Pierre Desaulniers, nouveau maire de Saint-Boniface, veut que ses conseillers s’expriment en assemblée publique, ce qui rend la séance assez animée.

Démocratie ouverte à Saint-Boniface

Saint-Boniface — On ne risque pas de s’ennuyer à Saint-Boniface si la première séance publique du nouveau conseil municipal, lundi soir, indique l’allure que prendront ces assemblées au cours du prochain mandat.

Le maire, Pierre Desaulniers, a utilisé le point «varia» à la fin de la rencontre pour apporter plusieurs dossiers qui n’avaient pas été discutés entre les élus en privé, semant un certain inconfort autour de la table.

Bien entendu, il faut toujours s’attendre à une période d’ajustement lorsqu’un nouveau maire arrive en poste. C’est le cas à Saint-Boniface, mais en plus, la population a délégué cinq nouveaux conseillers sur six sièges le 5 novembre. Bref, un grand ménage qui annonce une ère nouvelle.

Lundi soir, le conseiller Luc Arseneault a parti le bal en suggérant à la Municipalité d’acheter pour une valeur maximale de 2000 $ en billets pour une soirée du Club Optimiste, le 24 novembre. Il proposait de distribuer ces laissez-passer à des bénévoles, une façon pour le nouveau conseil municipal de témoigner son appréciation envers leur implication. 

Visiblement mal à l’aise, ses collègues Jonathan Fleury et Stéphane Normandin ont décidé de voter contre cette résolution. Prétextant un conflit d’intérêts, Marie-Ève Landry s’est retirée de la table.

«Pour le moment, je ne suis pas assez au fait des finances municipales pour me prononcer», a expliqué M. Fleury. «Pour moi, c’est impossible de voter sur l’entièreté des faits. Je m’oppose le cœur gros, car je sais que c’est une bonne intention.»

«Je n’ai rien contre le Club Optimiste», a renchéri M. Normandin. «Mais je préférerais aussi avoir une vision d’ensemble.»

La résolution a tout de même été adoptée, puisqu’en plus de M. Arseneault, les conseillers Louis Lemay et Sylvio Bourgeois ont voté en faveur.

Ces échanges ont donné le ton au point varia, qui a pris l’allure d’une séance privée devant public lorsque le maire a pris la parole. 

Il a d’abord proposé de procéder au raccordement de l’aqueduc sur Trudel-Ouest, entre les rues Sainte-Cécile et Marineau. Selon lui, des citoyens ne peuvent plus tolérer la mauvaise qualité de l’eau dans ce secteur. 

Pris au dépourvu, le directeur général, Marco Déry et la trésorière, Maryse Grenier, ont suggéré au maire de procéder par étape. Ainsi, il a été convenu d’actualiser l’étude qui avait déjà été réalisée par des ingénieurs avant de procéder à une demande de certificat d’autorisation au ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. La résolution a été adoptée à l’unanimité.

M. Desaulniers a enchaîné en éliminant ce qu’il considère comme un irritant, soit le maximum de 15 minutes de stationnement permis sur la rue Guimont, devant le bureau municipal. Ce règlement sera tout simplement aboli. 

Les élus ont également adopté une résolution pour procéder à de la gestion de ressources humaines, en permettant à Céline Lemay, présidente du syndicat et directrice des loisirs, de travailler quatre jours complets par semaine pour ce service plutôt que trois. 

M. Desaulniers explique cette orientation par la volonté du conseil municipal de mieux répondre aux besoins des jeunes familles de Saint-Boniface. 

M. Fleury s’est toutefois à nouveau prononcé contre cette résolution, prétextant ne pas encore être suffisamment au courant de ce dossier.

Aréna Gilles Bellemare

Toujours au point varia, M. Desaulniers a apporté une proposition selon laquelle l’aréna porterait dorénavant le nom de Gilles Bellemare, honorant ainsi l’ancien maire qui y a donné beaucoup de son temps. Mme Grenier a toutefois rappelé que cette infrastructure n’appartenait pas à la Municipalité, de sorte que le conseil pouvait difficilement prendre cette décision.

M. Normandin a renchéri en précisant que M. Bellemare éprouvait de sérieux problèmes de santé. «Il ne va pas très bien et ce serait important qu’il sache qu’on essaie de mettre quelque chose en place», a-t-il fait remarquer. Le conseil municipal a finalement décidé d’écrire une lettre à la Corporation de développement communautaire de Saint-Boniface, propriétaire de l’aréna, pour lui faire part de sa suggestion.

Les discussions se sont également animées autour d’un affaissement de terrain sur le chemin Bellevue, où des mesures devront être prises avant de vivre de mauvaises surprises au printemps. À la période de questions, Denis Gauvin a soulevé un problème de fossés sur la rue Guimont que connaissait visiblement le maire.

«C’est un désastre», a laissé tomber M. Desaulniers. «Je ne sais pas qui a autorisé ces travaux, mais il va falloir recommencer à neuf. Ça a été fait en colon.»

Pour une première séance, la trentaine de citoyens présents ont vécu une heure assez divertissante. Après coup, M. Desaulniers expliquait avoir soumis de nombreux dossiers à l’improviste par manque de temps en privé. 

Il mentionne qu’il favorisera ce genre de discussions ouvertes devant le public.

«On ne prendra pas de décision de l’autre bord pour dire ensuite que tout est unanime», partage-t-il. «Les gens le disent quand ils ne sont pas d’accord et pourquoi. Je vais avoir un conseil où les gens s’expriment.»

«Je me sens très seul»

Que s’est-il passé à Saint-Boniface le 5 novembre? Non seulement les électeurs ont-ils choisi le candidat que l’ex-maire Claude Caron leur avait demandé d’éviter pour sa succession, mais deux des trois conseillers sortants qui sollicitaient un nouveau mandat ont été battus à plates coutures.

Au siège 6, Louis Lemay a résisté au tsunami, l’emportant assez facilement devant Benjamin Brousseau. Par contre, Michel Perron s’est fait doubler au siège 5 par Stéphane Normandin, alors que Jonathan Pilon recueillait moins de 18 % dans une lutte à trois dans laquelle Jonathan Fleury est sorti vainqueur au siège 3. Rappelons que Luc Arseneault, Marie-Ève Landry et Sylvio Bourgeois, trois nouveaux venus, avaient été élus sans opposition.

Toujours sous le choc, M. Lemay peine à mettre le doigt sur la raison qui puisse expliquer cette profonde volonté de changement.

«Je me sens très seul», laisse-t-il tomber. «Ça faisait huit ans que je travaillais avec des personnes et là, je me retrouve avec des nouveaux partout. Je serai plus effacé, mais je vais garder mon franc-parler pour le bien de la municipalité. M. (Pierre) Desaulniers va travailler à sa façon et je vais regarder aller ça. L’avenir nous dira où ça va nous mener!»