Samuel Tanner, professeur à l'École de criminologie, a donné une conférence sur la communication policière et les médias sociaux.

Médias sociaux: de grands défis attendent les policiers

L'impact des médias sociaux dans le travail des policiers s'est retrouvé au coeur des échanges du 21e Séminaire Intersection/MSP qui se tient présentement à l'École nationale de police du Québec.
Organisé conjointement par l'ÉNPQ, la Sécurité publique de Trois-Rivières et la Sûreté du Québec, ce séminaire réunit pas moins de 300 participants policiers et civils des quatre coins du Québec. Il constitue une rencontre annuelle pour tous les intervenants désireux d'améliorer l'approche de police communautaire dans leur lutte commune contre la criminalité.
Cette année, le thème choisi était: «L'action policière: un défi de communication.» Comme l'a expliqué Helen Dion, directrice du service de police de la Ville de Repentigny et présidente du Réseau Intersection, les défis reliés aux réseaux sociaux sont de plus en plus grands.
«N'importe qui peut s'improviser média aujourd'hui. Un incident sera filmé et diffusé sur les réseaux sociaux et la population va ensuite se faire une idée complète de l'intervention policière à partir seulement d'une petite partie de celle-ci», a-t-elle indiqué.
En contre-partie, les policiers doivent également utiliser les médias sociaux dans la résolution de crimes et pour contrer l'émergence de la cybercriminalité. C'est pourquoi une dizaine d'ateliers et de conférences ont été donnés sur des sujets abordant la communication policière et les médias sociaux, l'indice de criminalité relié aux médias sociaux et l'approche client entre autres.
Dans sa conférence d'ouverture, Samuel Tanner, professeur adjoint à l'École de criminologie et chercheur régulier au Centre international de criminologie comparée, a notamment rappelé qu'une approche de police communautaire passait avant tout par l'établissement d'un lien de confiance entre la police et le citoyen.
Or, la performance des policiers doit correspondre aux attentes du citoyen. Le hic est que ce dernier a peu de connaissances du métier de policier. Il évalue que 80 % de celles-ci viennent des séries télé dans lesquelles on présente les policiers comme des super héros qui réussissent à résoudre un crime en 45 minutes.
Dans ce contexte, M. Tanner a donné l'exemple de l'interpellation d'un itinérant par un policier du SPVM cet hiver, qui a été filmée par un passant, diffusée sur YouTube et reprise largement par les médias traditionnels. «Le public ne partage ni le lieu ni le temps de la scène. Les gens vont donc se faire une opinion sans être là, sans connaître la progression de l'intervention. Des images comme celles-ci viennent donc en rupture avec les attentes de la population et grugent le lien de confiance», a-t-il mentionné.
Si pour les policiers d'expérience, le fait d'être filmé quasi quotidiennement n'est pas trop dérangeant, il serait devenu un élément perturbateur et une source de stress importante pour les jeunes policiers. Ces derniers déplorent également que ni les syndicats ni les institutions ne disposent de moyens efficaces pour lutter contre le lynchage médiatique.
Invité à suggérer des pistes de solution, M. Tanner croit que les policiers n'ont d'autre choix que de faire leur travail le plus professionnellement possible en toutes circonstances. Ils devront également s'en remettre à leur organisation et aux relationnistes qui sont plus aptes à travailler avec les caméras.
D'un autre côté, M. Tanner invite les corps de police à adopter les nouvelles communications pour rehausser leur image et garder leur légitimité, d'autant plus que 60 à 70 % de la population utilise les médias sociaux comme Facebook et Twitter. Le SPVM compte 65 000 abonnés sur son compte Twitter. Or, M. Tanner estime qu'il s'agit là d'un modèle centralisé qui ne favorise pas une interaction avec la population et qui est davantage utilisé comme babillard. Il donne plutôt l'exemple de la police de Boston dont le modèle d'utilisation est davantage décentralisé.
À même leur compte Twitter, les patrouilleurs fournissent de l'information régulièrement sur les événements qui surviennent dans leur quartier. «Lors des attentats au marathon de Boston, le travail des enquêteurs a justement été facilité en raison de cette habitude de communication entre les patrouilleurs et les citoyens», a-t-il conclu.
Le Séminaire devrait donc constituer un moment privilégié pour alimenter la réflexion des corps policiers à ce sujet.