Dominique Jutras, présidente du Syndicat régional des travailleuses et travailleurs en CPE CSN, Marie-Line Seguin, vice-présidente et Valérie Lupien, présidente du CA du CPE Le Coffre à Jouets.

Maternelle 4 ans: les CPE sont «contre mur à mur»

TROIS-RIVIÈRES — Les centres de la petite enfance s’élèvent contre le projet de Québec de créer 250 nouvelles classes de maternelle 4 ans dès l’an prochain. Dominique Jutras, présidente du Syndicat régional des travailleuses et travailleurs en CPE du Cœur-du-Québec CSN, indique que «nous, du côté syndical, on est vraiment contre les maternelles 4 ans mur à mur.»

Au cours d’un point de presse tenu mardi, Mme Jutras a reconnu que les maternelles 4 ans peuvent «être bénéfiques dans certains milieux défavorisés, «mais ce qu’on ne veut pas, c’est éteindre les Centres de la petite enfance et les services de garde éducatifs qui existent déjà et qui font le travail auprès des enfants.»

Mme Jutras a tenu à souligner la formation des personnes qui travaillent en CPE. «Dans les services de garde éducatifs, les travailleuses ont des formations», insiste-t-elle. «Elles sont les spécialistes des 0-5 ans. Alors quand le premier ministre Legault nous dit qu’elles sont des techniciennes de garde et bien on est de techniciennes de la petite enfance», fait-elle valoir. Et lorsque ce dernier prône qu’il faut faire du dépistage en bas âge, «je m’excuse, mais le travail de mes collègues dans tous les CPE du Québec, c’est ça leur travail. C’est de dépister dès la naissance, dès que l’enfant met le pied au CPE», assure Mme Jutras. «C’est une idée farfelue de vouloir faire du mur à mur avec les 4 ans. Les services existent déjà et on a quand même plusieurs spécialistes, des médecins, des psychologues, des professeurs qui indiquent que les services de garde éducatifs sont là et devraient faire partie du maillon éducatif pour la réussite de tous les enfants», plaide-t-elle.

La conférence presse s’est tenue mardi, en pleine semaine de relâche. Mme Jutras en a profité pour souligner que «côté disponibilités, c’est clair que les CPE sont là. Les enfants en maternelle 4 ans, où est-ce que les parents vont pouvoir les envoyer? Est-ce qu’ils vont les envoyer dans un camp de jour en plus? L’été, dans un camp d’été?», questionne-t-elle en soulignant qu’elle ne veut aucunement «minimiser le travail des étudiants qui vont dans les camps d’été.»

«Est-ce qu’ils vont être à même de pouvoir s’occuper de 10, 15, 20 enfants de 4 ans?», se questionne-t-elle.

Marie-Line Séguin, vice-présidente régionale du Coeur-du-Québec pour la Fédération de la santé et des services sociaux CSN, rappelle qu’on manque déjà de personnel dans les écoles au niveau des enseignants, notamment. «On manque de ressources aussi dans les écoles, mais il (le premier ministre Legault) veut les mettre pour les enfants de 4 ans au lieu d’amener aux enfants de 4 ans les ressources dont 27 % d’entre eux ont besoin. Pourquoi ne pas amener ces ressources à ces enfants-là ici (dans les CPE)», plaide-t-elle.

Selon elle, il serait logique d’investir dans les CPE pour aider ces enfants-là.

Valérie Lupien, présidente du conseil d’administration du CPE Le Coffre à jouets, estime qu’il serait en effet bien plus logique d’amener directement dans les CPE les services dont certains enfants ont besoin. Grâce aux éducatrices, dit-elle, certaines choses ont été détectées chez ses enfants.

Mme Jutras précise qu’avec le développement des maternelles 4 ans, certains CPE ont eu de la difficulté à recruter de la clientèle au cours des derniers mois.