Michel Ringuette passera mercredi ses dernières heures derrière le comptoir de la Tabagie Grand-Père.

Plus de 30 ans à servir le public

Louiseville — «On va avoir du fun et on va pleurer un peu. C’est une partie de mon cœur que je vais laisser.»

Pour une dernière fois mercredi matin, Michel Ringuette a ouvert la porte de la Tabagie Grand-Père. Fidèle au poste depuis plus de 30 ans à ce commerce emblématique du centre-ville de Louiseville, M. Ringuette vit ses dernières heures à titre de travailleur. Il prend sa retraite à l’âge de 66 ans.

«Travailler avec le public a été mon plaisir. Et ici, c’est une ambiance particulière.»

Il en est passé des clients dans cette tabagie depuis son ouverture en 1962 par Gérard Lesage. Roger Ringuette possédera le commerce de 1980 à 1987 avant de le vendre à son fils Michel, revenu à Louiseville en 1984 après quelques années passées à Gaspé pour enseigner les arts plastiques au niveau secondaire.

La Tabagie Grand-Père est un commerce de détail qui sert de rendez-vous à toute une variété de clients. Les habitués se retrouvent pour prendre un café et jaser de tout et de rien, parfois avec beaucoup de passion, mais toujours dans le plaisir.

«Les gens viennent et reviennent parce qu’on règle tous les problèmes du monde. Les échanges au hockey, c’est réglé depuis longtemps. On s’occupe de tous les sports, on s’occupe du gouvernement. Et on fait mourir des gens avant le temps. Si on voit quelqu’un en ambulance, la rumeur part! Mais quand on revoit la personne, on lui dit: «T’es pas mort?», rigole M. Ringuette.

Ce dernier avait l’habitude d’ouvrir son commerce dès 5 h. Il était fréquent que des clients l’attendent à la porte.

«Je viens travailler à pied. Mais il arrivait qu’un client m’attende en avant pour me donner un lift. C’était pour que j’arrive le plus vite possible pour partir le café!»

Michel Ringuette ignore combien de tasses de café il peut vendre chaque jour à la tabagie. Le commerce est demeuré un incontournable dans l’organisation de groupes pour acheter des billets de loterie. Les cartes de bingo sont aussi très populaires, de même que la section cadeaux et les produits du tabac.

Les clients du commerce ont aussi l’habitude du côté festif de Michel Ringuette. L’homme d’affaires reconnaît qu’il pouvait faire le clown à plusieurs reprises, question de mettre de l’ambiance dans son établissement.

«On aimait ça, rendre les gens heureux. Ici, on fête Noël. Pour la Saint-Valentin, je mettais des pétales de roses à la grandeur du plancher. Les clients marchaient sur un tapis de pétales! J’en mettais sur le trottoir. En 2005, quand le gros lot de 8,5 millions de dollars du 6/49 a été gagné ici par un groupe, on avait le champagne, la limousine. On faisait ça en grand. On a encore des répercussions quand le gros lot est important. Et quand c’est l’anniversaire d’un client, on donne le café et on chante «Bonne fête».»

Les grandes discussions servant à refaire le monde faisaient parfois grimper les décibels à un niveau si élevé que Michel Ringuette sortait sa cloche pour ramener les troupes à l’ordre. Depuis qu’il a vendu son commerce il y a deux ans, M. Ringuette a rangé sa cloche chez lui. Mais il se souvient qu’il lui est arrivé toutes sortes d’aventures avec la cloche.

«Une fois, j’avais perdu le grelot. On était en plein festival de la galette, on sonnait la cloche à l’extérieur pour attirer des gens, et j’ai perdu le grelot dans la foule. On s’est arrangé pour ne plus le perdre.»

Le 1er mars 2016, Alexandre Cloutier est devenu le propriétaire de la Tabagie Grand-Père. L’entente prévoyait que Michel Ringuette continuait à travailler durant deux ans à titre d’employé.

Ce délai prend fin mercredi. Michel Ringuette a prévenu ses clients que ce 28 février 2018 sera son dernier jour à titre de travailleur. Il s’attend à saluer un paquet de gens dans une ambiance teintée d’émotion. «Je suis un gars chanceux. Ça a été un privilège d’avoir une clientèle aussi fidèle. Le contact avec les gens va me manquer. Mais c’est la vie. Il faut en profiter pendant que je suis en santé.»