Le psychiatre Pierre Mailloux.

Mégadoses d’antipsychotiques: revers de Pierre Mailloux en Cour d’appel

Trois-Rivières — La Cour d’appel du Québec n’a pas tardé à rejeter la requête déposée par le psychiatre Pierre Mailloux afin d’en appeler du jugement rendu par le juge Jacques Babin de la Cour supérieure le 4 novembre 2019 concernant les mégadoses d’antipsychotiques. Le Doc Mailloux espérait que cette démarche force le Collège des médecins du Québec à actualiser ses lignes directrices concernant la prescription de ces mégadoses de médicaments pour le traitement de la psychose.

«Le requérant (Pierre Mailloux) demande ‘‘d’enjoindre le Collège des médecins à se prononcer relativement à la prescription de neuroleptiques typiques et atypiques qui dépassent les doses maximales recommandées et la prescription de plusieurs neuroleptiques à la fois chez un même patient’’», peut-on lire dans le court jugement de la Cour d’appel du Québec. 

«Autrement dit [Pierre Mailloux] veut forcer le Collège des médecins à adopter des lignes directrices concernant la prescription de ces médicaments dans les deux situations décrites.»

Dans sa défense, le Collège des médecins a affirmé pour démontrer que la demande de Pierre Mailloux était irrecevable «qu’il n’a aucune obligation légale d’adopter des lignes directrices portant sur la prescription d’une médication neuroleptique». 

Dans son rejet de la requête déposé par le Doc Mailloux, le juge Jocelyn Rancourt a déterminé que le juge Jacques Babin avait eu raison de rejeter sommairement la demande initiale du psychiatre sans avoir entendu tous les arguments scientifiques. «Le requérant argue à ce titre que le juge ne pouvait décider du fond de l’affaire sans avoir entendu toute la preuve et les plaidoiries. Or, le recours en irrecevabilité permet justement au juge de mettre un terme de façon préliminaire à un pourvoi lorsque, tenant les faits pour avérés, ce recours ne présente aucune chance raisonnable de succès», mentionne le juge Jocelyn Rancourt. 

«La prudence doit l’animer, mais lorsqu’il juge que le recours est voué à l’échec, il a tout le loisir d’y mettre un terme.»

Le psychiatre Pierre Mailloux soutient que les règles directrices concernant les prescriptions de mégadoses d’antipsychotiques, qui datent de 1999, doivent être actualisées en fonction de l’évolution de la science. Or, le tribunal lui a répondu qu’il ne pouvait forcer le Collège des médecins à procéder à cette actualisation. «Un psychiatre demande au Collège des médecins de mettre à jour ses lignes directrices concernant le traitement aux antipsychotiques de 1999, mais le juge Babin n’est pas d’accord avec ça. Il n’y a aucune loi qui oblige le Collège à se mettre à jour sur le plan scientifique. Ayoye! Il y a quelque chose qui ne marche pas», dénonce la psychiatre de Trois-Rivières, qui a voulu limiter ses commentaires. 

«Quand on est rendu à demander à la Cour supérieure que le Collège des médecins mette à jour des données scientifiques extrêmement importantes, il y a un problème.»

Convaincu que l’utilisation de mégadoses d’antipsychotiques peut être bénéfique pour certains patients en psychose et affirmant que l’état actuel de la science le démontre, le Doc Mailloux n’entend pas abandonner. «Tant que j’aurai la santé, je vais continuer à chercher des solutions à des problèmes», dit-il en mentionnant qu’il est toujours motivé par sa pratique médicale. «À 70 ans, je n’ai jamais lancé la serviette. Ce n’est pas la décrépitude de la vieillesse qui va m’arrêter, mais de la maladie.»