Alin Robert (à droite) était loin de s'imaginer que le drame qui secoue sa famille allait toucher à ce point ses collègues de l'école primaire Les Terrasses qui ont décidé de se mobiliser pour le soutenir, lui et sa conjointe, Marie-Sol Saint-Onge. Également sur la photo: l'enseignante Marilyne Bouchard (à gauche), Claude Chalifour, responsable du service de garde, et Nathalie Cloutier, enseignante.

Marie-Sol, Alin et deux petits princes

Qu'est-ce qu'on dit à sa bien-aimée, la mère de nos deux enfants, celle qui, à peine sortie du coma, tombe en plein cauchemar?
«J'ai demandé Marie-Sol en mariage et elle a dit oui... en clignant des yeux», répond tout simplement Alin Robert, plus amoureux que jamais de sa muse depuis vingt ans.
Marie-Sol Saint-Onge est cette artiste-peintre de Trois-Rivières qui a dû se faire amputer en partie les deux bras et les deux jambes. Le 8 mars dernier, la jeune femme de 34 ans, mère de deux garçons âgés de 5 et 8 ans, était hospitalisée d'urgence, foudroyée par une infection à Streptocoque A (bactérie mangeuse de chair).
Respectivement originaires de Saint-Hyacinthe et de Nicolet, Marie-Sol et Alin ont habité à Montréal pendant plusieurs années avant de venir s'établir dans la région il y a cinq ans. L'an dernier, forts de leur expérience respective dans les décors artistiques et la gestion, ils ont démarré leur propre entreprise, Les Illusarts (www.lesillusarts.com). Ils allaient être leurs propres patrons pour mieux savourer la vie, profiter du temps qui passe toujours trop vite et de ceux qui l'embellissent.
Malheureusement, une épreuve sans nom en a décidé autrement et leur quotidien a basculé dans le vide.
«Au départ, on pensait que c'était la gastro», raconte Alin Robert en précisant que sa conjointe présentait tous les symptômes communs à cette infection du système digestif. Or, la fièvre s'est mise sérieusement de la partie. «À 6 h du matin, mon plus vieux est venu me réveiller en me disant: Maman ne va pas bien. Elle est en train de devenir bleue», se souvient-il.
Marie-Sol a d'abord été hospitalisée à Nicolet où on a diagnostiqué qu'il s'agissait plutôt d'une pneumonie qui s'aggravait de minute en minute. Transférée d'urgence au Centre hospitalier régional de Trois-Rivières, la patiente sombrait, vers midi, dans un profond coma, la bactérie mangeuse de chair s'étant glissée en elle.
Les heures et les jours suivants, Marie-Sol et Alin ont mené ensemble un combat de tous les instants, celui du corps et de l'esprit. «Rendu au dimanche, le médecin nous a dit qu'il était arrivé à la limite de ce que la médecine moderne peut faire contre cette infection», rapporte Alin qui mentionne que la possibilité de «débrancher» Marie-Sol avait également été soulevée par l'équipe soignante.
La production d'acide lactique diminuait dangereusement. Il y avait deux raisons possibles. «Soit le corps de Marie-Sol était en train de lutter, soit il allait mourir», laisse tomber son conjoint placé devant une décision irrévocable.
«On a pris le verre à moitié plein et on s'est dit que le corps luttait, puis on s'est croisé les doigts», décrit Alin, l'éternel optimiste, même devant les effets collatéraux du passage de la Streptocoque A. Il connaît par coeur sa Marie-Sol, une coriace.
«Ça fait vingt ans qu'on est ensemble et nous sommes vraiment ce que les gens appellent un couple fusionnel. Je pense. Elle pense. On forme une osmose. Mes bras sont les siens maintenant. Ça ne peut pas faire autrement», affirme l'homme capable à la fois de tendresse et de sang-froid.
Lui et sa compagne n'ont jamais rien caché à leurs enfants. Quand leur mère était entre la vie et mort, le papa a pris le temps de leur expliquer. Il n'a pas eu le choix non plus de leur préciser qu'une maladie s'était montrée sans pitié pour leur maman.
«J'ai vulgarisé dans leurs mots, pour qu'ils comprennent. À partir de là, ils ont vécu toutes les étapes. Ils ont craint, ils ont eu peur, ils ont eu tout cela...», relate Alin qui s'est notamment inspiré de l'histoire du Petit Prince pour aider le plus jeune de ses garçons à apprivoiser les blessures de Marie-Sol dont l'amour maternel est demeuré aussi intact que son instinct de survie.
«On a commencé par des chatouilles avec son petit bras», décrit celui qui peut aujourd'hui compter sur la complicité de ses deux fils pour aider leur maman à boire un verre d'eau ou, mieux, pour la conduire en fauteuil roulant dans les corridors du CHRTR.
À la maison, Alin se fait un devoir de préserver la routine établie avant le départ dramatique de Marie-Sol. Les enfants et leur papa s'en portent mieux ainsi en attendant le retour, dans quelques semaines, de celle qui leur manque cruellement. Marie-Sol fera un bref séjour à la maison pour mieux repartir, cette fois, à Montréal, afin d'entreprendre une longue période de réadaptation.
À défaut de pouvoir peindre pour l'instant, Marie-Sol caresse le rêve d'écrire un livre avec son amoureux. Habitués de travailler en duo, d'imaginer, de créer et d'y ajouter de la couleur, ils ont ce message à transmettre. «Prenez le temps de vivre. La vie, ce n'est pas une course. Si c'est le cas, je ne veux pas gagner, parce que le prix est vraiment plate à la fin. C'est la mort», rappelle le Trifluvien.
Bien sûr, il aurait pu craquer, en vouloir au monde entier, hurler sa colère, sa peine, son impuissance, et ce, par solidarité pour Marie-Sol. C'est méconnaître un homme et une femme qui ne veulent surtout pas jouer les héros
«Je ne peux pas croire que l'être humain est conçu pour s'apitoyer sur son sort. Ce n'est pas dans notre nature à Marie-Sol et moi», soutient Alin qui persiste et signe : «Il ne s'agit pas de se répéter Pourquoi?, mais de se dire maintenant comment on trouve des solutions.»
L'encan-bénéfice entreprend son dernier droit
Pour Félix, la force lui rappelle une tornade multicolore, alors que pour Lauriane, elle ressemble à l'oisillon jaune et noir qui apprend à voler parmi des fleurs d'un rouge éclatant. Pour leur enseignante, Marilyne Bouchard, la force a un visage, celui de Marie-Sol Saint-Onge.
Seize oeuvres à l'aquarelle tapissent les murs d'un corridor étroit de l'école primaire Les Terrasses, à Trois-Rivières, un couloir qu'emprunte, dès que sonne midi, un éducateur du service de garde «au moral d'acier».
En disant cela, les collègues d'Alin Robert ont un sourire admiratif. Il n'y a pas si longtemps, c'était l'onde de choc dans cet établissement où, comme dans tous les milieux de travail, on se salue jour après jour sans s'imaginer qu'un beau matin, un des nôtres verra sa vie chamboulée à jamais.
Après des semaines passées au chevet de sa conjointe Marie-Sol Saint-Onge, Alin Robert a retrouvé les écoliers dont il a la responsabilité 90 minutes par jour. Une fois de plus, l'homme réalise comment les gens, autant les membres de sa famille que ses compagnons de travail et de purs étrangers, ont besoin de se mettre en action pour le soutenir, mais aussi pour s'aider eux-mêmes à comprendre l'inexplicable. Tout le monde veut se mobiliser autour de ce couple qui incarne cette fameuse résilience, un concept qui prend tout son sens ici.
C'est le cas de Marilyne Bouchard, une enseignante en 2e année qui ne connaissait pas Marie-Sol avant d'apprendre que l'artiste-peintre foudroyée par une infection à streptocoque A est également la conjointe d'Alin, un collègue discret et apprécié.
Portée par la vague de solidarité qui a pris forme à l'intérieur de l'école, Mme Bouchard a eu envie d'aller plus loin en participant, à la suggestion de l'enseignante Nathalie Cloutier, à l'encan virtuel mis sur pied par l'organisme M comme Muses. Aujourd'hui, elle souhaite donner un second souffle à l'encan qui se termine vendredi sur le site www.musesaidentmariesol.com
Les dessins de ses élèves y figurent. Des gens ont déjà eu la gentillesse de miser un 5 $ pour la tornade de Félix, un autre 5 $ pour l'oisillon de Lauriane, et ainsi de suite. Jusqu'à maintenant, 158 $ ont été amassés par les enfants de sa classe qui ont accepté de réaliser avec candeur et profondeur des oeuvres pour la cause de Marie-Sol. La force était le thème proposé.
La raison est simple. «Je ressens l'énergie de Marie-Sol. J'ai tellement envie d'aider cette famille-là. Et j'aime les arts!», précise Marilyne Bouchard avec enthousiasme.
À deux jours de la fin de l'activité-bénéfice, l'enseignante veut faire monter les enchères. Si la vente des toiles de ses élèves atteint la somme de 250 $, elle s'engage à... se costumer en clown et faire du porte-à-porte dans les rues de son quartier, toujours dans le but d'aider financièrement Marisol et Alin dont le travail au sein de leur entreprise Les illusarts est présentement hypothéqué.
«Je lance un appel à tous les amoureux des arts, aux mamans aussi, comme Marie-Sol», indique Mme Bouchard qui peut témoigner de la fierté des enfants lorsqu'ils apprennent que des personnes ont été charmées par leurs dessins.
Une collègue de l'école Saint-Philippe, Line Vanier, s'est également engagée à accompagner l'enseignante de l'école Les Terrasses dans sa tournée où l'idée consiste  à permettre aux gens d'exprimer leur soutien à la petite famille du secteur Trois-Rivières-Ouest.
Rappelons que des dons peuvent  aussi être faits, en tout temps, à cette adresse: http://www.lesillusarts.com/aidezmariesol/faire-un-don/