Maurice Duplessis, lors d’un discours en 1952.

Maurice Duplessis, 1890-1959: la campagne à l’avant-plan

TROIS-RIVIÈRES — Même si Maurice Duplessis venait d’une famille bourgeoise de Trois-Rivières, il a dirigé un gouvernement qui a fait beaucoup pour développer les milieux ruraux du Québec et qui a compté sur leur appui pour se maintenir au pouvoir durant 18 ans.

Les gouvernements de Maurice Duplessis sont marqués par une administration serrée de l’argent public. Yves Dufresne rappelle que ce gouvernement a présenté 15 budgets équilibrés. Cela n’a pas empêché Duplessis d’investir dans un aspect fondamental du développement du Québec: l’électrification rurale.

«Ce qu’on doit retenir dans l’héritage de Duplessis, ce sont les campagnes, laisse entendre Denis Vaugeois. On vient tous de la campagne. Nos parents, nos grands-parents, nos arrière-grands-parents en ont profité. Je passais mes étés à Saint-Prosper (la famille de sa mère y était établie) et l’électricité, c’était quelque chose. Le prêt agricole aussi. Avant, pour prendre possession de leurs terres, les agriculteurs devaient emprunter. Ils étaient pris à la gorge par un usurier. Le prêt agricole est arrivé. Les rangs, en gravier, n’étaient pas ouverts en hiver. Duplessis a fait asphalter et fait ouvrir les chemins l’hiver. Ce sont de petites choses qui changent la qualité de vie.»

«On a commencé à électrifier le Québec à la fin du 19e siècle. Les libéraux, suivant leurs bonnes mentalités de laisser-faire, pour eux, c’était les grandes villes et les grandes entreprises qui avaient droit à l’électricité parce qu’il y avait une masse critique. Mais toutes les zones rurales étaient mal servies. Le gouvernement Taschereau répondait aux besoins selon l’importance du marché à desservir. C’était comme une mentalité de commerçant», renchérit François Roy.

Selon ce dernier, le même constat pouvait s’appliquer pour les écoles et les services de santé. Sous Duplessis, les écoles vont pousser un peu partout et le système de santé prend du mieux.

«C’est lui qui a créé le ministère de la Santé, souligne M. Roy. Ce n’est pas rien. Ils ont étendu le principe des unités sanitaires. C’est l’équivalent de nos CLSC. C’était une façon d’amener la santé justement dans des petits marchés. Duplessis a été élu par les gens des petites villes. C’était le parti du Québec profond. Pas de la Grande Allée à Québec ni de la rue Saint-Jacques à Montréal. C’était des notables de province et parfois carrément des agriculteurs et des ouvriers. Il y avait des boîtes à lunch là-dedans.»

Cette préoccupation du monde agricole pousse Maurice Duplessis à adapter son discours en suivant les conseils... d’un libéral.

«Duplessis a été élevé par la vieille garde conservatrice qui ne s’en allait nulle part, glisse François Roy. Voyant qu’il n’avait pas d’avenir avec les conservateurs, il a appris à faire de la politique avec les libéraux qui dominaient Trois-Rivières. Il s’est collé sur le père Bettez (Arthur, député fédéral et maire de Trois-Rivières) que les libéraux regardaient de haut. Il était libéral, mais il était un tavernier, un amateur de sports, ce n’était pas un grand notable. Le jeune Duplessis avait beaucoup de considération pour Arthur Bettez qui lui a montré à faire de la politique avec les ouvriers, comment parler aux ouvriers. Duplessis cachait ses diplômes (il était avocat) quand il parlait aux ouvriers, aux paysans, aux cultivateurs. Il s’arrangeait pour se faire comprendre facilement. C’était un populiste.»

Lors de la première élection de Maurice Duplessis, en 1936, toutes les circonscriptions de la Mauricie et celles longeant le fleuve Saint-Laurent au Centre-du-Québec avaient voté pour l’Union nationale. De retour au pouvoir en 1944, le parti était une forteresse dans des comtés comme Champlain et Maskinongé. C’est sans compter la domination de Duplessis chez lui, dans Trois-Rivières.

«Duplessis était tout un personnage. À Trois-Rivières, il faisait partie de notre quotidien. Il était partout», se souvient Denis Vaugeois, qui croit cependant que Maurice Duplessis, usé par tant d’années au pouvoir, aurait pu être battu.