Médecine esthétique: une clientèle de plus en plus jeune

TROIS-RIVIÈRES — «La génération milléniale n’hésite plus à avoir recours à la médecine esthétique et à la chirurgie plastique». C’est du moins ce qu’affirmait Gérald Franchi, chirurgien français, s’exprimant en marge du congrès de l’organisation internationale IMCAS (International Master Course on Aging Science) de 2018, qui révélait les résultats d’une étude faisant état d’une croissance de l’industrie de la chirurgie esthétique de 8,1 % à l’échelle mondiale.

Les constats du Dr Franchi ne surprennent pas Camille Giroux-Benoit, psychologue en CLSC, qui œuvre auprès des adolescents. Celle-ci explique que l’estime de soi revêt plusieurs facettes. Si des considérations d’ordre social, relationnel ou scolaire sont à prendre en compte, l’aspect physique est particulièrement sensible à l’adolescence, explique-t-elle.

Dans le cadre de ses études doctorales en psychologie à l’UQTR, en 2018, la jeune psychologue avait produit un essai intitulé Relation entre l’image corporelle, la dépendance aux réseaux sociaux et l’hypersexualisation chez les adolescents. Elle y énonce d’entrée de jeu que des études ont démontré qu’«au Québec, près de 60 % des adolescents seraient insatisfaits de leur corps même si la majorité d’entre eux présente un poids santé ou même inférieur à la normale».

Mme Giroux-Benoit traite ainsi d’insatisfaction corporelle, un état qu’elle définit comme une «détresse affective en lien avec l’apparence». Si elle recense une série de facteurs psychologiques, physiques et environnementaux pouvant mener à l’état de détresse affective en question, elle pointe aussi l’influence des pairs. Or, elle le souligne, «la technologie offre de nombreux outils aux jeunes pour rester en contact avec leurs pairs».

Évoquant spécifiquement les réseaux sociaux, Camille Giroux-Benoit indique que «les résultats montrent que la dépendance à Facebook est associée à une image corporelle plus négative, une estime de soi plus faible».

La psychologue pointe aussi du doigt l’utilisation des nouvelles technologies dans le marketing qui est fait auprès des jeunes. Elle prend pour exemple le Dr Miami, un chirurgien esthétique qui doit en partie sa notoriété à son utilisation de l’application Snapchat – application populaire auprès des jeunes – pour retransmettre des vidéos des opérations qu’il effectue. Si elle reconnaît une utilisation efficace de l’outil pour rejoindre les jeunes, elle se demande si le procédé n’exploite pas ou même ne stimule pas leur vulnérabilité.

L’essai de Giroux-Benoit identifie par ailleurs la mode hypersexualisée comme autre facteur explicatif du recours à la chirurgie esthétique chez les jeunes. Elle affirme ainsi, études à l’appui, que «la mode hypersexualisée influence non seulement le style vestimentaire des adolescents, mais elle les incite également à certaines transformations du corps».