La volonté est là pour les commissions scolaires, mais les locaux, le personnel et l’intérêt des parents pourraient représenter des obstacles au projet du gouvernement.

Maternelles 4 ans: problèmes d’intérêt, de locaux et de personnel

Trois-Rivières — Le gouvernement caquiste prévoit ouvrir 5000 maternelles 4 ans sur une période de 5 ans. Pour l’instant, le ministre de l’Éducation parle de créer 220 classes d’ici la prochaine rentrée scolaire de septembre 2019. Les trois commissions scolaires de la région, du Chemin-du-Roy, de l’Énergie et de la Riveraine, n’ont pas encore été mises au courant des modalités de ce projet, mais déjà, certaines craignent de ne pas avoir la place nécessaire pour ouvrir davantage de maternelles 4 ans, d’autres craignent de manquer de personnel, mais c’est la question d’un manque d’intérêt de la part des parents envers les maternelles 4 ans qui ressort le plus dans ce dossier.

«Il y a des parents qui n’y voient pas nécessairement de plus-value», indique le directeur général de la Commission scolaire de l’Énergie, Denis Lemaire. «Ils estiment qu’ils ont déjà un bon service de la part de leur CPE», constate-t-il.

M. Lemaire croit que la Commission scolaire aurait assez de locaux pour quatre nouvelles maternelles 4 ans, «mais aurons-nous de la clientèle?», se questionne-t-il.

À la Commission scolaire de la Riveraine, on craint également de manquer de clientèle dans certains secteurs. À Bécancour, par exemple, on compte seulement 10 enfants à la maternelle 4 ans alors que 17 places sont disponibles. À Sainte-Eulalie, ils sont 11 pour 17 places, illustre la directrice générale, Johane Croteau. «Et à Bécancour, on accueille des élèves de Sainte-Angèle aussi», renchérit-elle.

Difficile d’aller chercher des enfants plus loin. «Il y a une question de transport. Ce sont des petits bouts de 4 ans», fait-elle valoir.

La Commission scolaire de l’Énergie est passée de trois à cinq groupes de maternelles 4 ans qui contiennent un total de 58 élèves. S’il fallait augmenter le nombre de groupes, M. Lemaire croit qu’une inquiétude émergerait en matière de ressources humaines. «On serait capable de trouver des enseignants», explique-t-il, mais au détriment des banques de suppléants.

«On la voit venir, la pénurie de personnel», confirme de son côté Johane Croteau. «Ça prend des gens formés en préscolaire et primaire», fait-elle valoir. «S’il fallait en ouvrir seulement 2 ou 3, on aurait toutefois le personnel», prévoit-elle.

À l’occasion d’une conférence de presse tenue à la mi-novembre afin de présenter le bilan annuel de la Commission scolaire du Chemin-du-Roy, le président Claude Lessard rappelait lui aussi que «de plus en plus, dans les prochaines années, nous aurons partout au Québec une pénurie de main-d’œuvre.»

L’an dernier, la Commission scolaire du Chemin-du-Roy comptait 5 maternelles 4 ans. Elle en compte 8 cette année.

«Les maternelles 4 ans qu’on veut implanter au niveau de la province de Québec (5000 en 5 ans), chez nous, ça représenterait 100 classes. Cent classes, c’est 100 enseignants plus des professionnels. Il va falloir qu’il y ait autre chose qui se passe parce que c’est impossible dans notre commission scolaire», faisait valoir Claude Lesssard.

«Tout dépendant du nombre de classes et des modalités, on peut répondre à la demande dans une certaine mesure, mais, il est clair que certaines écoles sont à pleine capacité actuellement. Quant à l’embauche d’enseignants, nous estimons être en mesure d’y répondre, toutefois, le problème se répercutera au niveau des contrats/remplacements», ajoute la responsable des communications de la Commission scolaire du Chemin-du-Roy, Anne-Marie Bellerose.

«Ce qui est complexe, c’est d’ouvrir des classes avec le bon nombre d’élèves», estime de son côté le directeur général de la Commission scolaire de l’Énergie. «Je crois que l’enjeu est davantage là qu’au niveau des ressources humaines et matérielles», analyse-t-il.

Encore faut-il aussi répondre réellement aux besoins des communautés. «Il faut avoir des élèves à inscrire, car il reste que la maternelle 4 ans, c’est sur une base volontaire de la part des parents», fait valoir Johane Croteau. Cette dernière estime que la Commission scolaire de la Riveraine pourrait ajouter une classe de maternelle 4 ans tout au plus, dans le secteur est de Saint-Pierre-les-Becquets. «Plus que ça, ce serait difficile», estime-t-elle. «Il y a des endroits où l’on aurait des problèmes de locaux.»