Maskinongé se souvient de 1991

MASKINONGÉ — Selon plusieurs personnes ayant vécu de près la tornade de Maskinongé en 1991, l’entraide, le soutien psychologique et l’apport des gouvernements sont les outils qui doivent être mis à la disposition de la population de Gatineau touchée par la tornade de vendredi dernier afin de l’aider à surmonter un drame qui s’oublie difficilement.

La catastrophe naturelle de force 3 qui a balayé Gatineau a ravivé de tristes souvenirs pour bien des gens de Maskinongé. Le 27 août 1991, vers 17 h 30, une tornade de force semblable (des vents de plus de 250 km/h) a touché entre autres Saint-Justin et Notre-Dame-de-Pierreville et plus particulièrement Maskinongé. Dans cette seule municipalité, la tornade a endommagé 550 maisons et a bousillé le réseau électrique sur une distance de 6,5 kilomètres. Les dommages ont été estimés à 17 millions de dollars.

«Personne n’a idée de ce que c’est une tornade, car ce n’est pas coutumier chez nous. Il faut avoir vécu une tornade. Les gens qui l’ont vécue peuvent se rappeler. Quand tu as sillonné les rues et aidé des gens, c’est différent de voir des images à la télévision», commente Yvon Picotte, député de Maskinongé de 1973 à 1994 et intervenant direct pour l’après-tornade.

Comme membre du comité de développement économique régional, le ministre Picotte avait invité d’autres membres de ce comité à venir constater les dégâts. Il avait mobilisé de nombreux bénévoles, dont les Chevaliers de Colomb, pour nettoyer la municipalité.

«Il faut que quelqu’un ait un bon réseau de bénévoles, sache comment aller les chercher et sache quoi faire pour que ça fonctionne. Et c’est plus d’ouvrage qu’on pense. Il faut agir rapidement et efficacement», ajoute l’ex-politicien.

«Ça ne s’oublie pas», témoigne Roger Michaud, le maire actuel de Maskinongé.

Il y a 27 ans, M. Michaud était conseiller à la défunte paroisse de Maskinongé. Il se rappelle que la Municipalité avait pris les moyens pour agir rapidement.

Roger Michaud et Fabien Deschênes étaient conseillers municipaux à l’époque de la tornade de Maskinongé. Ils posent devant l’église qui avait perdu son clocher lors de la tempête.

«C’est le sentiment d’urgence qui te pousse. Le conseil s’est réuni le lendemain de la tornade et il fallait aller au plus pressant. Pour les permis, on avait dit aux gens de ne pas s’inquiéter et de se mettre à l’abri.»

Fabien Deschênes raconte qu’une réunion d’urgence du conseil de l’ex-village de Maskinongé avait été tenue dans les heures qui ont suivi le passage de la tornade.

«On avait mis sur pied un bureau d’urgence. La salle communautaire était organisée pour donner de la nourriture aux démunis, car il y a des gens qui n’avaient plus rien», raconte cet ancien conseiller du village qui est devenu maire deux ans plus tard et qui est demeuré en poste en 2001 à la suite de la fusion des deux entités municipales.

Dans les minutes qui ont suivi la tornade de 1991, les gens avaient pris d’assaut la quincaillerie Paul Lacourse. Louis Lacourse, propriétaire du commerce, se rappelle que tout ce qui pouvait servir à couvrir des biens et à éclairer un village sans électricité a rapidement disparu de ses tablettes.

«Les lampes de poche, les piles, le polythène, tout est sorti. Les gens entraient dans la quincaillerie, prenaient des choses et me disaient de mettre ça sur une facture. Ce n’était pas de la mauvaise foi de leur part, mais on n’avait pas d’électricité, la caisse enregistreuse ne fonctionnait pas! On a fait ce qu’il fallait faire. Tu ne fais plus de facture, t’es là pour aider les gens», raconte M. Lacourse, dont le commerce, l’entrepôt et la résidence ont été endommagés par la tornade.

En plus du gouvernement, la Croix-Rouge avait aussi contribué à l’effort d’après-tornade, de même que les compagnies d’assurance. Et l’entraide provenant de citoyens d’autres municipalités avait contribué à remettre Maskinongé sur pied.

«Le conseil que je donnerais aux gens de Gatineau est de s’entraider, avance Roger Michaud. Donne un coup de main à ton voisin et il va t’aider par la suite. À Maskinongé, c’est ce qu’on a vu. Le député Picotte est venu nous aider, il a amené du monde avec lui.»

Selon Yvon Picotte, il faut régler toutes les questions matérielles, mais aussi prendre soin des gens au plan psychologique.

«C’est pénible pour des gens qui ont tout perdu. Ils ne savent pas où donner de la tête. À Maskinongé, il y a des gens qui sont encore craintifs lorsqu’un vent fort arrive. En 1991, on n’a pas mis assez d’emphase sur le plan psychologique. À Gatineau, ça prend des gens capables de s’approcher des victimes de la tornade et de leur dire qu’ils s’occupent d’elles», déclare M. Picotte, qui souhaite bon courage aux gens de l’Outaouais.

Louis Lacourse y va du même message.

«Il faut rester positif. Ça prend un bon moral, mais le temps arrange les choses. Ce sont des événements qui nous marquent à tout jamais. Les dégâts, c’est impressionnant. Mais comme à Maskinongé, il n’y a pas eu de mort à Gatineau. On est chanceux.»