Martine Ouellet propose un référendum

MONTRÉAL — C’est par un référendum auprès des membres du parti que la question du rôle et de la mission du Bloc québécois doit être réglée, estime sa chef, Martine Ouellet. Louis Plamondon, un des députés dissidents du parti, estime que cette proposition est «un faux débat».

Mme Ouellet, la vice-présidente du Bloc et le Bureau national du parti ont rencontré la presse, jeudi à Montréal, pour soumettre cette idée afin de tenter de résoudre la crise qui divise le parti depuis plusieurs jours.

D’abord, le prochain conseil général du Bloc québécois, qui devait avoir lieu à la mi-mai, sera devancé à la mi-avril. Il sera alors proposé au conseil général de tenir un référendum auprès de tous les membres du parti pour déterminer «une fois pour toutes» le rôle que devra jouer le Bloc québécois. Et il ne s’agirait pas d’une consultation qui donnerait le choix entre la défense des intérêts du Québec et la promotion de l’indépendance, puisque «les deux sont indissociables», a réitéré Mme Ouellet. 

Le député de Bécancour-Nicolet-Saurel, Louis Plamondon, est un des sept députés dissidents du Bloc québécois qui estiment que Martine Ouellet n’est pas la bonne personne pour diriger ce parti souverainiste. Il n’hésite pas à déclarer que le référendum proposé par la chef contestée du Bloc québécois est «un faux débat». 

«Tout le monde est d’accord avec l’article 1, c’est notre programme et nous avons été élus là-dessus. Et nous sommes tous des souverainistes, ce n’est pas ça l’idée, c’est dans la manière qu’on n’est pas d’accord», a affirmé celui qui est aussi le doyen de la Chambre des communes. 

Le député de Bécancour-Nicolet-Saurel, Louis Plamondon.

Mme Ouellet et le Bureau national ont aussi réitéré leur offre de médiation aux sept députés qui ont démissionné du Bloc, contestant ainsi son leadership. «Nous tenons à dire aux membres que nous les avons entendus», a affirmé la vice-présidente du parti, Kedina Fleury-Samson, debout à ses côtés.

Louis Plamondon soutient toutefois que Martine Ouellet est incapable de diriger un parti politique. «Ce n’est pas une guerre de personnalités, c’est son incapacité à diriger un parti parce qu’elle n’est pas rassembleuse et incapable de travailler en équipe. C’est là le drame», a ajouté Louis Plamondon. «Si nous sommes sortis parce qu’on est incapable de travailler avec elle, on ne peut pas retourner si elle est encore là.»

Les modalités de cette future consultation - la question qui sera posée; depuis quand il faudrait être membre du parti pour avoir le droit de vote - seront déterminées par le Bureau national du Bloc. Celui-ci doit se réunir samedi prochain. Le Bloc québécois compte «une vingtaine de milliers de membres», a précisé Mme Ouellet.

À ce sujet, le député de Bécancour-Nicolet-Saurel estime que le seul référendum qui aurait été acceptable à l’heure où le Bloc québécois s’entredéchire aurait été celui sur le leadership de sa chef qui, rappelons-le, n’a jamais été élue députée à la Chambre des communes. «Le seul référendum qui aurait été acceptable pour les 20 000 membres aurait été de poser la question sur la confiance envers Martine Ouellet. Tout le monde s’entend là-dessus», a noté Louis Plamondon. «C’est gaspiller de l’argent que de faire un référendum sur l’article 1. Ce qui est en cause c’est son leadership, c’est sur ça que les membres devraient se prononcer.» 

D’ailleurs, Mme Ouellet a rejeté toute idée de devancer le vote de confiance envers la chef, comme certains l’ont proposé. «Ça ne réglera pas la question», puisque c’est plutôt la question de la mission du Bloc qui est en cause par la contestation dont elle est l’objet, soutient-elle.

Elle a martelé que l’article 1 du programme du parti stipulait qu’il doit «faire la promotion de l’indépendance sur toutes les tribunes» et que ce sont plutôt les contestataires qui ont décidé de remettre en question cet état de fait pour promouvoir surtout la défense des intérêts du Québec.

Mme Ouellet a également dénoncé «le salissage» dont elle dit avoir été l’objet, non seulement de la part des démissionnaires, mais de certains animateurs dans les médias. «Il y a un côté de la médaille qui a été pas mal plus montré que l’autre», s’est-elle plainte.

Elle assure qu’elle a reçu «beaucoup d’appuis» pour avoir tenu bon dans sa défense de la mission fondamentale du Bloc québécois.

«Elle annonce que trente présidents d’associations qui l’appuient. Mais les membres du bureau national sont aussi des présidents d’associations. Il faut en enlever une dizaine tout de suite, alors on tombe à vingt», a souligné M. Plamondon. «Pareil, trente présidents qui l’appuient sur 78, c’est minoritaire. Lorsqu’elle dit que le bureau national et les présidents d’associations l’appuient, c’est les mêmes personnes des fois.» 

Trente associations régionales appuient l’actuelle chef

Trente présidents de circonscriptions et de régions du Bloc québécois signalent leur appui à la chef de leur parti, Martine Ouellet, dans une lettre transmise à leur Bureau national qui a été rendue publique mercredi soir.

Les cosignataires y lancent également un appel au ralliement au nom de leur projet commun de réaliser la souveraineté du Québec, alors que les sept députés qui ont claqué la porte il y a une semaine n’excluent pas de former un nouveau parti.

Ils écrivent que la base du mandat confiée à Martine Ouellet lorsque les membres l’ont «élue démocratiquement (...) était et demeure clairement l’affirmation de notre raison d’être: l’indépendance du Québec».

Ces présidents expliquent la crise qui secoue leur parti en observant qu’il avait le vent dans les voiles depuis l’élection de 2015, alors que dix députés ont été élus sous la bannière bloquiste. «Il arrive que l’élan fasse trébucher», résument-ils.

D’autres associations bloquistes auraient fait part de leur appui à Martine Ouellet, mais refuseraient de l’annoncer publiquement, a affirmé le porte-parole du Bloc québécois Pierre Tadros dans un courriel transmis à La Presse canadienne. Il y a en tout 68 associations de comté au Bloc québécois.

Le quotidien Le Devoir révélait mardi que les associations de circonscription sont divisées sur un appui à Martine Ouellet. Sept des 15 qui ont pu être jointes ont demandé le départ de la chef ou au minimum que le vote de confiance prévu en 2019 soit devancé.

Le Québec compte 78 circonscriptions fédérales, mais elles n’ont pas toutes une association bloquiste active.