Mario Pelchat, qui a passé les derniers jours au chevet de sa mère, qui vit présentement ses ultimes moments de vie, a interprété des grands bouts du répertoire de Charles Aznavour.

Mario Pelchat à l’Amphithéâtre Cogeco: belle et joyeuse tristesse

CRITIQUE / La tristesse peut parfois être belle et joyeuse. La soirée de jeudi à l’Amphithéâtre Cogeco en fut un bel exemple.

C’est un Mario Pelchat qui a passé les derniers jours au chevet de sa mère, qui vit présentement ses ultimes moments de vie, qui y a interprété des grands bouts du répertoire de Charles Aznavour. Il avait accepté d’offrir ce spectacle inspiré de son album hommage au célèbre chanteur français, paru en avril dernier, au profit de la Fondation de la Maison Albatros, qui accueille des personnes en fin de vie. Triste hasard pour le populaire chanteur de devoir monter sur scène afin d’aider la fondation ayant comme mission de trouver du financement pour la maison trifluvienne, alors que celle qui lui a donné la vie séjourne présentement dans une maison similaire dans son Lac-Saint-Jean natal...

Visiblement au fait de la période difficile que le chanteur traverse, les milliers de personnes qui remplissaient les gradins de l’amphithéâtre extérieur en cette douce soirée de septembre lui ont réservé un accueil chaleureux lors de son arrivée sur scène un peu après 21 h. La vedette a semblé émue par cette claque bien sentie.

«J’ai choisi les chansons que j’allais interpréter sur l’album et dans le spectacle selon ce qu’elles représentaient pour moi et je me suis rendu compte que lui [Charles Aznavour] et moi, on se ressemblait», a-t-il confié calmement à la foule après avoir interprété les deux premières chansons, dont la pièce titre de l’album et du spectacle, Désormais, avec un aplomb qui ne laissait aucunement transparaître l’épreuve qu’il traverse.

L’interprète reconnu pour la puissance de sa voix a d’ailleurs fait preuve d’un grand professionnalisme tout au long de sa prestation. Alors qu’on avait eu vent qu’il allait peut-être devoir quitter la scène lorsque l’émotion serait trop grande, il n’en fut rien. Rien n’a paru. En professionnel qu’il est, il a rendu justice aux plus grandes chansons d’Aznavour, dont La Bohème, Que c’est triste Venise et Hier encore, pour ne nommer que celles-là. Même son interprétation de La Mamma, qui raconte les dernières heures de vie d’une mère de famille, fut sans faille, si ce n’est de légers clignements de yeux qui ont vraisemblablement servi à refouler des larmes. La foule s’est d’ailleurs levée d’un trait après cette chanson, alors que seulement une trentaine de minutes étaient écoulées au spectacle, et lui a offert une ovation debout. Cette preuve d’amour a d’ailleurs semblé le toucher droit au cœur.

«Aznavour, ce sont des chansons parfois légères, parfois drôles mais des fois tristes et importantes», a-t-il dit en guise de présentation à cette pièce.

Même ses interventions, parfois profondes, souvent drôles, entre les pièces n’ont aucunement laissé transparaître qu’il vivait un moment triste.

En plus de mettre en lumière les pierres angulaires de l’œuvre du chanteur d’origine arménienne décédé en octobre 2018, il a également offert des œuvres que ce dernier avait écrites pour d’autres ou qu’il avait chantées en compagnie d’autres interprètes. Il a d’ailleurs été rejoint sur scène par Claudette Dion, Michelle Richard ainsi que Michel Louvain pour cette partie du spectacle. Alors que les apparitions sur scène des deux grandes dames de la chanson québécoise ont été accueillies chaleureusement sans plus, celle de l’orgueil de Thetford Mines a fait bondir de leur siège et crier une grande partie des spectateurs... et surtout des spectatrices.

Humain comme nous tous, le chanteur a tout même été émotif lorsqu’est venu le temps de remercier ses musiciens, les membres de son équipe technique ainsi que les gens de la Maison Albatros. Il n’a alors pas pu passer sous silence que sa mère, ainsi que d’autres de ses proches précédemment, ont bénéficié des services d’une maison accueillant des personnes sur le point de quitter ce monde. Il a alors profité de du moment pour rendre hommage à sa mère. Grâce à des moyens technologiques, cette dernière a d’ailleurs été en mesure d’assister au spectacle de son fils.

«Ma mère a été ma première gérante. Elle m’a tout appris. Il y a quelque chose de fusionnel entre elle et moi», a-t-il raconté.

En première partie, Laurence Jalbert a offert un chauffe-salle de très grande qualité, et ce, même si sa prestation s’est limitée à cinq chansons. Tout comme celui qui l’a suivie sur scène, celle dont la voix est aussi grande que la générosité dont elle a fait preuve devant un public timide mais attentif, a rendu hommage à une grande de la chanson française, Nana Mouskouri.

C’est d’ailleurs Mario Pelchat lui-même qui l’a choisie pour ce projet dont il est le producteur et duquel est sorti un album paru il y a quelques semaines à peine.