La médecin sans frontières Chelsea Williams terminera sa quarantaine ce dimanche.
La médecin sans frontières Chelsea Williams terminera sa quarantaine ce dimanche.

Médecin sans frontières… en quarantaine à Trois-Rivières!

TROIS-RIVIÈRES — Accoudée à la balustrade du balcon de l’appartement du quartier Sainte-Cécile où elle réside depuis une dizaine de jours, Chelsea Williams tente du mieux qu’elle le peut de profiter du beau temps qu’offre quasi quotidiennement Dame Nature depuis le début de l’été.

Sur le point d’être dépêchée en mission en République démocratique du Congo, un pays francophone d’Afrique, la médecin sans frontières d’origine américaine se trouve présentement à Trois-Rivières dans le cadre d’un stage immersif d’un mois afin de perfectionner ses connaissances de la langue française.

Mais pandémie de COVID-19 oblige, elle a dû se placer en quarantaine pendant les 14 premiers jours. La jeune femme de 31 ans, qui a grandi dans le nord de la Californie et qui travaille présentement en Alaska, a donc été forcée de faire une croix sur le volet culturel et exploratoire de sa formation d’appoint pendant la première moitié de son séjour en sol trifluvien. Pour elle, Trois-Rivières se limite jusqu’à maintenant à l’appartement situé au troisième étage d’un triplex de la rue Sainte-Angèle. Mais elle compte bien se reprendre à compter de ce dimanche, alors que sa quarantaine sera terminée.

«J’ai hâte de pouvoir sortir, marcher et parler avec d’autres personnes que mes formatrices! Et j’ai également hâte de goûter à la poutine», répond-elle spontanément à la première question posée par le représentant du Nouvelliste dans le cadre d’un entretien qui ressemblait plus à la scène du balcon de la pièce Roméo et Juliette qu’à une entrevue traditionnelle menée par un journaliste.

Malgré les petits désagréments que lui cause la quarantaine, celle qui a notamment fréquenté la réputée université Northwestern à Chicago dans le cadre de ses études en médecine comprend parfaitement la décision des autorités canadiennes d’imposer une quarantaine aux visiteurs et aux Canadiens qui rentrent au pays.

L’entrevue avec Le Nouvelliste s’est déroulée dans un cadre particulier.

Elle se considère chanceuse d’avoir pu finalement venir à Trois-Rivières pour compléter ce stage qui était initialement prévu en avril. C’est d’ailleurs parce qu’elle doit le suivre afin d’effectuer un travail à caractère humanitaire qu’elle a été en mesure de traverser la frontière, les étudiants étrangers étant toujours interdits de séjour au Canada.

En raison de ses intérêts professionnels, elle s’intéresse évidemment à la façon dont le Canada gère la présente crise sanitaire. Selon elle, les mesures mises en place, notamment l’obligation à compter de ce samedi de porter un masque dans les lieux publics fermés, sont nécessaires afin de limiter les chances qu’une deuxième vague paralyse à nouveau les activités du pays.

Elle ajoute que les Américains devraient suivre l’exemple de leurs voisins du nord et mettre en place des mesures similaires afin de ralentir la propagation du virus.

«Mais il faut dire que le président actuel [Donald Trump] n’aide pas vraiment», laisse-t-elle tomber.

Plus dangereux aux États-Unis

Si tout se déroule comme prévu, l’organisme Médecins sans frontières (MSF) pourra faire appel à ses services à compter du 1er août. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle ne pouvait pas retarder davantage son stage de perfectionnement en français. Elle se dit d’ailleurs excitée à l’idée de se rendre en Afrique afin d’y prodiguer des soins à des gens qui n’y auraient pas accès si ce n’était de l’existence d’organisations comme MSF. De plus, elle n’est pas inquiétée outre mesure par le fait que la pandémie actuelle frappe également l’Afrique.

«C’est bien pire présentement aux États-Unis», déplore-t-elle.

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Plus de 400 travailleurs humanitaires accueillis en 15 ans

Depuis 2004, ce sont plus de 400 travailleurs humanitaires provenant de partout dans le monde qui ont profité des enseignements de l’école Sur les routes du français afin de perfectionner leurs connaissances de la langue de Molière, question de pouvoir communiquer adéquatement lors de missions dans un des pays francophones d’Afrique.

Cette école, c’est l’idée de Patricia Trinquet, une enseignante en langues d’origine française établie à Trois-Rivières depuis 2015. À l’époque qu’elle vivait dans la région du Bas-du-Fleuve, un ami qui travaillait pour l’organisme Médecins sans frontières lui a raconté que plusieurs de ses collègues, autant des médecins que des employés attitrés à des tâches non médicales, avaient une piètre connaissance du français. Ces lacunes leur compliquaient passablement la tâche.

Du coup, elle a eu l’idée de créer une formation évolutive qu’il est possible d’adapter à toutes les tâches des travailleurs humanitaires. Grâce aux contacts de son ami, elle a été en mesure de vendre son idée aux dirigeants de l’organisation humanitaire.

Depuis, elle accueille, à Trois-Rivières depuis qu’elle y habite et à Trois-Pistoles auparavant, des élèves provenant des quatre coins du globe.

«Ce que j’offre, c’est un programme de français professionnel humanitaire pour les adultes. Je travaille seulement dans le domaine humanitaire avec Médecins sans frontières, la Croix-Rouge internationale, les Nations unies et d’autres organisations du genre. […] C’est un programme spécifique et personnalisé. Par exemple, un médecin va apprendre tout le vocabulaire pour être efficace sur le terrain, dans le pays où il sera en mission. C’est donc énormément de travail pour chaque personne car la formation que j’offre est constamment mise à jour. Quand il y a quelque chose qui change dans la chaîne de froid, ils m’envoient tout de suite l’information. Je suis la seule à faire ça», explique Mme Trinquet. Cette dernière offre le même service en anglais, mais à partir de Toronto.

L’expérience immersive qu’offre Sur les routes du français dure un mois. Cinq jours par semaine, les étudiants doivent suivre trois heures de cours de grammaire et de vocabulaire l’avant-midi et participer à des discussions l’après-midi. Les activités se déroulent généralement dans un environnement bruyant, ce qui favorise l’assimilation des acquis selon Mme Trinquet.

Par ailleurs, les étudiants sont également pris en charge et hébergés dans des familles trifluviennes ou chez des membres de l’équipe dirigée par Patricia Trinquet. 

Évidemment, ils profitent de leur séjour pour découvrir les beautés de la région et les gens qui y vivent.

«L’aspect social est très important. Quand ils sont en mission, ils doivent obligatoirement vivre sur un campement. Ils n’ont pas le droit de sortir et il y a un couvre-feu. Il faut savoir s’ils sont capables de vivre de 6 à 12 mois avec les mêmes personnes», précise Mme Trinquet, avant d’ajouter qu’elle a le pouvoir de recommander aux dirigeants de MSF d’annuler la mission d’un étudiant si elle considère qu’il ne possède pas les aptitudes sociales requises.

«J’ai déjà eu un infirmier dont le niveau de français était excellent, mais il était incapable de socialiser. Ça va au-delà de la langue française», précise-t-elle.