Martin-Charles Saint-Pierre est directeur général associé chez Ménagez-vous.
Martin-Charles Saint-Pierre est directeur général associé chez Ménagez-vous.

Mauvaise surprise pour Ménagez-vous: la bonification salariale ne sera pas versée par Québec

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — L’entreprise d’économie sociale en aide à domicile Ménagez-vous de Trois-Rivières fait face à une bien mauvaise surprise, alors qu’elle a graduellement repris ses activités pour du soutien à domicile jugé prioritaire par le gouvernement. Bien que le ministère de la Santé annonçait, le 17 avril dernier, que la bonification de 8 % du salaire s’appliquerait aussi aux heures de services essentiels à domicile, voilà qu’il semble que les sommes ne seront pas versées, des sommes qui ont pourtant déjà été avancées par les organismes pour rémunérer leurs employés.

Pour l’organisme trifluvien, c’est un manque à gagner de 10 000 $ par mois qui vient de s’ajouter au fardeau financier afin de maintenir cette promesse qui a été faite aux employés, mais qui ne sera finalement pas versée par Québec.

«Pour ma part, je vais l’assumer, parce que j’estime que les employés le méritent. Ce n’est pas juste une question de salaire mais aussi de reconnaissance. Durant toute la crise, on n’a jamais parlé des préposés à l’aide à domicile. Et pourtant, les milliers d’heures qu’ils travaillent à rendre ces services permettent encore à des centaines de personnes de ne pas se retrouver en CHSLD. Honnêtement, c’est un peu rire de nous autres», confie Martin-Charles Saint-Pierre, directeur général associé de Ménagez-vous.

Selon les explications reçues, malgré le fait que le communiqué émis par le gouvernement laissait bien entrevoir que l’aide financière serait disponible, il semble que ce soit les heures référées qui sont payées par les CIUSSS qui soient couvertes par l’aide financière, ce qui n’avait pas été précisé au départ, assure M. Saint-Pierre. Or, ces heures ne sont qu’une infime partie des heures travaillées en ce moment, payées par les bénéficiaires, des heures qui sont pourtant jugées essentielles aux yeux du ministère de la Santé, fait-il remarquer.

Au Québec, on compte une centaine d’entreprises d’économie sociale en aide à domicile, comme Ménagez-vous, qui se retrouvent toutes avec la même mauvaise surprise. «Pour l’ensemble du réseau, ça ne représenterait pourtant pas la mer à boire de financer la bonification sur l’ensemble des heures travaillées, puisqu’on parle d’un montant de près d’un million de dollars pour tout le Québec. Pendant ce temps, on supplie les gens de venir donner des heures comme préposés aux bénéficiaires dans les CHSLD parce qu’il manque de monde, alors que notre travail permet justement de ne pas surcharger le réseau», mentionne-t-il.

Martin-Charles Saint-Pierre ne compte pas retirer cette prime promise aux employés qui ont été rappelés au travail le 20 avril pour la reprise des services essentiels. À Trois-Rivières, ça représente 66 employés sur 150. Cette proportion est de 24 employés sur 35 à Shawinigan. «Je vais l’assumer, même si c’est pris sur ma marge bénéficiaire qui est déjà appauvrie parce que je ne peux que maintenir les services essentiels, ce qui représente 38 % de mes bénéfices habituels. Et ça, c’est sans compter les sommes dépensées pour l’achat d’équipement de protection pour la santé de mes employés. Ici, on devrait pouvoir passer à travers. Mais dans tout le réseau, c’est certain que ça va rendre la situation financière de tout le monde préoccupante. Il se pourrait que certains organismes ne s’en sortent pas», croit M. Saint-Pierre, qui dit avoir tenté d’interpeller les députés de la région sur cette question, mais sans retour.

Avant le confinement, Ménagez-vous desservait tout près de 2000 clients sur les territoires de Trois-Rivières et Shawinigan. Depuis la reprise des services essentiels, 700 d’entre eux ont pu ravoir les services. En temps normal, 3500 heures de services par semaine sont fournies sur le territoire. Cette semaine, en services essentiels, 1300 heures seront fournies.

Au moment de mettre sous presse, le ministère de la Santé et des Services sociaux n’avait pas encore donné suite à nos questions sur le sujet.