Mélissa Fay apparaît sur la page couverture du calendrier 2020 du centre Le Ruban Rose, un organisme qui vient en aide aux personnes touchées de près ou de loin par le cancer du sein. C’est la photographe professionnelle Geneviève Trudel qui signe cette photo.
Mélissa Fay apparaît sur la page couverture du calendrier 2020 du centre Le Ruban Rose, un organisme qui vient en aide aux personnes touchées de près ou de loin par le cancer du sein. C’est la photographe professionnelle Geneviève Trudel qui signe cette photo.

Mélissa Fay: la décision la plus difficile de ma vie!

NDLR. Le Nouvelliste reproduit le dernier texte de Mélissa Fay écrit sur son blogue qu’elle a créé en mai dernier pour mieux comprendre et exprimer ses émotions face à l’épreuve du cancer.

Après plusieurs semaines de réflexion, à m’être isolée de tout mon monde, pour ne pas être influencée, j’ai décidé d’arrêter de me battre. Pour moi, vivre, ce n’est pas survivre.

Je sais que plusieurs d’entre vous allez me juger. Que plusieurs d’entre vous auraient tout essayé, tous les traitements possibles pour essayer de remporter cette guerre contre le cancer. Mais moi, je tire ma révérence. Je n’ai plus de qualité de vie et ça ne reviendra plus jamais comme c’était.

Je suis en perte d’autonomie, car je suis continuellement étourdie, en fauteuil roulant pour les longs déplacements, je ne fais que dormir et je deviens peu à peu un boulet pour ma famille (même s’ils me disent tous que non!) Les étourdissements font en sorte que je ne peux plus me tenir debout longtemps, cuisiner, faire plusieurs tâches ménagères, j’ai de la difficulté à lire et me concentrer longuement comme pour jouer à des jeux, je ne peux plus conduire, magasiner, faire de l’ordinateur, etc. Il me reste quoi??? Il est temps que je lâche prise et que je laisse la vie suivre son cours.

En venir à une telle décision fut très difficile. Premièrement, oui je dois l’accepter, mais ma famille aussi. Fred qui se démène depuis des semaines en parfait proche-aidant, qui m’accompagne à tous mes rendez-vous en gardant espoir que j’aurai de meilleurs jours devant moi... Quand en réalité, je le connais mon corps, je le sais que «This is as good as it’s going to get» (c’est le mieux que j’aurai). Et je suis incapable de continuer à vivre comme ça.

Ensuite, il a fallu que je l’annonce à mes parents. Ma mère qui voit toujours le positif dans tout, a eu du mal à comprendre. Elle me disait: «Profite de ton voyage, tu vas revenir plein d’énergie, ton attitude va changer...» Comme si j’étais dans une phase dépressive qui allait passer.

J’ai dû lui expliquer que les semaines qui ont passé, où j’ai pleuré tous les jours, où je me suis coupée du monde, faisaient partie de mon processus qui était bien enclenché. Elle me connaît, lorsque je prends une décision, elle est irréversible. Elle m’a donc souhaité un beau voyage et m’a rassuré en me disant qu’elle sera là à mon retour pour la suite des choses. (Tout en continuant à espérer que ce n’était qu’une phase!)

À notre deuxième journée au paradis de Punta Cana, j’ai décidé de l’annoncer aux enfants. Nous avons toujours été transparents avec eux.

Dans les dernières semaines, ils ont été tellement compréhensifs. Nous avions dû annuler leur voyage de fêtes à New York, je n’ai pas célébré Noël avec eux dans la belle-famille et, finalement, on a annulé Disneyworld. Ils n’ont même pas chialé. Leur maturité m’impressionne tellement!

Nous nous sommes collés dans notre lit et leur ont annoncé que j’allais arrêter les traitements et qu’il serait maintenant impossible de prévoir combien de temps il me restait. Qu’on devait profiter de chaque moment comme si c’était le dernier, comme ce super voyage qu’on était en train de vivre.

Après avoir tous pleuré à chaudes larmes, on s’est promis de prendre des journées juste pour se coller en revenant de vacances. Aussi, de se faire une mini bucket list de petites choses qu’on aimerait faire ensemble avant de partir.

Plusieurs d’entre vous doivent se demander pourquoi je n’essaie pas de me battre plus longtemps, ne serait-ce que pour avoir plus de temps avec mes enfants. Ma réponse est que je deviens de plus en plus spectatrice de leurs vies avec leur père.

Je suis de moins en moins impliquée dans leur éducation vu la détérioration de mon état de santé. Pourquoi continuer à leur projeter cette image de moi? J’aimerais qu’ils gardent les plus beaux souvenirs de moi et non d’une mère trop fatiguée pour les écouter me raconter leur journée d’école. Donc, ma décision a été prise en pensant à eux en premier, comme la mère que j’ai toujours été.

Célébration de ma vie

J’ai vécu les plus parfaites 36 années que j’aurais pu! Une enfance heureuse avec de jeunes parents qui m’ont laissé apprendre de mes erreurs, ce qui m’a forgé tout un caractère. Une petite sœur qui ne pouvait pas être plus à l’opposé de moi, mais qui m’a fait voir la vie à sa façon.

J’ai eu l’incroyable chance de rencontrer l’homme de ma vie à 21 ans et de me marier à 23 ans, sans le sou, mais pleins d’amour ! J’ai par le fait même connu ma belle-famille, unique en son genre, dont je ne me passerai pas aujourd’hui! Ensuite, mon cadeau de fête de 25 ans, ma belle Molly, ma mini-moi, avec sa force de caractère, sa maturité et sa générosité. Finalement, mon petit clown hyperdoué Nolan est né 3 ans plus tard et me fait rire tous les jours avec ses réflexions hors du commun.

J’ai été choyée par la vie, professionnellement, j’ai toujours été épanouie et entourée de super collègues généreux. J’ai su aussi m’entourer d’amis que je considère ma famille. Des gens, tous différents, mais authentiques, qui m’ont fait grandir en tant qu’être humain.

Je pense à ma vie, du haut de mes 36 ans et des poussières, et j’en suis fière. Aucun regret. J’ai été heureuse et je le suis encore tellement! Merci la vie! J’emmerde quand même les deux derniers mois de Décadron, gonflée à la Shrek, et j’espère que mon sevrage va bientôt finir, car c’est un vrai calvaire!!

Et je me souhaite d’avoir encore tout plein de beaux moments avec les gens que j’aime.

La suite des choses

Pour la suite, je souhaite passer du temps de qualité avec ma famille et mes amis dans l’intimité. Ceci sera mon dernier blogue et je souhaitais être transparente jusqu’à la fin. Le cr... de cancer aura vaincu une personne de plus. SVP, si vous avez des dons à faire, je vous suggère la Fondation québécoise du cancer. J’ai bénéficié dernièrement de leurs services lors de ma visite au CHUM et cet organisme aide concrètement les gens atteints du cancer.

Merci de m’avoir suivi dans cette épreuve, merci pour tous vos mots d’encouragement, merci de respecter ma dernière décision, merci de me laisser partir dans la dignité, je vous aime! xxxxx