion, vendredi, qu’elle recevra enfin de l’aide.

La ministre de l’Habitation et de la Protection du consommateur, Lise Thériault, était en effet de passage à Shawinigan, vendredi, pour annoncer un programme d’intervention résidentiel pour les propriétaires aux prises avec ce problème surnommé le «cancer du bâtiment».

La mérule pleureuse, ce champignon quasi impossible à éradiquer lorsqu’il s’installe dans une maison, a la propriété de détruire le bois. Plusieurs victimes de la mérule pleureuse, dont le président du regroupement Mérule pleureuse Québec, Maxime Boivin, étaient présents à cette annonce qui touche officiellement une quarantaine de maisons aux quatre coins du Québec pour l’instant.

On savait déjà que 5 millions $, pour trois ans, avaient été réservés pour cette problématique dans le dernier budget, en mars dernier. Cette fois-ci, le gouvernement annonce le projet pilote qu’il lance à l’aide de ce montant en collaboration avec la Société d’habitation pour soutenir les propriétaires victimes.

«La mérule pleureuse n’est pas documentée. C’est un nouveau phénomène au Canada», indique Mme Thériault. Elle a été observée en Belgique et en France. «Nous sommes la première province canadienne à vraiment documenter ce phénomène-là», dit-elle. «On est le premier endroit au monde à aider les gens qui sont aux prises avec cette problématique-là», ajoute-t-elle.

Non seulement le programme annoncé vendredi viendra-t-il apporter un soutien financier aux victimes de la mérule pleureuse, mais la SHQ a aussi donné une subvention de 200 000 $ à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie du Québec affilié à l’Université Laval afin d’améliorer les connaissances sur le sujet. Un autre investissement de 200 000 $ permet de confier un mandat au Bureau de normalisation du Québec afin d’élaborer une norme pour encadrer les travaux de décontamination des bâtiments affectés par ce champignon qui s’attaque à la matière ligneuse du bois.

Les victimes, elles, pourront recevoir une aide financière pouvant aller jusqu’à 75 % du coût des travaux, soit jusqu’à 100 000 $ par bâtiment admissible dans le cas d’une démolition et d’une reconstruction lors d’une perte totale et jusqu’à 75 000 $ dans tous les autres cas admissibles.

Marie-Andrée Trudel, qui lutte contre la mérule pleureuse depuis quatre ans, était fort émue d’apprendre qu’elle aura enfin de l’aide. On aperçoit ici la ministre Julie Boulet, Mme Trudel, Maxime Boivin, président du regroupement Mérule pleureuse Québec et la ministre Lise Thériault.

La ministre Thériault a rappelé que toutes les recommandations qui se trouvent dans le rapport commandé par son prédécesseur, Martin Coiteux, à ce sujet «sont soit en cours de réalisation, déjà réalisées ou en continu», dit-elle.

«On est capable de dire aujourd’hui qu’on est capable de ne pas tout démolir non plus, chose qu’on pensait au début. On sait qu’on peut s’en débarrasser d’une autre manière. On n’est pas obligé de brûler», explique Mme Thériault.

Il existe plusieurs critères d’admissibilité à ce projet-pilote. Il faut être propriétaire occupant, la maison affectée doit être le lieu de résidence principal. Les bâtiments commerciaux ne seront pas admis. Les propriétaires devront remplir un formulaire de collecte de données qui se trouve sur le site internet de la SHQ. «À partir de ce moment-là, le propriétaire sera accompagné et informé des actions à poser», précise la ministre. Des échantillons devront aussi être prélevés pour s’assurer qu’il s’agit bien de la mérule pleureuse. «Il va falloir déclarer la mérule pleureuse si les gens veulent qu’on les aide.»

Le programme sera en vigueur un peu après le début du mois d’octobre.

À titre préventif, la ministre conseille aux acheteurs de faire inspecter par un inspecteur qualifié la maison qu’ils souhaitent acquérir. Le propriétaire qui a de la mérule, «doit faire réparer sa maison», dit-il. «Il y a des parallèles à faire qui sont évidents avec le dossier de la pyrrhotite», dit-elle, un dossier qu’elle a côtoyé de très près lorsqu’elle était ministre du Travail. «On va s’inspirer du programme de pyrrhotite pour pouvoir aider les gens», dit-elle.

«Dans les quatre dernières années, j’ai tout tenté et on dirait que je ne savais plus où aller», raconte Marie-Andrée Trudel qui est très heureuse de pouvoir recourir à ce programme. «Je n’ai pas de mots pour les remercier», dit la dame qui a investi 40 000 $ de sa poche, jusqu’à présent, pour essayer de s’en sortir.

Maxime Boivin se dit très heureux de cette aide qui est encore plus élevée que pour la pyrrhotite «car les coûts de démolition sont beaucoup plus élevés», dit-il. C’est un grand pas pour la cause de la mérule. Alors que Québec parle de 40 cas, le président de l’Association Mérule pleureuse Québec parle d’entre 200 et 330 cas au Québec depuis 2010. «Le programme ne sera pas appliqué rétroactivement. C’est pour les nouveaux cas», dit-il. M. Boivin est néanmoins très heureux de l’annonce. «Si l’on voit que c’est insuffisant comme programme, c’est certain qu’on va continuer à militer et à faire pression», dit-il, «mais c’est un bon premier pas».

Steve Frigon d’Hérouxville, lui, fait face à des travaux de décontamination évalués à 150 000 $. Certes, l’aide est la bienvenue, mais nettement insuffisante. Chez lui, la mérule a contaminé tout le vide sanitaire et elle a gagné le haut de la maison. Il est certain que l’aide ne couvrira pas tout et le plus choquant, dit-il, «c’est d’injecter tout cet argent dans un vide sanitaire», c’est-à-dire sous la maison.