Le parc des chutes Sainte-Ursule.

Sainte-Ursule à l'heure du registre

«On veut faire le projet. Si 141 personnes signent le registre, c'est 10 % de la population. Est-ce qu'on va laisser la décision à 10 % de la population pour un tel projet? Si c'est 20 %, c'est une autre paire de manches. Mais si c'est 10 %, il y a de grosses chances qu'on aille en référendum.»
Réjean Carle tient au projet de centrale hydroélectrique dans le parc des Chutes de Sainte-Ursule. L'idée de recourir à une consultation populaire n'est pas fermement arrêtée.
Le maire et ses conseillers vont évaluer cette possibilité advenant le fait que le règlement d'emprunt de 10 millions de dollars relié au projet de centrale soit bloqué par le registre qui a lieu aujourd'hui au bureau municipal de 9 h à 19 h.
«On va faire une analyse du nombre de signatures. On va regarder si c'est 141, 160 ou 170. Si on va en référendum, la décision devra être unanime au conseil. Mais je ne pense pas qu'il y ait 141 signatures. Je pense que le règlement d'emprunt va passer.»
Les opposants ont toutefois soulevé plusieurs interrogations. Ils mentionnent entre autres que le projet coûtera plus que les 10 millions prévus.
L'organisme Fondation Rivières se base notamment sur un document de la firme BPR qui indique que l'estimation des coûts a une précision de l'ordre de plus ou moins 30 %. Fondation Rivières critique également le fait que cette évaluation exclut la taxe de vente du Québec (TVQ).
M. Carle refuse de commenter les affirmations de Fondation Rivières. Le maire soutient que la population de Sainte-Ursule saura faire la part des choses.
«Le projet ne coûtera pas 13 millions. Les imprévus de 30 % sont calculés. La construction est évaluée à 6,4 millions de dollars. Dans le 6,4 millions, il y a une portion d'imprévus qui a été calculée, car on a calculé fort et c'est pour ça qu'on n'a pas peur! On a mis 1,7 million de dollars pour les frais contingents. Et on a ajouté 550 000 $ en réserves et en frais d'intérêt pendant la construction. Les taxes vont être couvertes par ces extras.»
Le conseil de Sainte-Ursule veut emprunter 10 millions de dollars afin d'avoir une certaine marge de manoeuvre. Cette marge servira justement à couvrir les imprévus, plaide Réjean Carle.
«Les deux parties (les partisans et les opposants) veulent garder le parc. Mais nous, au lieu de mettre un «plaster» sur le bobo, on veut faire une réparation majeure pour lui sauver la vie», conclut M. Carle, en spécifiant que le parc enregistre des pertes annuelles d'environ 45 000 $ depuis quelques années.
L'opposition s'organise
Les opposants à l'arrivée d'une centrale hydroélectrique dans le parc des Chutes de Sainte-Ursule entendent profiter de la tenue du registre d'aujourd'hui pour contrecarrer les plans du conseil municipal. Et ils prennent les moyens pour y parvenir.
René Boulanger, fondateur du comité de sauvegarde du parc, s'attend à ce que 200 personnes signent le registre afin de bloquer le règlement d'emprunt de 10 millions. Le nombre minimal requis est de 141 signatures.
«On est en pleine campagne électorale! Il y a entre 15 et 20 personnes au sein du comité et on a des gens de toutes les allégeances politiques et qui ont de l'expérience électorale. On organise une navette pour amener les gens à aller signer le registre. On sera au téléphone dès 14 h pour appeler les gens. On veut envoyer un message fort: on souhaite que le conseil décide d'arrêter le projet et n'aille pas en référendum.»
Selon ce dernier, l'assemblée d'information de jeudi dernier, la rencontre organisée samedi par Fondation Rivières au parc des Chutes et la couverture médiatique entourant ce dossier ont nourri l'intérêt face à ce projet. De plus, le fait que plus de 160 personnes aient assisté à la rencontre publique témoigne d'une réelle préoccupation.
«On fait du porte-à-porte depuis 10 jours. Durant notre porte-à-porte, on s'aperçoit que la plupart des gens ne sont pas pour le projet, mais ils n'avaient pas l'information, ils se sentaient seuls dans leur coin. Mais quand on leur explique que le projet ne sera pas rentable, ils ont de moins en confiance en la direction du parc.»
D'après différentes informations, M. Boulanger en vient à la conclusion que le projet sera déficitaire au cours des sept ou huit premières années d'exploitation de la centrale. Il avance que les coûts du projet vont dépasser les 10 millions annoncés par le conseil municipal.
«Deux ingénieurs ont étudié le projet et ils disent que ce sera déficitaire parce que les coûts ne seront pas de 10 millions, mais bien de 12 ou de 13 millions de dollars. S'il y a des années de sécheresse, on ne pourra pas produire de l'électricité, donc on ne pourra pas en vendre durant ces années-là. Il faudra quand même payer l'infrastructure et il n'y a aucune réserve budgétaire qui a été prévue. La réserve, c'est le compte de taxes. En plus, Fondation Rivières a trouvé que l'estimation des coûts du projet ne prévoyait même pas la taxe de vente du Québec. Donc, ça semble improvisé.»
M. Boulanger explique que le projet va dégrader ce lieu à vocation touristique en raison notamment des travaux de dynamitage qui seront nécessaires afin de construire la centrale et d'aménager un chemin pour s'y rendre.