Le PQ a fait une douzaine d'annonces, lundi, et on en prévoit davantage mardi. On voit ici le ministre Yves-François Blanchet lors d'une annonce aux Serres du Saint-Laurent.

Matières putrescibles: un obstacle à la phase 2 de Savoura?

D'ici 2020, le gouvernement interdira d'envoyer les matières putrescibles, comme les rognures de gazon, les feuilles mortes ou les déchets de table, dans la poubelle, donc dans les lieux d'enfouissement sanitaire.
Or, qui dit moins de matières putrescibles dans les lieux d'enfouissement sanitaires dit aussi moins de biogaz.
Pour les Serres du Saint-Laurent et sa présidente, Marie Gosselin, cette politique pose problème car elle pourrait mettre en péril la phase 2 de son projet de serres à Saint-Étienne-des-Grès. L'approvisionnement en biogaz risque en effet de devenir insuffisant pour alimenter deux complexes de serres.
Mme Gosselin a fermement l'intention d'interpeller le gouvernement à ce sujet, prochainement, alors que la Régie de gestion des matières résiduelles est en pleine analyse des moyens qu'elle devra entreprendre pour répondre aux exigences du gouvernement.
Cette étrange situation pourrait coûter de nombreux emplois à la région. Les Serres du Saint-Laurent, productrices des tomates Savoura, emploient déjà, en effet, 225 personnes, juste pour la phase 1 construite à Saint-Étienne-des-Grès.
Marie Gosselin plaide qu'en lui vendant du biogaz issu des matières putrescibles du Lieu d'enfouissement technique de Saint-Étienne-des-Grès, la Régie de gestion des matières résiduelles fait déjà un effort important de valorisation de matières putrescibles, différent certes de la biométhanisation ou du compostage prônés par le gouvernement, mais un effort tout de même qui génère non seulement une activité agricole importante, mais aussi des emplois.
Bref, Marie Gosselin estime que la région devrait être autorisée à faire différemment puisque l'usage constructif qu'on tire des biogaz, à Saint-Étienne-des-Grès, est aussi valable que les autres méthodes de valorisation des matières putrescibles.
Mais tout laisse croire que la présidente des Serres du Saint-Laurent devra batailler ferme pour faire changer le gouvernement d'avis.
Lundi, Yves-François Blanchet, le ministre de la région et ministre du Développement durable, de l'Environnement, de la Faune et des Parcs était justement de passage chez elle pour annoncer un prêt de 840 000 $ dans le cadre d'un projet de modernisation que veut entreprendre l'entreprise dans la phase 1 de ses serres.
Interrogé en marge de la conférence de presse, le ministre indique qu'il ne démordra pas de son projet d'interdire l'enfouissement des matières putrescibles. «On ne renoncera pas à cet objectif-là», affirme-t-il.
«La valorisation qui se fait ici se fait aussi un peu ailleurs», rappelle-t-il.
Le ministre confie donc qu'il ne renoncera pas à une réflexion sur ce genre de situation qui n'est pas unique à Saint-Étienne-des-Grès. «Je ne veux pas renoncer aux emplois. Je ne veux pas renoncer à ce qui se fait ici. La Régie a sérieusement besoin de s'asseoir avec le ministre de l'Environnement pour qu'on puisse commencer à brasser des plans», dit-il.
Pour l'instant, explique le ministre Blanchet, «le gouvernement du Québec, à des fins strictement environnementales, a fait le choix de mettre un terme à l'enfouissement des matières organiques», dit-il. Chaque région va choisir le moyen d'y parvenir, soit par méthanisation, soit par compostage. «Donc il va y avoir une réutilisation de ces matières», fait-il valoir.
Le cas des serres Savoura représente un défi important, concède la ministre Blanchet. «Mais un jour, Demers aura le même défi à Drummondville. Mauvaise nouvelle, ça rend momentanément la vie plus difficile à ces entreprises-là. Bonne nouvelle, ça démontre le succès des initiatives en matière de réduction de l'enfouissement», fait valoir le ministre.
Le cas des Serres du Saint-Laurent à Saint-Étienne-des-Grès était prévisible, indique M. Blanchet. «Il faudra qu'il y ait une réflexion sur ce que peut être la solution», dit-il, en s'abstenant de vouloir mettre des mots dans la bouche de la Régie. «J'imagine des hypothèses de solutions, mais je ne les imposerai pas.»